L’Eurobaromètre, la Rolls des sondages d’opinion

L’Eurobaromètre, la Rolls des sondages d’opinion

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Pierre Jougla

Biographie

Diplômé de l’IEP de Bordeaux et de l’Université de sciences politiques de Cardiff, Pierre Jougla travaille aujourd'hui au sein du département Politique d’un institut de sondage.

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L’Eurobaromètre c’est tout simplement le plus gros dispositif récurrent d’études d’opinion du monde, assis sur une des méthodologies les plus avancées.

Laissons parler les chiffres : 27 pays sondés une bonne dizaine de fois par an, dont la moitié en face-à-face. Des enquêtes barométriques, d’autres réalisées ad hoc. Des questionnaires qui doivent être traduits à la perfection dans 23 langues. Un contrat à 65 millions d’euros sur 4 ans, pour lequel se battent les plus grands instituts mondiaux.

Mais l’Eurobaromètre n’est pas qu’affaire de gros sous. Il s’agit avant tout d’un sondage réalisé dans des conditions de rigueur méthodologique rarement égalées : des répondants interrogés en face-à-face à leur domicile (hormis pour les enquêtes flash, conduites par téléphone pour des questions de délais), selon une méthode aléatoire.

 

40 ans de richesses si peu exploitées

 

L’Eurobaromètre a été mis en place par la Commission Européenne en 1973 sous l’impulsion de Jacques-René Rabier, alors conseiller spécial de la Commission européenne chargé des études d’opinion publique. Comme il le dit lui-même, il répond à une double volonté : « à la fois […] savoir ce que pensent les gens de ce que fait l’Europe et […] faire en sorte que les gens dans les différents pays sachent ce que les citoyens dans d’autres pays pensent sur les mêmes sujets ». Son public est donc double : l’ensemble des décideurs européens d’une part, les citoyens de l’Union de l’autre. Une démarche qui suppose que les résultats soient publiés in extenso et soient ainsi accessibles à qui se donne la peine de les analyser ((On notera au passage le caractère précurseur de l’Union Européenne dans le mouvement actuel de mise à disposition des citoyens des données gouvernementales, illustré récemment par l’Administration Obama et son data.gov)).

L’Eurobaromètre n’en est pas pour autant « timide » dans les questions qu’il pose et publie. Il l’est même parfois beaucoup moins que nombre de sondages qui paraissent en France (non que les commanditaires français soient plus réservés dans leurs interrogations ; mais une large majorité des sondages réalisés ne sont pas publiés). Peut-être relativement protégée par son statut d’institution supranationale, finalement assez indirectement responsable devant les citoyens, l’Union s’interroge sans complexe sur les discriminations, la pauvreté, le rôle des collectivités locales, le changement climatique ou la corruption, de telle manière que ni la Commission ni les Etats ne puissent, à la lecture des résultats, se défausser de leurs responsabilités.

En presque 40 ans de sondages, couvrant l’ensemble des pays de l’Union, l’Eurobaromètre a permis de constituer une base de données d’une richesse rare en matière d’opinion. Une richesse largement inconnue et notoirement sous-exploitée d’un point de vue médiatique.

D’où notre volonté, à Délits d’opinion, de remédier à ce triste constat – dans la mesure de nos modestes moyens. Nous nous attacherons donc, au gré de l’actualité et des publications de ce cher Eurobaromètre, à en disséquer quelques chiffres marquants, à vous en faire percevoir la richesse et la diversité.

 

A venir : Retrouvez lundi 26 avril notre première analyse issue des résultats de l’Eurobaromètre : les enfants, leurs parents et Internet.

 

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