Rentrée politique : ce à quoi la droite doit s’attendre…

Rentrée politique : ce à quoi la droite doit s’attendre…

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Frédéric MICHEAU

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Suite de notre série d’interviews consacrées à la rentrée politique, Délits d’Opinion s’intéresse aujourd’hui au retour politique de Nicolas Sarkozy avec Frédéric MICHEAU, Directeur des études d’opinion au sein d’Opinion Way.

Délits d’Opinion : Nicolas Sarkozy a annoncé officiellement son retour et a dans la foulé lancé sa campagne, quelle lecture faites-vous du timing choisi ?

Frédéric MICHEAU : Le choix a été en grande partie contraint par l’éclatement de l’affaire Bygmalion et la démission consécutive de Jean-François Copé, qui entraine une nouvelle élection interne pour la présidence de l’UMP. Tactiquement, Nicolas Sarkozy ne peut envisager de laisser ce siège à un concurrent : le contrôle de l’appareil partisan est conçu comme une condition sine qua non de sa candidature à l’élection présidentielle. Rappelons qu’en 2004, Nicolas Sarkozy avait préféré démissionner de ses fonctions de Ministre d’Etat, Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, c’est-à-dire renoncer à être numéro deux du gouvernement, pour briguer la présidence du parti, alors que le Président Jacques Chirac lui interdisait de conduire de front ces deux tâches.

Politiquement, ce calendrier offre du temps à Nicolas Sarkozy pour rebâtir l’opposition et construire un programme dans la perspective des primaires de 2016, alors que les deux scrutins de 2015, c’est-à-dire les élections départementales et régionales, présentent a priori des risques électoraux limités pour l’UMP.

 

Délits d’Opinion : Son élection à la présidence de l’UMP semble actée : comment expliquer encore une telle popularité auprès des militants d’un parti qu’il a laissé en faillite, après un bilan critiqué notamment par les propres membres de son Gouvernement ?

Frédéric MICHEAU : A l’insuffisance ressentie vis-à-vis de l’action présidentielle entre 2007 et 2012, par exemple sur la question de la suppression des 35 heures, il faut ajouter surtout l’élection présidentielle perdue, qui aurait pu se traduire par une disqualification définitive de Nicolas Sarkozy auprès de ses électeurs, comme celle subie par Lionel Jospin dans d’autres circonstances. Ce ne fut pas le cas. Un an après, l’appel au remboursement des frais de campagne du candidat, dont les comptes avaient été invalidés par le Conseil Constitutionnel, aurait pu se heurter à la surdité des militants. Ce ne fut pas le cas non plus. Par conséquent, une lecture rationnelle des évènements peut faire apparaître comme paradoxal le maintien de ce lien intact entre Nicolas Sarkozy et les militants, qui auraient de bonnes raisons de prendre leur distance.

Cependant, il faut concevoir le fait que cette relation n’est pas uniquement rationnelle et qu’elle se fonde en grande partie sur une base affective, faite d’attachement à la personnalité de l’ancien Chef de l’Etat et de nostalgie vis-à-vis de l’intensité de la campagne électorale. Il faut aussi relever trois éléments. D’abord, 2012 a été perçu comme une défaite honorable et pas comme un fiasco calamiteux. Le score final du candidat UMP (48,4%) se distingue nettement de ceux, par exemple, de Ségolène Royal en 2007 (46,9%) ou de Jacques Chirac en 1988 (46%). Ensuite, aucun concurrent n’est parvenu à s’affirmer comme un successeur possible à droite. Alain Juppé s’est concentré sur sa réélection à la Mairie de Bordeaux, un échec ayant sans doute signé le deuil de ses ambitions présidentielles. François Fillon a perdu une grande partie de son crédit dans la bataille fratricide pour la présidence de l’UMP, tout comme Jean-François Copé. Enfin, de la même façon, aucun inventaire concernant le quinquennat n’a réellement eu lieu. L’analyse critique du bilan n’a pas été conduite, comme si l’action n’était pas encore achevée…

La combinaison de ces trois facteurs favorise cette popularité persistante à droite de Nicolas Sarkozy, qui a mobilisé tous les moyens à sa disposition pour la préserver.

 

Délits d’Opinion : L’accumulation des affaires autour de Nicolas SARKOZY nuit-elle à sa popularité à droite, voire à sa crédibilité ?

Frédéric MICHEAU : Le faisceau d’affaires dans lequel le nom de l’ancien Chef de l’Etat est cité constitue autant d’épées de Damoclès accumulées au-dessus de sa tête, qui pourraient entraver son action et même l’évincer de la compétition politique si une éventuelle condamnation devait intervenir. C’est l’une des faiblesses de son retour, voire sa principale fragilité.

Les révélations de l’affaire Bygmalion sur la mise en place d’un système de fausses factures pour financer la campagne présidentielle ont entrainé le désarroi et le doute parmi les sympathisants de droite et les militants UMP, dont beaucoup avaient contribué au remboursement des frais de campagne. Dans les indicateurs d’opinion, Nicolas Sarkozy subit alors un début de décrochage auprès des sympathisants de droite. Mais, début juillet, son placement en garde à vue et sa mise en examen, dont 80% des Français ont parlé , lui permet de sortir de son silence médiatique pour apporter une justification qui semble satisfaire ses électeurs et enraye cette amorce de déclin.

L’amoncèlement de procédures à l’encontre de Nicolas Sarkozy pourrait même apparaître aux sympathisants de droite comme une forme d’acharnement judiciaire émanant du gouvernement et des juges, auxquels il s’était opposé durant son quinquennat. L’affaire dite du « mur des cons », le non-lieu dans l’affaire Bettencourt en octobre 2013 ou encore la mise sur écoute de l’ancien Président seraient de nature à nourrir une telle perception dans son camp.

 

Délits d’Opinion : Que peuvent faire désormais ses adversaires pour 2017 (Fillon, Juppé…) pour exister ?

Frédéric MICHEAU : Essentiellement deux choses : développer une offre programmatique concurrentielle et adopter un positionnement différenciant.

Il faut en priorité reprendre le travail intellectuel et élaborer un projet crédible, concret et lisible. Alain Juppé se situe sur le créneau de centre-droit qu’il occupe avec constance. Cependant, ses propositions se limitent pour l’instant à des déclarations d’intention, qu’il faudra étayer par des mesures concrètes. François Fillon a formulé des propositions plus explicites, inspirées de l’exemple du thatchérisme. Mais cette nouvelle prise de position a renforcé l’instabilité de son image dans l’opinion. A l’inverse, Nicolas Sarkozy a repris les éléments marquants de son programme de 2012, comme le recours au référendum, en les complétant par des nouveautés, comme « la suppression de l’aide médicale aux étrangers en situation irrégulière », qui suscite l’adhésion de 76% des sympathisants de droite.

Au-delà de la recherche de point de clivage sur le fond, il s’agira aussi pour les deux anciens premiers Ministres de s’affranchir de la tutelle de l’ancien Président de la République, qui ne manque pas de rappeler le lien de subordination institutionnelle qui les liait à lui pour réaffirmer sa prééminence. La complexité de cette émancipation consiste pour eux à ne pas renier une action politique dont ils ont été partie prenante au premier plan.

Propos recueillis par Olivier

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