Hollande : une « rentrée » pas si catastrophique en termes de popularité, mais des marqueurs inquiétants pour l’automne

Hollande : une « rentrée » pas si catastrophique en termes de popularité, mais des marqueurs inquiétants pour l’automne

Photo du profil de Gaël Sliman

Gaël Sliman

Président d'Odoxa

Réseaux sociaux

twitter

Biographie

Directeur général associé et Directeur du pôle Opinion de l'institut BVA

Tous les articles de cet expert

En cette rentrée politique, Délits d’Opinion a souhaité faire le bilan de l’été pour le duo exécutif. Très durement critiqués au cours de l’été, François Hollande et Jean-Marc Ayrault semble marquer le pas. Cependant, selon Gaël Sliman (BVA), ce n’est pas tant la situation actuelle qui est préoccupante mais plutôt celle qui pourrait se produire demain.

 

Délits d’Opinion : Comment expliquer la faible popularité de François Hollande ? Est-il une vraie alerte ?

Gaël Sliman : « Le moins que l’on puisse dire est que l’ambiance de cette rentrée n’est pas des plus favorables pour le Président. Pourtant les mesures portant sur son image ou sur sa popularité au sens strict (bonne ou mauvaise opinion sur lui en tant que Président) ne sont pas si mauvaises, tant en niveau qu’en évolution. Le dernier baromètre Ifop-JDD lui accordant54% d’opinions positives  et seulement -2pts depuis juillet, ne témoigne pas du tout d’un divorce entre le Président et ses concitoyens.

Mais à côté de ces mesures portant sur l’image du Président, ou sa capacité à tenir ses promesses (résultats satisfaisants là-aussi), d’autres sondages portant, eux, sur son action ont été publiés qui donnent des résultats nettement plus inquiétants pour lui. C’est le cas du baromètre Ipsos-Le Point portant sur l’action de François Hollande en tant que Président. Sur ce type d’indicateurs les baisses sont spectaculaires (-11 points) et les niveaux déjà nettement inférieurs à 50% (44% de jugements favorables). Cela peut s’expliquer : les Français sont interrogés alors qu’ils sont en vacances ou viennent d’en revenir, à propos de l’action d’un Président lui-même tout juste revenu de vacances, et extrêmement critiqué par l’opposition et bon nombre de médias pour son inaction. Reste que cette image d’inaction existe bien dans l’opinion, même si elle ne « plombe » pas encore la popularité de François Hollande en tant que Président.

Or, s’il ne parvient pas à modifier l’image que les médias véhiculent de lui dans les semaines à venir, Hollande pourrait être durablement affecté à l’avenir. Ce procès en inaction, intenté tout l’été par les médias, y compris par la presse de gauche, pourrait le marquer dans l’opinion pour le reste de son quinquennat, un peu comme le « bling-bling » et le « Président des riches » imprimé lors de l’été 2007 avaient été le « marqueur » du quinquennat Sarkozy.

C’est cela, bien plus que sa popularité à date qui me semble l’enjeu des mois à venir, car un Président que l’on jugerait « attentiste » ou incapable de prendre des décisions rapides et avec autorité, ne pourrait pas sortir indemne d’un automne qui promet d’être très dur sur le plan économique et social.

En clair, la crainte à avoir pour l’exécutif porte plus sur sa popularité à moyen terme, lorsque le contexte se sera durci, plutôt que sur celle mesurée aujourd’hui.A cet égard, il est capital qu’il puisse améliorer sa relationavec les médias qui l’ont largement pris en grippe. Cela n’a rien à voir avec leur affection pour l’homme ou leur orientation politique, mais s’explique simplement parce qu’après cinq années d’action, d’hyper-présidence et de frasques en tous genres avec Nicolas Sarkozy, le style Hollandeles nourrit moins ».

 

Délits d’Opinion : Qu’en est-il de son Premier ministre et de ses ministres ?

Gaël Sliman : « Pour l’hôte de Matignon la popularité semble évoluer en parallèle de celle du Président, mais à un niveau au-dessus de celui de Hollande. Ainsi,le retour à une présidence « normale » avec un Président qui préside et un premier ministre qui gouverne,n’a pas les effets escomptés. Ayrault, comme Fillon autrefois, ne « protège » pas la popularité du Président. Le précédent Sarkozy force donc Hollande à seremettre en première ligne.

Quant au gouvernementil ne propose guère de stars ou de ministres déjà très expérimentés (à l’exception de Laurent Fabius)comme c’était le cas pour le gouvernement « Fillon-1 » en 2007. En termes d’opinion, ce gouvernement reposesur trois ou quatre « mousquetaires » tels que Manuel Valls, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg ou Vincent Peillon. A ce jour, le Ministre de l’Intérieur est le seul à véritablement s’imposer, même si Pierre Moscovici semble avoir une belle carte à jouer au cours des prochains mois. En étant en charge des attentes les plus fortes exprimées par les Français (emploi, pouvoir d’achat, etc.), il détient les cordons de l’économie du pays et pourrait, s’il fait preuve de maitrise et de compétence, être récompensé en termes de popularité alors même que la situation se détériorerait. Cette situation s’était d’ailleurs produite avec Christine Lagarde en 2008. A moyen terme Hollande semble cependant manquer de ministres populaires sur lesquels il pourrait s’appuyer en cas de coup dur ».

Partager ce contenu :

Laisser un commentaire