Les CSP+ et Macron

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Cet article a été publié sur le site du Figaro 

Pourquoi, les cadres continuent-ils de soutenir Emmanuel Macron ? Dans le baromètre d’image BVA, 54% des fameuses CSP+, disent avoir une bonne opinion du Président de la République, soit 20 points de plus que la moyenne des Français.

Une suite apparemment logique pour une catégorie ayant été un des principaux artisans de la victoire de 2017 : au premier tour, 1 tiers des cadres avait voté pour le candidat Macron. Depuis cette date, hormis le soupçon du doute, vite levé, de la fin d’année 2018, les CSP+ demeurent les principaux soutiens du Président.

Leur Président ? Pourtant les derniers arbitrages ne les ont objectivement pas épargnés.

Cas emblématique, la réforme de l’assurance chômage qui impose aux seuls cadres, dès le 1ernovembre, une dégressivité des indemnisations. Concrètement, les salariés gagnant plus de 54 000 euros bruts par an verront leurs indemnités amputées de 30% supplémentaires au bout de 6 mois de chômage.

Sur la question des retraites, même si l’heure est encore à la concertation, les orientations s’annoncent également sous un mauvais jour pour les cols blancs. La réforme par point qui prend en compte l’intégralité de la carrière menace directement la retraite des cadres auparavant calculée sur les 25 meilleures années.

Et la liste des griefs ne cesse de s’allonger. Suppression totale de la taxe d’habitation décalée à 2023 pour les 20% les plus aisés, menaces planant sur les emplois à domicile, les catégories supérieures auraient objectivement toute les raisons de se détourner d’Emmanuel Macron.

Alors, comment expliquer ce soutien ? D’abord en se libérant d’un présupposé : celui d’un homo oeconomicus, rationnel et cherchant avant tout à maximiser ses intérêts individuels. Dans la réalité, de nombreuses distorsions de réalité entrent en jeu.

Première d’entre elles : le biais du temps présent.

La dégressivité des cotisations sur l’assurance chômage ne commencera à s’appliquer qu’à partir de novembre 2019. Et parait hypothétique pour des cadres qui bénéficient d’un quasi plein-emploi. L’inéquité de la mesure est donc contrebalancée par le faible risque perçu de se trouver au chômage.

Le calendrier des retraites nourrit la même distance : si la réforme par point commencera à être mise en place à partir de 2025, une période de convergence de 15 ans est prévue. Autant dire une éternité. C’est d’ailleurs cette incapacité à se projeter dans l’avenir qui avait expliqué le malentendu sur l’augmentation de la CSG pour les retraités. Ils avaient bien entendu parler de la réforme. Mais cette dernière semblait bien lointaine. Le relevé des comptes en banque fit l’objet d’une douche froide.

Second biais permettant d’éclairer le soutien majoritaire des CSP+ : le choix par défaut.

Les catégories sociales supérieures auraient-elles d’autres options que de soutenir le Président ?  C’est toute la stratégie mise en scène par ce dernier, notamment lors des élections européennes : dynamiter les oppositions et désigner son adversaire unique, le Rassemblement National. Face à la menace brune et jaune, il faut émerger comme seule alternative.

Un choix pour le moment conforté par une conviction : ce Président réforme. Or, plus sensibles aux mutations mondiales, les CSP + font de la réforme du pays une impérieuse nécessité.  Ici réside tout le défi pour le Président, conserver l’image du transformateur sans donner le sentiment que les réformes ne se fassent ni à minima, ni toujours au détriment des mêmes. Dans le viseur notamment, l’épouvantail des régimes spéciaux scruté par une population moins encline à manifester mais décisive pour 2022.

Sur le chemin de la réélection, la réforme des retraites sera décidément clé.

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