Répartition des tâches ménagères « déconstruire les stéréotypes »

Répartition des tâches ménagères « déconstruire les stéréotypes »

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Sandra Hoibian

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Directrice du Pôle Evaluation et société du CREDOC

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Suite à notre récente article dédié à la répartition des tâches ménagères, Délits d’Opinion a rencontré Sandra Hoibian, Directrice du Pôle Evaluation et Société du CREDOC.

Délits d’Opinion : Quelles sont les principales évolutions de la répartition des tâches ménagères entre les hommes et les femmes depuis la fin des années 80 ?

Sandra Hoibian : La dernière étude sur l’emploi du temps montre que les différences s’amenuisent lentement, et surtout parce que les femmes consacrent un peu moins de temps aux tâches domestiques qu’avant (22 minutes de moins en 10 ans, dont surtout moins de temps consacré aux courses et au ménage). Le nombre de couples dans lesquels l’homme réalise davantage de travail domestique que leur conjointe augmente, ils représentent un quart des couples en 2010.

Les femmes restent donc très largement en charge de ce temps de travail caché : elles y consacrent 3h26 en moyenne par jour contre 2h pour les hommes.  Même en ce qui concerne le temps passé à s’occuper des enfants qui progresse de quelques minutes chez les hommes, les femmes passent au final deux fois et demi plus de temps que les hommes à s’occuper de leur progéniture.

Délits d’Opinion : Quel impact la catégorie sociale a-t-elle sur cette répartition ? Quelles sont les variables les plus influentes ?

Sandra Hoibian : Plus les revenus et le niveau de diplôme sont élevés, plus les personnes interrogées aspirent à une répartition identique des tâches domestiques et parentales. Les plus âgés sont, sans surprise, plus traditionnalistes.

Délits d’Opinion : On voit au sein de nombreuses études que les femmes sont fortement conditionnées par cette inégale répartition et intériorisent fortement cet été de fait. Nous citons notamment le chiffre de quasiment une femme sur deux qui estiment normal d’en faire plus que son conjoint. Comment sortir de cette logique ?

Sandra Hoibian : Beaucoup de choses ont été faites pour guider la société vers une meilleure parité professionnelle, et la société valorise depuis longtemps l’idée (au moins dans les paroles) que les femmes doivent pouvoir faire tous les métiers, y compris ceux qui étaient longtemps considérés comme dévolus aux hommes, avec l’idée que les taches à la maison se ré-équilibreraient au fur et à mesure de la progression des femmes dans l’échelle sociale et financière.

Il semble qu’il faille aujourd’hui davantage axer les moyens sur la desconstruction des stéréotypes qui enferment également les hommes qui souhaitent de plus en plus avoir une vie plus équilibrée entre famille et travail.  Lever les freins symboliques à l’accession des hommes à des métiers de « femmes », inciter les jeunes garçons à suivre des filières d’études choisies aujourd’hui majoritairement par les femmes, valoriser leur investissement au foyer, leur accès aux temps partiels (principalement occupés aujourd’hui par des femmes) sont autant d’axes d’action. Nos derniers travaux que les mentalités évoluent en ce sens, la question même de la conjugaison entre vie professionnelle et vie familiale n’est plus réservée aux femmes : 45% des Français estiment que les jeunes hommes demandeurs d’emploi devraient y veiller, c’est le premier critère cité devant la rémunération ou les possibilités de carrière. Et les priorités de vie des hommes et des femmes sont aujourd’hui très proches.

Ces chiffres sont issus de l’enquête Emploi du temps de l’INSEE 2010, et de l’enquête Conditions de vie et Aspirations du CREDOC  de 2015.

Pour en savoir plus :

http://www.credoc.fr/pdf/Sou/ Note_de_synthese_N15_Egalite_ HF.pdf

https://www.caf.fr/sites/ default/files/cnaf/Documents/ Dser/PSF/119/PSF119_2_RBigot_ SHobiant_Edaudey.pdf

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