Macron- Le Pen  : le match de trop des Européennes ?

Macron- Le Pen : le match de trop des Européennes ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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A quelques jours des Européennes, les Français accepteront-ils  de rejouer le match retour de la présidentielle ? Dans l’histoire politique, les remake se sont rarement produits. En  2017,  les commentateurs en quête du match retour de 2012  en furent d’ailleurs pour leurs frais, malgré les signes évidents, dès 2015 que les Français refuseraient de rejouer le match.

Dans un article publié sur le site du Figaro, Délits d’Opinion s’est à nouveau posé la question en amont des européennes.

Et si sur la dernière ligne droite, la campagne européenne livrait elle aussi des surprises ?

Sur le papier pourtant, tout semblait simple. Cette élection européenne se résumerait à un duel entre deux meilleurs ennemis qui s’étaient choisis. D’un côté le camp des europhiles. De l’autre, les europhobes. D’un côté le camp du « progrès ». De l’autre celui du « peuple ».

Macron – Le Pen : le match retour. Un choix binaire qui jouissait d’un avantage stratégique indéniable, celui d’évacuer toutes les options intermédiaires.

Ce scénario pourrait-il dérailler ?

Depuis quelques semaines, deux phénomènes nouveaux se conjuguent : d’un côté, la campagne de LREM peine à trouver un second souffle. La liste emmenée par Nathalie Loiseau connait un trou d’air, perdant entre 1 et 3 points selon les sondages – BVA relève une baisse de 2 points- pour s’établir en moyenne autour de 22%.

Second phénomène, la campagne des Républicains semble atteindre un nouveau cap autour de 14%. La liste emmenée par François Xavier Bellamy est en train de rattraper son retard auprès de deux segments essentiels : les plus de 65 ans d’une part, où le parti des Républicains fait presque jeu égal avec LREM. Et les électeurs de François Fillon de 2017, qui sont dorénavant majoritaires à voter pour François-Xavier Bellamy. La seconde fracturation à droite voulue par Emmanuel Macron bute sur un noyau électoral revigoré par la personnalité du candidat, et son ancrage idéologique.

Pour contrecarrer cette menace nouvelle venue de droite, LREM a décidé d’intensifier ses attaques contre le socle électoral Républicain. Son arme :   recycler l’argument moral utilisé contre le parti de Marine le Pen. Une tactique inédite de la part d’un mouvement qui avait fait de la bienveillance son succès.

En réalité, le parti d’Emmanuel Macron est triplement handicapé.

L’absence de programme – qui sera connu dans la dernière ligne droite – prive la liste d’arguments de fond.

Sa tête de liste est méconnue :  seuls un quart des Français connaissent Nathalie Loiseau. Enfin, cette dernière ne peut pas jouer la carte du renouvellement comme en 2017. Nathalie Loiseau était jusqu’alors en charge des affaires européennes. Ce qui lui confère une légitimité et une expertise indéniables. Mais la rend aussi comptable d’un bilan.  D’ailleurs, pour une majorité de Français, le positionnement de LREM est clair : le parti d’Emmanuel Macron est favorable au projet européen tel qu’il est mis en place – données IPSOS. Un statut quo problématique, alors que dans le même temps, seuls 15 % des Français sont favorables au projet européen actuel. LREM peut-il incarner une autre Europe que les Français appellent de leurs vœux ?

Pour sortir de cette question épineuse, le Président a décidé de plonger dans l’arène. C’est d’ailleurs le Président lui-même qui avait lancé la campagne avec sa tribune intitulée « Renaissance ».  Il est désormais question qu’il s’invite aux derniers meetings de campagne.

Une analyse confortée par les chiffres : seul un tiers des français déclarent voter sur des motivations européennes. En réalité, Emmanuel Macron constitue le premier motif de mobilisation, pour ou contre lui. Ce n’est pas nouveau, car les élections de mi-mandat tournent bien souvent au référendum national.  D’où aussi le choix de faire du vote LREM le seul vote utile face à un ennemi – tantôt conservateur, tantôt populiste –  qui a l’avantage d’opportunément contaminer tous les concurrents menaçants.

 

L’efficacité de la stratégie questionne :

Le vote utile peut-il fonctionner à nouveau, lors d’une élection à la proportionnelle, qui ne portera personne au pouvoir en France, et dont le ressort moral semble cassé ?

Son bien-fondé également : l’Europe sortira-elle gagnante d’une exploitation pour des motifs nationaux ? Une élection réduite à un choix par défaut ne peut que conduite à une Europe par défaut.

 

Or, avec 33 listes en lice, chaque Français a les moyens de voter selon ses envies. 33 listes qui sont autant d’opportunités de renouer avec le premier défi de l’Europe : la démocratie. Moins d’un Français sur deux ira voter, dévitalisant toujours plus cette institution vacillante. Et si pour une fois, l’Europe n’était pas l’otage de nos politiques nationales ? Et si le 26 mai, les Français votaient…pour qui ils le voulaient. C’est peut-être l’objectif commun autour duquel chaque candidat pourrait s’accorder.

 

 

 

 

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