UMP : retour sur des erreurs de campagne

UMP : retour sur des erreurs de campagne

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Jérôme Fourquet

Directeur du département Opinion et Stratégies d'Entreprises de l'Ifop

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Comme toute élection intermédiaire, le scrutin régional s’annonçait difficile pour la majorité actuelle. De manière assez classique, le pouvoir en place doit, en effet, faire face à un mécontentement et une déception q

ui peuvent se transformer, comme cela est particulièrement le cas cette année, en un vote sanction massif. L’impopularité de Nicolas Sarkozy et le contexte économique très dégradé sont venus amplifier le phénomène. Mais, sans même parler de la stratégie de liste unique qui allait libérer un espace pour le FN, des erreurs de stratégie ont également été commises et elles ont coûté très cher à la majorité présidentielle.

Il s’agit tout d’abord des changements de pied répétés qui ont désorganisés la campagne, démobilisés candidats et militants et empêché d’envoyer un message clair aux électeurs. Le premier mouvement de ce genre, et sans doute l’un de ceux qui allait peser le plus, fut l’annonce que tout ministre qui serait élu président de région devrait quitter le gouvernement, annonce qui tomba alors que de nombreux ministres avaient été incités à se présenter, et pour les plus jeunes à faire leurs premières armes dans ce scrutin. Cette jurisprudence jeta un froid et doucha les ardeurs. A l’automne 2009, Roselyne Bachelot, invoqua la gestion de l’épidémie de grippe A pour justifier de ne pas conduire la liste en Pays-de-Loire et Hubert Falco, autre personnalité importante déclina, quant à lui, l’offre en PACA. D’autres ministres ne se dérobèrent pas mais acceptèrent cette charge sans aucun enthousiasme comme Xavier Darcos et Dominique Bussereau, se qualifiant eux-mêmes de « malgré nous ». L’allant de leur campagne, comme celle de leur collègue Hortefeux et Marleix en Auvergne, allait grandement pâtir à cette situation. Parallèlement à ce changement de jurisprudence, les candidats ont également dû s’adapter à une implication fluctuante du Président de la République. Tirant les enseignements de la défaite de 2004, Nicolas Sarkozy a souhaité à l’automne dernier que la campagne de l’UMP soit nationale et qu’elle se décline de la même façon partout en France, lui-même envisageant de s’impliquer directement dans le dispositif. La doctrine est ensuite devenue beaucoup moins claire, l’Elysée et l’UMP se repliant en fin de campagne sur une interprétation purement locale du scrutin.

Cette valse-hésitation se retrouve en ce qui concerne les axes de la campagne qui ont constamment varié. Dans la foulée des élections européennes, qui avaient vu la percée d’Europe Ecologie et dans le cadre de la préparation au Sommet de Copenhague, l’accent fut d’abord mis sur l’environnement avec notamment l’annonce de la création de la taxe carbone. Face à la levée de boucliers engendrée, par ce qui fut d’abord perçu par l’opinion comme un impôt supplémentaire, et suite à l’échec du sommet de Copenhague, on réorienta alors le discours sur la fiscalité en pointant du doigt la mauvaise gestion socialiste des régions. Mais alors que le déficit de l’Etat et la dette publique s’envolaient sous l’effet de la crise, cet angle d’attaque tomba également à plat. L’UMP se concentra alors sur la sécurité après avoir dû clore un débat sur l’identité nationale, read more about the libra horoscope Zodiac Sign. qui s’était inscrit en profond décalage avec les attentes des Français, dominées par la question du chômage et des salaires.

actu-politique-UMP-regionales-2010-Ile-de-France_articlephotoA ces errements stratégiques au niveau national, sont venus s’ajouter de nombreux dysfonctionnements au plan local dans le processus de sélection des candidats. A l’instar de ce qui s’est passé au Parti Socialiste en 2006-2007, le système des primaires a permis de faire émerger des candidats disposant des faveurs des militants et d’écarter des prétendants, qui bénéficiaient certes de soutiens dans l’appareil mais dont l’image était moins bonne dans l’opinion. Cela a été particulièrement frappant en Ile-de-France où Valérie Pécresse a largement devancé Roger Karoutchi. Mais comme Ségolène Royal, la tête de liste de UMP n’a pu ensuite bénéficier dans sa campagne du soutien plein et entier de l’appareil et des élus, dont certains, partisans de Karoutchi, ont traîné volontairement des pieds et distillé les petites phrases tout au long de la campagne. Les cicatrices jamais refermées de primaires fratricides ont également handicapé Raymond Couderc en Languedoc-Roussillon, dont le rival malheureux, Christian Jeanjean, a mené sa propre liste.

En l’absence d’un leadership national fort, les inimités et les rivalités de personnes se sont exprimées dans d’autres régions comme en Basse-Normandie, Franche-Comté, Midi-Pyrénées ou bien encore en Nord-Pas-de-Calais où Thierry Lazaro, patron de la fédération UMP du Nord, en désaccord avec Valérie Létard a quitté la campagne, entraînant avec lui semble-t-il bon nombre de militants.

Une partie de ces conflits (ayant conduit à une mobilisation imparfaite de l’appareil UMP au niveau local) est due assez classiquement à la composition des listes, sujet rendu encore plus explosif cette année par la place très importante qui a été accordée par l’état-major parisien aux partis alliés et ralliés (Gauche moderne, Nouveau Centre, MPF, Chasseurs, etc). Cette part belle faite aux autres composantes de la majorité a réduit d’autant les places éligibles pour les membres de l’UMP, qui ont protesté avec vigueur. Les listes ne furent ainsi ratifiées que par 60% des voix lors du Conseil National du 30 janvier.

Si l’électeur de base n’a pas forcément été sensible à cette situation, elle a en revanche sans doute conduit de nombreux élus, cadres et militants à ne pas faire campagne d’où, au final, un déficit de mobilisation électoral. Les décisions prises depuis Paris ont encore été moins bien acceptées quand, comme en Bretagne, une candidate a été imposée sans tenir compte du choix initial des militants.

Pour parachever cette liste d’erreurs, on mentionnera le choix initial d’une campagne courte (sur le modèle des européennes) alors que l’UMP était « challenger » dans 20 régions sur 22 et que ses candidats avaient besoin de temps pour se faire connaître et installer leur campagne. Cela d’autant plus que, conséquence des précédentes défaites aux municipales et aux cantonales, l’UMP reste certes une belle machine électorale pour les élections nationales mais manque aujourd’hui cruellement d’un maillage d’élus locaux comparable au PS, et sur lequel les ministres candidats auraient pu s’appuyer. Ajoutons pour finir, les moyens très importants consacrés à la campagne via internet et le téléphone portable, pour mobiliser une base électorale, dont une des caractéristiques est l’âge certain et une moins grande familiarité avec ces outils…Et nous avons là quelques uns des ingrédients tactiques et techniques ayant amplifié cette défaite.

Jérôme Fourquet
Directeur Adjoint du département d’Opinion Publique
Ifop

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