Les Européens : heureux ou dépressifs ?

Les Européens : heureux ou dépressifs ?

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Pierre Jougla

Biographie

Diplômé de l’IEP de Bordeaux et de l’Université de sciences politiques de Cardiff, Pierre Jougla travaille aujourd'hui au sein du département Politique d’un institut de sondage.

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La santé mentale reste encore un sujet largement tabou dans nos sociétés. Or cette question touche un grand nombre de citoyens : selon certains sondages les problèmes de fragilité mentale auraient concerné pas moins d’un Français sur deux au cours de leur vie. Autre chiffre fourni par la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (France), les secteurs de psychiatrie générale avaient suivi, en 2000, 1 150 000 patients, soit 62 % de plus qu’en 1989.

Un sujet capital auquel s’est intéressée la Commission Européenne et plus précisément la Direction Générale de la Santé et des Consommateurs (terrain réalisé en face-à-face du 26 février au 17 mars 2010, auprès d’un échantillon de 26 800 citoyens de l’Union Européenne). Délits d’Opinion et Euros du Village se sont penchés sur ces résultats.

Un verre à moitié plein…

Les Européens ont tout d’abord été interrogés sur la fréquence des émotions positives qu’ils ont ressenties au cours du mois précédant l’enquête : une majorité se disent heureux (61%), calmes et sereins (59%), pleins de joie de vivre (59%) et d’énergie (51%) la plupart du temps voire tout le temps. Les Finlandais et les Néerlandais se montrent les plus positifs (ils l’étaient déjà en 2006) sur ces dimensions. Les Français se démarquent peu si ce n’est qu’ils se disent plus volontiers heureux tout le temps (19%, pour 12% en moyenne).

…ou à moitié vide ?

Pour autant, ces émotions (bonheur, calme et sérénité, joie de vivre et énergie) ne sont ressenties que quelquefois par environ un tiers des Européens, rarement par environ un dixième et jamais par moins de 5%.

En outre, les Européens sont moins nombreux à dire ressentir ces émotions la plupart du temps voire tout le temps qu’en 2006 : -4 points sur le bonheur, la joie de vivre et l’énergie. Ces émotions sont aujourd’hui davantage ressenties de temps en temps.

Interrogés ensuite sur les émotions négatives qu’ils ont ressenties au moins quelques fois au cours du moins précédant l’enquête, les Européens confirment un constat inquiétant : un quart (25%) disent s’être sentis tellement malheureux que plus rien n’arrivait à leur remonter le moral. Un tiers (33%) disent s’être sentis démoralisés et déprimés, une majorité épuisés ou particulièrement tendus (respectivement 52% et 56%) et près des trois quarts (73%) fatigués. Entre un cinquième et un tiers des répondants disent aussi avoir parfois ressenti ces émotions négatives, toutes en hausse d’un à cinq points en 4 ans.

Les Grecs et les Italiens sont proportionnellement plus nombreux à exprimer des émotions négatives.

Sending out an SOS

15% des Européens ont cherché l’aide d’un professionnel pour un problème psychologique ou émotionnel au cours de l’année précédant l’enquête. La plupart d’entre eux se sont adressés à leur médecin généraliste (11%, en hausse de deux points), mais d’autres recours sont sollicités, notamment un(e) pharmacien(ne) (3%), un(e) psychologue (2%), un(e) psychiatre ou un(e) assistant(e) social(e) (1%).

C’est en Roumanie qu’on se tourne le plus vers un professionnel : 35% (+5 points), tandis qu’en Bulgarie (6%, -10 points), ou en Grèce (7%, -6 points) cette pratique redevient marginale.

Qu’on le voie comme une bonne chose (acception d’une difficulté et recherche d’assistance) ou une mauvaise (signe d’une plus grande détresse personnelle à l’échelle du pays), reste que le recours à un professionnel croît fortement et atteint de forts taux au Portugal (21%, +5 points), en Belgique (18%, +6 points), ainsi qu’en Espagne et en Lettonie (17%, +7 points). La France est aussi au dessus de la moyenne européenne : 17%, en hausse de 3 points en quatre ans.

Concurremment, 7% des Européens ont pris des antidépresseurs au cours de l’année précédant l’enquête. Localement, c’est le cas d’un Portugais sur 6 (15%) et d’un Lituanien, Maltais ou Français sur 10 (11% en Lituanie, 10% en France et à Malte).

A l’échelle Européenne, on notera que la consommation d’antidépresseurs est plus importante parmi les femmes, les personnes vivants seuls, les chômeurs, les retraités, et les plus faibles revenus.

Les premières causes de la prise d’antidépresseurs sont la dépression (51%) et l’anxiété (47%). Mais 16% les utilisent pour combattre des douleurs chroniques, et 8% pour améliorer leurs performance (surtout dans les pays qui sont devenus de nouveaux membres de l’UE en mai 2004 ou janvier 2007 : 16%, pour 5% dans les pays de l’Europe des Quinze).

Mens sana vs Corpore sano ?

Si les émotions que ressentent les Européens ne dressent pas un portrait particulièrement reluisant de la santé mentale du vieux continent, les problèmes d’ordre physique semblent davantage les handicaper au quotidien. 46% disent en effet avoir parfois accompli moins de choses qu’ils le souhaitaient au cours du mois précédant l’enquête à cause d’un problème émotionnel (dépression, angoisse), pour 58% à cause d’un problème de santé physique. De là à dire que les Européens somatisent…

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