Edouard Philippe : les scénarios de l’an II

Edouard Philippe : les scénarios de l’an II

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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EDOUARD PHILIPPE : LES SCENARIOS DE L’AN II

 

 

 

Un an après, Edouard est incontestablement devenu Philippe.

Quasi inconnu des Français au moment de sa nomination, le Premier ministre a logiquement bénéficié de l’exposition liée à sa fonction pour s’affirmer comme figure politique de premier plan. Une situation pas si évidente en comparaison de ses ministres bien en peine de percer le plafond de verre de la notoriété.

Connu, le premier ministre n’a pas à rougir de sa cote de popularité.

Dans le baromètre BVA il s’établit à 45%, 12 mois après son arrivée au pouvoir, soit bien plus haut que Jean-Marc Ayrault à la même époque, et au même étiage qu’un Manuel Valls ou un François Fillon sous le quinquennat Sarkozy.

Les ressorts de sa popularité se résument en deux atouts : capacité à tenir son gouvernement pour imposer le rythme des réformes d’une part, et forme de pondération qui inspire confiance d’autre part. Des qualités intrinsèques perçues qui ne doivent pas occulter la principale force d’Edouard Philippe. Une force -mais aussi  un handicap –  qui se nomme Emmanuel Macron.

Aux yeux du grand public, Edouard Philippe est né à la faveur du Président. Et c’est donc logiquement à travers le filtre présidentiel qu’il est jugé :

Ainsi, questionnés sur Edouard Philippe, les Français parlent d’abord…d’Emmanuel Macron.

C’est le cas des défenseurs du Premier ministre : « j’ai confiance en lui, car il a été choisi par Macron » dit ainsi un sondé, «c’est Macron qui l’a sélectionné» résume un autre . En complément, d’autres Français interrogés soulignent sa loyauté et sa bonne entente avec le Président : « Il applique loyalement les politiques voulues par le Président ».

La qualité est réversible. Les détracteurs du Président utilisent le même argument pour exprimer cette fois leur défiance envers Edouard Philippe.  « C’est le valet de Macron ». « Il est soumis à Macron ». « Il a été nommé par le Président des riches : c’est donc le premier ministre des riches. ». CQFD.

L’an I s’achève donc sur un bilan plutôt positif même s’il s’avère difficile d’isoler la part de succès intrinsèque d’Edouard Philippe dans l’estime que les Français lui portent. Le Premier ministre est bien né aux yeux du grand public, mais dans l’ombre écrasante de son géniteur. Une situation qui ouvre trois options pour l’an II d’Edouard Philippe :

 

Première option : l’union à la vie à la mort.

Dans la continuité de la première année, le binôme continue son épopée pour le meilleur et pour le pire. C’est l’option la plus vraisemblable, tant en raison du caractère du Premier ministre que pour une simple logique arithmétique. Aujourd’hui « le Philippisme » n’est ni un courant de pensée propre, ni une idéologie, mais un art de l’exécution. Se mettre tout à coup en porte à faux envers le Président, gripper le rouage ou faire entendre sa petite musique reviendrait à scier tout  travail patiemment accompli cette année auprès de ceux qui le plébiscitent d’ abord pour sa loyauté envers Macron.

Une seconde hypothèse existe : celle d’un premier ministre fusible.

Aujourd’hui, Edouard Philippe peine à jouer pleinement son rôle de protection pour le Président.

Un enjeu bien compris par l’Elysée et qui a conduit ces derniers mois le Premier ministre à monter seul au créneau sur les dossiers chauds. Réforme de la SNCF, limitation à 80Km/h sur les nationales, Notre-Dame des Landes :  Edouard Philippe porte des sujets hautement inflammables et laisse théoriquement le Président hors de portée des critiques.

Mais la stratégie peine à prendre, les regards continuant à se tourner naturellement vers l’Elysée. Ils obligent régulièrement le Président à redescendre de son Aventin pour intervenir chez Pernaut, devant le duo Bourdin/Plenel ou face à la presse lors de voyages à l’étranger pollués par les casseurs du 1er mai.

Plus qu’une faille d’un Premier ministre qui peinerait à imprimer, cette situation est en réalité le fruit d’une organisation que Macron a lui-même définie. D’une certaine façon, Macron est pris à son propre piège : omniprésent, centralisateur et « control Freak », il fait tout converger vers lui, les louanges comme les critiques. Jupiter n’a plus de paratonnerre pour prendre la foudre à sa place.

C’est de cette friction que pourrait naitre la suite des relations entre le Président et le Premier ministre.  Celle d’un lent délitement sur fond d’impopularité croissante où l’un reprocherait au second de ne pas le protéger, poussant l’autre à jouer sa propre partition.

Avec, en toile de fond, une opinion publique passée maitre dans l’art de souffler sur les braises et qui instrumentaliserait le Premier ministre.

Ce fut le cas sous la présidence Sarkozy, où la popularité du Président décrochait tandis que François Fillon se maintenait à des niveaux beaucoup plus élevés. Rien dans la politique ne différenciait réellement les deux hommes. Mais les sondés, en valorisant le Premier ministre  Fillon critiquaient en creux le comportement et l’arrogance perçue du Président Sarkozy.

Entre Président et Premier ministre, les histoires finissent mal. C’est dans la nature des choses.

Et viendra un jour où il faudra choisir le successeur d’Edouard Philippe. La question de l’attelage se posera : comment sélectionner un profil complémentaire du Président, qui lui apporte un ancrage territorial, une fibre plus populaire, sans révéler en contre-point tout ce que le Président n’est pas ?

Au final, la gémellité n’est pas forcément le pire des défauts.

 

Cet article a été publié sur le site du Huffington Post : https://www.huffingtonpost.fr/matthieu-chaigne/les-3-scenarios-possibles-des-relations-macron-philippe-pour-la-deuxieme-annee-du-quinquennat_a_23435870/ 

 

 

 

 

 

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