Hervé Morin : « Je suis sûr que l’intérêt du centre et des Français prévaudra sur des ambitions individuelles »

Hervé Morin : « Je suis sûr que l’intérêt du centre et des Français prévaudra sur des ambitions individuelles »

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Hervé Morin

Député maire d'Epaignes - Président du Nouveau Centre de l'UDI

Biographie

Président du Nouveau Centre, Député-Maire d’Epaignes, ancien ministre

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Dans le cadre de la préparation de la campagne présidentielle de 2012, Délits d’Opinion a rencontré Hervé Morin, président du Nouveau Centre et député-maire d’Epaignes (Eure).

 

Délits d’Opinion : On a – déjà – beaucoup entendu parler des sondages en ce début d’année. De votre côté,  quelle utilisation en faites-vous et quelle perception avez-vous des tendances qu’ils dessinent ?

Hervé Morin : Le Nouveau Centre est un petit parti qui n’a pas les moyens de commander et réaliser des études politiques à longueur de journée. Cela ne nous empêche pas d’utiliser les sondages des autres, en particulier tous ceux qui sont publiés par les médias. 

Cela dit je reste persuadé que le contact avec le terrain est le meilleur instrument de mesure en politique. Les déplacements, le contact régulier avec ses électeurs nous permettent de sentir l’opinion aussi bien qu’un sondage. La poussée du front National par exemple, il n’y avait pas besoin de sondages pour la percevoir, et dès janvier j’en avais parlé longuement dans mon discours lors des vœux à la presse. 

C’est vrai que ces sondages participent à une structuration de la vie politico-médiatique. En effet, chacun de vos bonds est amplifié par les médias qui s’intéressent subitement à vous, alors qu’une perte de quelques points peut contribuer à faire disparaitre des médias un leader politique. 

C’est une des règles du jeu avec laquelle nous devons composer même si les leçons du passé ne sont jamais retenues. Les instituts de sondages se sont tellement trompés lors des élections présidentielles, pronostiquant les mauvais candidats, aux mauvaises places et dans un mauvais ordre. 

 

Délits d’Opinion : Entre une UMP qui se droitise pour résister au FN et un PS tiraillé par son flanc gauche, un espace se creuse au centre. Aujourd’hui dans quelle mesure une candidature centriste pourrait-elle émerger et rassembler l’ensemble de cet électorat qui semble dispersé entre Bayrou, Borloo, Villepin et vous ?

 Hervé Morin : Il y a de moins de moins de dispersion, en tous cas des militants, grâce à la création de cette confédération qui regroupe les différents partis centristes. Et l’un des objectifs de cette union des centristes c’est précisément d’éviter les luttes de personnes pour mieux servir un projet commun. In fine, il nous faudra identifier dès l’automne prochain quelle personnalité pourrait se présenter face aux Français. A ce moment, je suis sûr que l’intérêt du centre et des Français prévaudra sur des ambitions individuelles légitimes.

En revanche, il existe en France un vrai désir de voir émerger une force politique capable de regarder les choses en face, de mieux réfléchir à la place de la France dans le jeu de la mondialisation et de redonner un destin commun à nos concitoyens.

 

Délits d’Opinion : Les forces centristes ont souvent réussi à être identifiées sur un thème électoral fort pour rassembler les électeurs (l’Europe, le libéralisme économique, le « ni droite ni gauche »). Quel sera le thème de votre campagne ?

Hervé Morin : Moi je plaide pour que le thème de la reconnaissance soit l’un de nos étendards. Au-delà de mon intuition, je vérifie la validité et le sens de ce combat à chacun de mes déplacements. Il y a quelques jours par exemple j’étais dans une association où l’on vient en aide aux femmes et aux hommes aujourd’hui marginalisés et très éloignés du monde du travail. Les bénévoles de ce centre m’ont fait part de leur souhait de voir le travail social enfin reconnu et valorisé. Le président de l’association m’a confié « aspirer à la reconnaissance de l’investissement social ».

Ce besoin de reconnaissance se retrouve partout, dans le monde agricole ou auprès du corps enseignant. Ces Français souffrent avant tout du manque de considération dont ils sont victimes. Ce constat est le même pour les jeunes de banlieue qui veulent qu’on reconnaisse leur potentiel au lieu d’être systématiquement assimilés aux camions de pompiers caillassés.

 

Délits d’Opinion : Face à la menace d’un 21 avril à l’envers, quel rôle entendez-vous jouer à droite et au centre ?

Hervé Morin : L’analyse qui voudrait que la baisse de popularité de Nicolas Sarkozy impose une réduction de l’offre politique est infondée. Car l’échec de l’UMP dans sa forme actuelle prouve au contraire qu’il existe un besoin d’alternative au centre et à droite. Aujourd’hui, une grande partie des électeurs de Nicolas Sarkozy et de François Bayrou en 2007 ne se retrouvent pas dans l’offre politique proposée et expriment de différentes manières leur souhait d’un nouveau projet politique. Il est donc indispensable de proposer une alternative à ces électeurs.

 

Délits d’Opinion : Comment comptez-vous élargir une base électorale centriste (CSP+, diplômé, européen, centre droit) qui avait rejoint Nicolas Sarkozy en 2007, pour construire un véritable socle électoral en vue de 2012 ?

Hervé Morin : Nous devons parler davantage au cœur de millions de Français déçus par l’UMP et sceptique à l’égard du PS. On ne peut plus raconter n’importe quoi en matière économique aux Français aujourd’hui. . Le combat pour la reconnaissance contribuera à l’élargissement de notre socle vers toutes les classes moyennes  ainsi que vers l’ensemble des français qui n’arrivent plus à voir un avenir tellement leur quotidien est devenu dur. . .

 

Délits d’Opinion : Malgré votre parcours et vos responsabilités vous demeurez affilié à la majorité actuelle. Comment pourriez-vous parvenir à susciter de l’envie sans tourner le dos à cette majorité et à son bilan ?

Hervé Morin : Je n’ai pas pour intention de rejeter la famille politique qui est la mienne ni de tourner le dos au travail de la majorité politique actuelle à laquelle appartient ma formation politique. Pour autant, l’idée d’une alternative au sein même de ce groupement de forces est un véritable enjeu.

Nombreux sont les Français qui ne sont pas socialistes, qui n’ont pas compris la démarche de François Bayrou depuis 2007, qui refusent les valeurs du FN et qui avouent être déçus du pouvoir en place. Ceux-là constituent sans doute une majorité qu’il nous faudra convaincre qu’une alternative existe à droite et au centre. Ces mêmes Français sont conscients que cette alternative se fera au gré d’alliances mais il est crucial de leur proposer autre chose. C’est notre mission.

 

Propos recueillis par Raphaël Leclerc et Mayeul l’Huillier.

 

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