Les Français face au conflit israélo-palestinien

Les Français face au conflit israélo-palestinien

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Nicolas Fert

Biographie

Diplômé de l'IEP de Grenoble en études d'opinion et de marché (PROGIS) après une hypohâgne/khâgne à Reims, Nicolas Fert travaille aujourd'hui au sein du département Opinion d'un institut de sondage.

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Le conflit israélo-palestinien est depuis longtemps en matière de sondages d’opinion l’un des rares sujets d’actualité sur lesquels les Français ont du mal à se prononcer. Manque d’informations sur les enjeux du conflit ou peur d’adopter une position jugée potentiellement offensante ?

Les critiques des sondages ayant depuis longtemps pointé la capacité des répondants à se prononcer sur des sujets qu’ils ne connaissent que partiellement, c’est bien la nature extrêmement clivante du débat qui semble souvent perturber les Français interrogés. Des différents sondages réalisés depuis quelques années, on peut cela dit retenir deux enseignements.

La peur de l’importation du conflit

Si les Français sont, on le verra, tout de même globalement favorables à la cause palestinienne, ils refusent par contre souvent obstinément de prendre réellement partie pour un camp ou l’autre, sauf pour une minorité d’entre eux. Un sondage réalisé en mars 2010 par l’IFOP pour l’Association France Palestine Solidarité éclaire particulièrement bien ce point : sur 100 Français, seuls 30 nommait ainsi un responsable dans la crise israélo-palestinienne, une majorité de cette minorité (24%) citant Israël et 6% les Palestiniens. 45% des Français préféraient déclarer que les deux parties étaient toutes deux aussi responsables et 25%, proportion très élevée, ne se prononçaient même pas sur la question.

Cette propension à ne pas se prononcer est d’ailleurs remarquablement corrélée à deux variables : le sexe et l’âge. 35% des femmes et 39% des moins de 35 ans ne s’étaient ainsi pas exprimés contre seulement 14% des hommes et 19% des plus de 35 ans. Cette inégalité dans le sentiment de compétence face à une question sensible est souvent constatée mais rarement dans des proportions aussi impressionnantes, le niveau de conflictualité se cachant derrière l’interrogation posée étant donc ici un révélateur particulièrement efficace.

Le même sondage testait également la perception des Français de la campagne de boycott des produits israéliens lancée à l’époque, une question concrète demandant une réponse engageante. Résultat des courses, 62% des Français avaient choisi de répondre qu’ils n’en savaient pas assez pour se prononcer, une proportion montant même à 72% chez les femmes et les 18-24 ans, tandis que les autres se répartissaient en parts quasi égales (20% de favorables et 18% d’opposés à ce projet). On sent bien donc à la lumière de ces chiffres la peur de laisser importer un conflit qui porte en lui les germes d’un débat communautaire, la plupart des Français semblant préférer feindre la neutralité que de se risquer à donner un avis.

Une opinion toutefois réceptive aux arguments de la cause palestinienne

Cette autocensure fréquente n’empêche cependant pas les Français de se prononcer de plus en plus en faveur de la cause palestinienne, quand les questions posées ne les forcent pas à s’opposer clairement à Israël. 75% des Français approuvaient ainsi dans un sondage de l’IFOP réalisé pour Avaaz en novembre dernier que « le temps est venu pour les Palestiniens d’avoir leur propre Etat », seuls 8% n’étant pas d’accord avec cette affirmation.

Si l’on peut il est vrai considérer que cette formulation est peu engageante et ne va pas réellement au cœur du conflit et de ses enjeux, cette quasi-unanimité (même si 17% ne s’étaient pas prononcés) montre tout de même que l’opinion française est devenue au fil des années de plus en plus réceptive à la défense de la cause palestinienne. Car cet état de fait n’est en réalité pas si ancien que cela. En 1989, lors de la venue de Yasser Arafat à Paris, 23% des Français se considéraient plus proches des Israéliens contre 13% de proches des Palestiniens, 55% n’étant proches d’aucuns des deux et 6% ne se prononçant pas (sondage IPSOS). Cet équilibre a été bouleversé par le seconde Intifada qui a vu l’opinion française devenir progressivement de plus en plus pro-palestinienne : en novembre 2004, un sondage BVA indiquait que 34% des Français avait plus de sympathie pour les positions des Palestiniens contre 13% pour celles des Israéliens, 39% ne privilégiant aucun camp et 15% ne se prononçant pas.

Cette sympathie croissante pour la cause palestinienne pousse d’ailleurs les Français à adopter des positions qu’ils auraient probablement considérées comme trop risquées il y a quelques années. Dans le sondage IFOP / Avaaz réalisé récemment et cité plus haut, 66% d’entre eux déclarent ainsi que la France devrait voter en faveur de la reconnaissance d’un Etat palestinien à l’ONU, 9% pensant qu’elle devrait voter contre et 25% qu’elle ne devrait pas se prononcer, approuvant ainsi une initiative ayant provoqué un grave incident diplomatique avec Israël. Une attitude ayant pu peser dans la balance à l’heure ou la diplomatie française s’interrogeait sur l’opportunité d’appuyer ou pas l’initiative de l’Autorité Palestinienne.

Paradoxalement, c’est alors que le consensus semble donc naître en France sur la solution à deux Etats que cette perspective peut être remise en cause par les plans de colonisation israéliens annoncés suite à la décision de l’ONU. Une situation qui forcerait cette fois les Français à se prononcer clairement en faveur d’un camp, ce qu’ils ont toujours clairement refusé de faire.

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