Rentrée politique : ce à quoi peut s’attendre le Gouvernement…

Rentrée politique : ce à quoi peut s’attendre le Gouvernement…

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Frédéric MICHEAU

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Affaires, mauvais chiffres économiques, fronde et mouvements sociaux : la rentrée politique est dangereuse pour le Gouvernement en particulier et la gauche en général. Délits d’Opinion fait le point avec Frédéric MICHEAU, Directeur des études d’opinion d’Opinion Way.

Délits d’Opinion : Cette rentrée s’annonce particulièrement difficile et risquée pour la majorité gouvernementale : quels sont les principaux enjeux pour le Gouvernement et pour la majorité parlementaire qui suite encore la politique menée ?

Frédéric MICHEAU : En septembre, le Président de la République coalise contre lui 80% de mécontents, soit un point de moins que son record historique atteint en mai. Le Premier ministre doit faire face à un taux d’insatisfaction qui concerne plus de deux tiers de la population (67%) et qui a bondi de 9 points à la rentrée. Au sein du gouvernement seuls deux Ministres obtiennent une cote de satisfaction majoritaire : Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian (53% chacun), c’est-à-dire les deux ministres qui évoluent sur la scène internationale et se trouvent de ce fait exonérés en partie de la responsabilité de la situation intérieure. L’immobilisme domine les perceptions des Français, et ceux qui ont le sentiment que la situation évolue considèrent que les choses vont dans le mauvais sens.

Dans ce contexte de défiance généralisée, le principal enjeu pour le Gouvernement peut se formuler de la façon suivante : regagner de la crédibilité en obtenant des résultats économiques. La relance de l’économie et la réduction du chômage constituent toujours l’objectif majeur assigné au nouveau Gouvernement de Manuel Valls par l’opinion publique, même si seul un quart des Français lui fait confiance dans ce domaine .

Délits d’Opinion : L’opposition entre les parlementaires « suiveurs » et « frondeurs » renvoie-t-elle à un véritable clivage au sein de l’opinion ? Ne sommes-nous pas dans une situation de gueguerre d’appareil politiques ?

Frédéric MICHEAU : C’est le dernier avatar de l’opposition historique entre les deux gauches. Chaque option de politique économique dispose de ses soutiens dans la population. Les frondeurs peuvent s’appuyer notamment sur le soutien des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Mais l’opinion publique partage majoritairement la ligne économique définie par le Président de la République lors de l’annonce du Pacte de Responsabilité et réaffirmée par Manuel Valls. Deux tiers des Français souhaitent que le nouveau Gouvernement poursuive « sa politique d’aide et de soutien à la compétitivité des entreprises » (66%) et « sa politique de réduction des déficits publics » (65%). Les électeurs de François Hollande adoptent des positions identiques et ne se démarquent pas du reste de la population. Dans cette perspective, les orientations économiques sont perçues davantage comme un assainissement des finances publiques que comme un accroissement de la politique d’austérité.

Délits d’Opinion : Quelle marche à suivre pour François Hollande afin de remonter sa côte de popularité ?

Frédéric MICHEAU : Historiquement, deux types de conjoncture ont servi aux locataires de l’Elysée à redorer leur blason dans l’opinion publique : la politique étrangère et la cohabitation.

Domaine réservé, l’action internationale, en particulier les interventions militaires, a souvent permis aux Présidents de rehausser leur stature. La première guerre du Golfe pour François Mitterrand, la contestation de l’intervention américaine en Irak pour Jacques Chirac se sont traduites par des rebonds massifs de la popularité de ces deux Présidents. Toutefois, ce mécanisme de transformation d’un prestige acquis sur la scène internationale en gain de popularité en politique intérieure semble un peu grippé. Les interventions en Centre-Afrique puis au Mali n’ont pas eu d’effet sur la cote de popularité de François Hollande, tout comme l’action armée en Libye n’avait pas véritablement bénéficié à Nicolas Sarkozy.

La cohabitation, en plaçant le Président de la République dans un rôle de garant des grands équilibres, est aussi un facteur d’amélioration de la popularité. Mais elle suppose une dissolution de l’Assemblée nationale, qui pour l’instant ne se justifierait pas politiquement et qui aboutirait à un suicide collectif de grande ampleur pour la majorité. 78% des Français estiment d’ailleurs que le Chef de l’Etat ne va pas mettre en œuvre l’article 12 de la Constitution, même si une courte majorité souhaiterait l’organisation d’élections législatives anticipées .

Par conséquent, pour François Hollande, les deux leviers de reconstitution des réserves de popularité sont inopérants. Il lui faut donc revenir à la satisfaction de l’attente principale de la population : produire des résultats économiques perceptibles notamment à travers une baisse du taux de chômage.

Délits d’Opinion : Vous parait-il vraisemblable que François Hollande puisse s’imposer comme candidat légitime à la présidentielle sans passer par une primaire ?

Frédéric MICHEAU : Tous les Présidents de la Vème République ont cherché à se succéder à eux-mêmes au terme de leur premier mandat, à l’exception évidente de Georges Pompidou. Le quinquennat en imposant un cycle politique court renforce cette logique. Mais l’état actuel très dégradé de son capital politique rend cette évidence beaucoup plus incertaine dans le cas de François Hollande, qui a lui-même lié une nouvelle candidature à l’obtention de résultats économiques.

La légitimité d’une nouvelle candidature va d’autant moins de soi que les indicateurs d’opinion la contredisent. Les intentions de vote indiquent que François Hollande ne serait pas en mesure de figurer au second tour de l’élection présidentielle, si elle avait lieu aujourd’hui. Dans l’hypothèse d’une primaire, seul 8% des sympathisants du Parti socialiste considèrent qu’il serait le meilleur candidat pour l’élection présidentielle (8%). En quatrième position, il fait jeu égal avec Arnaud Montebourg (8%), mais il est largement devancé par Martine Aubry (25%) et surtout par Manuel Valls (38%), ce qui pourrait être un facteur de division au sommet de l’Etat et complexifier la prise de décision d’une nouvelle candidature pour François Hollande.

 Propos recueillis par Olivier

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