Chevènement à 16% ?

Chevènement à 16% ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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C’est un commentaire que l’on pouvait lire sur internet : Chevènement obtiendrait 16% à la prochaine présidentielle. Un chiffre extrait d’un sondage IFOP, et qui traduit encore une fois comment des raccourcis malencontreux peuvent engendrer des erreurs d’analyse. 

Certes, Jean-Pierre Chevènement est crédité dans cette étude de 16%.  Mais ce chiffre correspond à un potentiel électoral et non à une intention de vote. Entre les deux terminologies, ce sont les questions posées qui diffèrent. Pour une intention de vote en effet, l’intitulé de la question est le suivant : « si le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain et que vous aviez le choix entre les candidats suivants, pour lequel y aurait-il le plus de chances que vous votiez ? ». Pour un potentiel électoral, la question est posée dans l’absolu : « vous personnellement, quelle est la probabilité que vous votiez pour Jean-Pierre Chevènement, s’il était candidat à la prochaine élection présidentielle ? » En d’autres termes, l’intention de vote tente de reconfigurer une vraie élection avec  des candidats en situation de concurrence, tandis que le potentiel électoral pose la question du candidat dans l’absolu, de façon bien moins discriminante. 

Un second élément invite à prendre avec précaution ce chiffre de 16%. Dans les détails  en effet, 12% jugent « plutôt  probable » de voter pour Jean-Pierre Chevènement, contre 4% qui estiment « tout  à fait probable » de voter pour lui. Un chiffre de 4 % qui correspond davantage au vrai socle électoral actuel du candidat.

Enfin, un sondage doit aussi se lire à l’aune du déroulé même du questionnaire,  qui peut en partie conditionner la réponse. Avant d’être interrogés sur la probabilité de voter pour Chevènement, les sondés se sont prononcés sur « l’opinion » qu’ils avaient de ce dernier. Une question moins clivante, et qui peut influencer le souhait émis ensuite de voter pour le candidat.

Au final, si  tester le potentiel électoral n’est pas dénué d’intérêt,  ces études peuvent introduire des contresens préjudiciables dans un contexte de forte défiance vis-à-vis des sondages. Des approximations qui auront en tout cas fait le bonheur du Mouvement Républicain et Citoyen de Jean-Pierre Chevènement, revenu, grâce à ces chiffres, au centre du jeu. Une satisfaction qui a un prix, ce même mouvement étant par ailleurs le commanditaire du sondage…   

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