Anonymat sur Internet : vers la fin de l’exception?

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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Le 3 mai dernier, le sénateur (sans étiquette) Jean Louis Masson a déposé une proposition de loi « tendant à faciliter l’identification des éditeurs de contenus de sites de communication en ligne et en particulier des blogueurs professionnels et non professionnels« . Comme lors du débat sur HADOPI, la blogosphère  et tout ce qu’Internet compte de contributeurs se sont mis en branle, créant de fait le buzz autour de ce sujet.

En effet, très rapidement après les premières réactions isolées de blogueurs plus ou moins reconnus, les grands noms de l’univers des blogs se sont regroupés pour signer le 26 mai un appel accompagné d’une pétition contre ce projet de loi. Quelques semaines après cette tempête Internet, Délits d’Opinion a voulu s’interroger sur le déroulement de cette affaire à la lumière de  l’opinion des Français.

La proposition de loi avait pour  objectif  de « protéger les éventuelles victimes de propos mensongers ou discriminations« . Pour ce faire, le sénateur Masson envisageait de mettre fin à l’anonymat des blogueurs non professionnels. Assez naturellement, les tenants de la protection de l’anonymat (pour raisons personnelles ou professionnelles) se sont rapidement mobilisés, dénonçant tout d’abord le fond (du texte) puis dans un second temps la forme (i.e l’expertise du rapporteur du projet de loi). En effet, la méconnaissance reconnue et assumée du sénateur au sujet des médias Internet a donné lieu à un véritable buzz négatif à son encontre. Face à ce déchaînement  de critiques, la majorité UMP n’a d’ailleurs pas souhaité se mobiliser, flairant un sujet plus qu’épineux et glissant. Enfin, les quelques sorties médiatiques du controversé sénateur n’ont pas permis de convaincre les sceptiques; pire, elles ont confirmé la fragilité de cette proposition et de son rapporteur.

Dans un tel contexte, l’opinion publique et les quelques 2.5 millions de blogs actifs qui la compose ne pouvaient, à priori, qu’abonder en faveur des blogueurs pétitionnaires et s’opposer ce projet.

Pourtant, dans un  sondage publié par l’institut BVA le 10 juin dernier, près de 6 Français sur 10 (59%) se déclaraient favorables au projet de loi du sénateur Masson. Si on note une corrélation forte entre l’âge des répondants et leur degré d’adhésion au projet de loj (40% pour les 15-24 ans contre 68% pour les 65 ans et plus), le sentiment général démontre que la question suscite un réel débat. Ainsi, au-delà d’une communication hésitante, d’une non-maîtrise du sujet et d’un fort travail de lobbying de blogueurs influents sur Internet et dans les médias traditionnels, les Français estiment que l’anonymat des blogueurs non-professionnels devraient prendre fin.

Pour expliquer cette prise de position des Français, on peut avancer deux arguments défendus par de nombreux blogueurs-défenseurs de ce projet de loi. Le premier est celui de la transparence, élément nécessaire au débat d’idées. Le second est la fin de l’exception Internet. En effet, même si les médias traditionnels demeurent les sources d’information les plus crédibles, le poids important pris par les médias Internet impose semble-t-il d’appliquer un cadre précis à cet environnement.

Si l’étude BVA se doit d’être approfondie, elle confirme cependant qu’aux yeux des français,  la protection de la vie privé et  l’intégrité des individus, est sur Internet, un combat au moins aussi important que la liberté d’expression.

Dès  lors, plus que tout arsenal législatif, c’est d’abord la pédagogie qui viendra à bout à la fois des préjugés et des excès du web, bien minoritaires au regard des formidables révolutions que le digital a engendrées.

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