Taxe carbone : le grand n’importe quoi n’est pas fini

Taxe carbone : le grand n’importe quoi n’est pas fini

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Olivier Vanbelle

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Après des études à Sciences Po et à l’ENS de la rue d’Ulm, Olivier a travaillé au sein d'un institut de sondages. Il a ensuite évolué au sein de cabinets de conseil auprès du secteur public.

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Depuis la rentrée, la « contribution climat-énergie », véritable nom de ce que l’on désigne habituellement par « taxe carbone », a largement nourri les débats et les gros titres des quotidiens. Le débat semble désormais en partie terminé avec sa mise en place le 1er janvier 2010 et les principaux arbitrages réalisés (17 euros la tonne de CO2), sa compensation « intégrale […] par la baisse d’autres prélèvements » ; le tout, encadré par une commission indépendante composée d’experts, de représentants de partenaires sociaux et de membres d’ONG.

Pourtant il paraît intéressant de revenir sur la façon dont cette taxe fut présentée et notamment sur la façon dont les débats furent amenés. Le chiffre clé est celui-ci : 66% des Français sont opposés à cette taxe ((sondage TNS Sofres / Logica pour Europe 1)). Ce chiffre a résonné comme une sentence dont l’écho fut traité par l’ensemble des médias comme la fin d’un grand débat, ou comme la fin de la récréation au moment où les contradictions dans les déclarations des différents protagonistes sur le montant de la taxe devenaient assourdissantes. Difficile en effet de se retrouver à ce moment là entre le statut officiel des recommandations de Michel Rocard, président du Groupe d’experts chargé de ces questions, puis celles de François Fillon, elles-mêmes désavouées quelques jours plus tard… ce chiffre est d’un coup venu mettre fin à ce grand capharnaüm.

Il est pourtant étonnant que ce chiffre ait eu un tel impact dans les médias, pour ne pas dire plus. Comme souvent la façon dont les études sont traitées par les médias laissent songeur quant à la compétence ou la bonne foi de ces commentateurs.

Tout d’abord ce sondage comporte plusieurs informations intéressantes sur la conviction et donc la pertinence des opinions exprimées : interrogées sur la notoriété de la taxe carbone, près de 70% des répondants reconnaissent ne pas avoir de connaissance précise de ce dispositif.

Cette donnée, restée médiatiquement anecdotique, constitue pourtant une des clés du problème. Dès le 30 juin, un sondage réalisé par LH2 montrait que près de huit Français sur dix se considéraient « mal informés » sur cette question. Cela n’empêchait pas les deux tiers de nos concitoyens de se déclarer dans leur majorité favorables à l’instauration d’une taxe carbone, ce chiffre montant largement lors du sondage collaboratif après que le sondeur leur eut brièvement expliqué par vidéo de quoi il s’agissait. Comme souvent le manque d’information constitue une variable majeur pour l’interprétation des chiffres publiés et la structuration de l’opinion.

Seconde variable : la structuration de la question.

L’étude réalisée par l’UFC Que Choisir met en évidence une seconde donnée importante. Quand la formulation « taxe prélevée sur les ménages » suscite une levée de bouclier (74% d’opposition), la spécification d’une compensation sous forme de chèque-vert ramène l’opposition à une échelle nettement moindre (45%), alors même que le principe de compensation était prévu depuis le départ…

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