2012, année de la flexicurité en Europe ?

2012, année de la flexicurité en Europe ?

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Pierre Jougla

Biographie

Diplômé de l’IEP de Bordeaux et de l’Université de sciences politiques de Cardiff, Pierre Jougla travaille aujourd'hui au sein du département Politique d’un institut de sondage.

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Rarement une année aura été marquée par autant de “sommets de la dernière chance” que 2011. Présentée comme au bord du précipice, secouée par les crises économiques, financières et les protestations qu’elles ont induites, l’Europe fait aujourd’hui face à des enjeux majeurs en termes d’opinion. Le chômage notamment, qui connaît une légère hausse sur le Vieux continent, continue de constituer une préoccupation politique majeure, comme en attestent l’ensemble des sondages mais aussi certaines initiatives politiques pré-électorales. La stratégie européenne pour l’emploi vise à répondre à cette préoccupation, qui s’articule pour partie autour du principe de flexicurité, visant à renforcer à la fois la flexibilité et la sécurité sur le marché du travail.

Afin d’analyser les conséquences de la crise en matière d’emploi et de mieux comprendre la perception de la flexicurité par les Européens, la Direction générale pour l’Emploi, les affaires sociales et l’inclusion de la Commission européenne a commandé une étude Eurobaromètre réalisée en septembre et en octobre, auprès d’un échantillon représentatif de plus de 26 700 personnes âgées de 15 ans ou plus.

Une perception encore positive de l’action de l’UE en matière d’emploi

Premier enseignement, en ces temps troubles, les politiques sociale et celles de l’emploi de l’UE restent majoritairement bien jugées par les Européens (52% et 51% de jugements positifs respectivement, contre 32% et 34%).

En outre, l’action de l’UE a eu un impact jugé positif par au moins une moitié d’Européens dans l’ensemble des dimensions sociales et relatives à l’emploi testées : rendre plus facile le fait de pouvoir travailler dans un autre pays européen (70%), l’amélioration de l’accès à l’éducation et à la formation (67%), la facilitation du processus de création de sa propre entreprise (59%), la fixation de standards minimum pour les conditions de travail à travers l’UE (58%), la lutte contre l’exclusion et la pauvreté (55%), la lutte contre le chômage (55%), la promotion du dialogue entre patronat et syndicats (50%), et enfin, la réduction des différences régionales en termes de chômage (48% positif contre 33% négatif).

Un basculement imminent ?

Mais si à l’instant T le bilan reste favorable, la tendance n’en est pas moins inquiétante. En effet, sur chacune de ces dimensions précédemment citées, les proportions de perceptions positives se sont considérablement dégradées depuis un an, enregistrant des chutes de 10 à 20 points environ. Un phénomène plus prégnant encore en Espagne, en Grèce, au Portugal et à Chypre, pays particulièrement fragilisés par la crise. Et lorsque l’on s’attache plus spécifiquement à la capacité de l’UE à créer de nouvelles opportunités d’emplois et à lutter contre le chômage, les dévissages dans les pays du sud de l’Europe sont impressionnants : -40 points d’opinions positives en Espagne (44%), -31 à Chypre (53%), -29 en Grèce (47%), -25 au Portugal (37%), -20 en France (37%), -19 en Italie (62%).

 Au-delà et toujours dans le registre des mauvaises nouvelles, les Européens sont aujourd’hui convaincus que la pauvreté va croissante dans leurs pays respectifs, et le sont de plus en plus (( On notera que selon Eurostat le taux de pauvreté est resté quasi-stable dans l’Europe des 27 entre 2009 et 2010 : 16,4% (+0,1 point) des Européens sont en dessous du seuil de pauvreté, fixé à 60 % du revenu disponible équivalent médian national (après transferts sociaux) http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&language=fr&pcode=tsisc030&plugin=1 )) . A preuve 87% jugent que la pauvreté a augmenté au cours des trois dernières années, dont 43% fortement augmenté (ces proportions étaient de 84% et 30% en 2010). Une très large majorité au niveau européen donc, qui confine au consensus en Grèce et en Espagne où respectivement 99% et 98% de la population tiennent le même constat d’une aggravation de la pauvreté.

Un optimisme individuel toujours au rendez-vous

Cependant et comme souvent en matière d’études d’opinion, le pessimisme collectif doit être tempéré par un relatif optimisme individuel, sur le plan de l’emploi notamment. A ce titre 8 actifs sur 10 (82%) se disent confiants dans le fait de pouvoir garder leur emploi dans les mois à venir, dont 43% très confiants. Parmi nos voisins, seule la Grèce a sombré dans un pessimisme majoritaire en matière de sécurité de l’emploi, où 54% se disent pas confiants. A l’autre extrémité du spectre, trois pays scandinaves (Suède, Danemark, Finlande) et l’Allemagne font montre d’une confiance particulièrement prononcée (plus de 9 répondants sur 10 y pensent pouvoir garder leur emploi).

La flexicurité en question

Autant de pays qui sont souvent érigés en modèle quant à leurs marchés du travail respectifs, souvent caractérisés (pour les trois premiers) comme étant bâtis sur le concept de flexicurité (ou flexisécurité). Or les Européens semblent relativement convaincus de l’efficacité de ce concept, mesuré à l’aune de cinq principes :

  • 87% (-1) jugent que la formation continue améliore les possibilités d’emploi
  • 78% (+2) estiment qu’avoir les capacités de changer facilement d’emploi est un atout utile pour trouver de l’emploi
  • 77% (+4) pensent que les emplois à vie chez le même employeur sont de l’histoire ancienne
  • 72% (+1) jugent que les contrats de travail devraient être plus flexibles pour encourager la création d’emplois
  • Cela dit, une majorité (51%, +2) est en désaccord avec l’assertion de nombreuses personnes prennent leur retraite trop tôt [dans leurs pays]

Des Européens prêts à jouer le jeu

Mais s’ils approuvent dans les grandes lignes les principes de la flexicurité, les Européens sont-ils prêts à s’y conformer ? En d’autres termes, comment s’y prendraient-ils si la confiance dont ils font preuve à l’égard de leur emploi s’avérait infondée et qu’ils se faisaient licencier ? Le cas échéant, la moitié des actifs joueraient la carte de la continuité, qui postuleraient pour le même type d’emploi, dans la même zone géographique, mais pour un autre employeur.

Néanmoins, de fortes proportions d’Européens envisageraient le cas échéant de changer de localité ou de type d’emploi : 35% envisageraient la mobilité (mais rechercheraient le même type d’emploi) tandis que 20% viseraient un autre type d’emploi dans leur localité. 11% feraient table rase, qui voudraient alors recherche un autre type d’emploi ailleurs que dans leur zone géographique actuelle. L’auto-entreprenariat a aussi ses vertus, qui séduirait le cas échéant 12% des Européens, quand 3%, plus ambitieux ambitieux encore, envisageraient de démarrer leur propre entreprise avec des salariés.

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