Affaire Ferrand  : en creux, les défis de Macron

Affaire Ferrand : en creux, les défis de Macron

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière au département Stratégies d’opinion d’un institut d’opinion. En 2007, il intègre le groupe de communication Ogilvy & Mather en tant que planneur stratégique. Il est depuis 2012 Directeur Conseil du cabinet de communication stratégique Taddeo.

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Cet article a été publié sur le site du Huffington Post

Première polémique du quinquennat : Richard Ferrand, le nouveau ministre de la Cohésion des territoires est dans la ligne de mire du Canard Enchainé. Le journal a enquêté sur la société immobilière de sa femme, qui aurait bénéficié d’un avantageux contrat avec les mutuelles de Bretagne alors que Richard Ferrand en était le Président.

 

Le procédé est légal, l’histoire connue localement, le timing idéal pour les détracteurs du Gouvernement. Car la révélation  intervient à un moment clé du premier quinquennat. Celui de la cristallisation où les avis se forgent.

 

Avant même son accession au pouvoir, Emmanuel Macron le savait. Ni lui, ni son Gouvernement ne bénéficieraient d’aucun état de grâce dans l’opinion. Et la nouvelle offre politique en cours de consolidation, bien qu’en phase avec le désir profond de recomposition auquel aspirent depuis longtemps nos concitoyens, ne vaut pas quitus.

 

Attentistes, les Français hésitent : la République en Marche est-elle un ravalement de façade de politiques anciennes ou une révolution véritable des mœurs et des pratiques ?

Fondée ou non, légale ou non, la polémique Ferrand sème le doute, accroit les fractures béantes révélées lors de la dernière élection présidentielle.

 

Sur les réseaux sociaux, dans des débats âcres de ces mois électoraux a fermenté un électeur de plus en plus kamikaze qui conçoit le pays en forces irréconciliables : les gagnants de la mondialisation contre les perdants, « l’entre soi » contre « le peuple ».

Aujourd’hui, les perdants se cherchent un « game changer ». Et s’interrogent. La révolution peut-elle vraiment venir du sérail ? Les prospères du système ont-ils intérêt à changer les choses ? Aux leurs yeux, l’union des bonnes volontés est un concept tout aussi séduisant – pour en finir avec les oppositions stériles – que dangereux. A la recherche d’un continuum parfait entre ses idées et celles de son candidat, l’électeur s’interroge : ne sera t-il pas le cocu de l’histoire ?

 

 

En toile de fond de ce constat pessimiste, se dessine la mort de l’intérêt général. Dans une campagne électorale particulièrement violente, ils ont malheureusement été les seuls arguments audibles : Emmanuel Macron ne pourrait gouverner indépendamment puisqu’il venait du monde de la finance. Ce sont aussi ces attaques ad hominem que l’on a vu fleurir sur les réseaux sociaux lors de la nomination du Gouvernement d’Edouard Philippe. Le passé de tel ministre au service d’une grande entreprise du cac 40, de tel autre dans le nucléaire les rendraient forcément perméables aux influences.

 

 

 

 

Pour les ministres, et notamment ceux de la société civile, la ligne de crête est étroite.

Ils plaisent car ils sortent du sérail, renouvellent les visages, sont adoubés pour leurs compétences davantage que pour leur poids électoral.Ils inquiètent dans une société complotiste où chacun est soupçonné de vouloir faire gagner son intérêt particulier.

Au moment de lancer les grandes lois de modernisation du pays, il semble bien que ce soit le premier défi : casser cette représentation du monde qui n’envisage les réformes que dans un rapport de force à somme perdante, démontrer qu’un assouplissement du code du travail peut être « en même temps » un gain pour les entreprises et pour les salariés. La destruction du clivage gauche-droite n’est donc qu’une partie infime de la recomposition des mentalités à opérer.

 

Le pays suivra seulement si le pragmatisme Macronien fait ses preuves. Mais, cette exigence de résultats, largement intériorisée par les « Marcheurs » prendra du temps.

Parce que les premiers effets tangibles seront longs à venir, parce que la transformation du pays n’ira pas sans sacrifices à court-terme, le Président ne pourra s’exonérer d’une réflexion idéologique et morale sur la future France.

La loi de moralisation de la vie publique en sera la pierre angulaire, indispensable mais insuffisante. La probité des élus ne saurait, pour nos concitoyens, présupposer de l’équité de leur politique. Au delà, le Président devra convaincre des Français, prêts à rompre, que nos intérêts, nos valeurs ne sont pas si éloignées pour que ne puissions encore former un même corps.

 

Une bataille à la hauteur du nouvel élu qui revendique une présidence  jupitérienne.

 

 

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