Radioscopie de la jeunesse de France

Radioscopie de la jeunesse de France

Photo du profil de Marc Vannesson

Marc Vannesson

Biographie

Délégué Général du Think Tank "Vers le Haut"

Tous les articles de cet expert

Un nouveau think-tank sur la jeunesse vient d’être lancé. « Vers le haut » a été crée avec une ambition : mobiliser les politiques et faire des propositions concrètes pour la jeunesse. Nous avons donné la parole à son délégué Général, Marc Vannesson,   à l’occasion de la publication du premier baromètre sur la jeunesse. Des résultats instructifs au moment où notre pays s’interroge sur son avenir et celui de ses jeunes.  

1.  Le think tank « Vers le haut », dédié aux jeunes et à l’éducation a réalisé son premier baromètre  « Jeunesse&Confiance », avec Opinionway : quel est l’état d’esprit de la jeunesse ? 

Marc Vannesson : Bonne nouvelle dans notre pays atteint par la sinistrose : les jeunes sont optimistes ! Les 16-26 ans sont 74% à considérer que leur vie correspond à leurs attentes. Et 69% à percevoir leur avenir avec optimisme. C’est un formidable potentiel pour notre pays et cela tranche avec la morosité des adultes : 66% des parents d’enfants de moins de 26 ans pensent ainsi que leurs enfants auront une vie plus dure que la leur. Autre indicateur, dans le baromètre de la confiance Cevipof/Opinionway de février 2015, seuls 32% des adulte se disaient toujours optimistes quand ils pensent à leur avenir.

Mais cet état d’esprit positif de la jeunesse ne doit pas cacher des inquiétudes réelles, notamment sur la question de l’insertion professionnelle. Et surtout, lorsqu’on regarde les chiffres de plus près, on voit évidemment qu’il n’y a pas une jeunesse mais des jeunesses, avec par exemple un décrochage net concernant les jeunes habitant en Zones urbaines sensibles ou ceux qui sont au chômage, qui sont respectivement 46% et 37% seulement à juger que leur vie correspond à leurs attentes.

2. A qui la jeunesse fait-elle confiance, et qu’attend elle des adultes ?

Marc Vannesson :  Le plébiscite des jeunes en faveur de la famille est toujours impressionnant, à mille lieues des clichés sur une jeunesse qui ne s’affirmerait que dans le rejet total des parents. Ils sont 94% à affirmer pouvoir compter sur leur famille (parents, frères/sœurs…) en cas de difficultés. Pas une seule institution n’arrive à un tel niveau de confiance : on comprend pourquoi l’autonomie des jeunes doit se construire en lien avec les familles, et non pas sans elles ou contre elles. S’agissant de l’école, celle-ci garde encore la confiance des jeunes pour ce qui concerne la transmission des savoirs fondamentaux. 70% des moins de 26 ans lui font confiance sur ce point, contre 63% des parents, et seulement 55% des parents de jeunes adultes. Sur les autres missions de l’école, par exemple la promotion de l’égalité des chances, on est loin du compte : seuls 44% des jeunes ont confiance dans la capacité de l’école à réduire les inégalités sociales. Les jeunes ne demandent pas la lune aux adultes ; ils attendent de la confiance, du soutien… et du travail !

3. Justement, peut-on parler d’un fossé entre les jeunes et les entreprises ? 

Marc Vannesson :  On est surtout dans le « je t’aime, moi non plus. » Les chefs d’entreprise sont persuadés qu’ils font confiance aux jeunes (93% des dirigeants d’entreprise disent que faire confiance aux jeunes fait partie des valeurs de leur entreprise) mais que ce sont les jeunes qui ne les aiment pas (Selon eux, 53% des jeunes n’aiment pas l’entreprise*). En réalité, les jeunes ne rejettent pas l’entreprise (81% des moins de 30 ans disent aimer l’entreprise*), mais ils considèrent pour 80% d’entre eux qu’elle ne leur fait pas confiance. Ce manque de confiance est d’ailleurs reconnu par les dirigeants d’entreprise eux-mêmes, puisque, lorsqu’on les interroge sur le monde professionnel en général (et non plus seulement sur leur entreprise en particulier), ils ne sont plus que 50% à considérer que les entreprises font confiance aux jeunes.

Cette incompréhension entre dirigeants et jeunes est évidemment liée aux difficultés d’insertion professionnelle. Les chefs d’entreprise disent – dans leur grande majorité – qu’il n’est pas plus risqué d’embaucher un jeune qu’un salarié plus âgé mais ils considèrent d’une part que la formation n’est pas adaptée (75% des dirigeants d’entreprise jugent que le monde de l’école n’est pas adapté aux exigences de l’entreprise), et d’autre part que les freins à l’embauche des jeunes sont trop lourds (coût du travail et des charges, rigidité du droit du travail…). Il faudrait enfin sortir de cette impasse et arrêter de considérer le chômage des jeunes comme une fatalité. C’est un facteur de remise en cause personnelle très violent pour un jeune qui commence sa vie professionnelle. On voit clairement dans les études que le chômage modifie la perception du jeune sur lui, sur son avenir, sur les institutions…

4. La jeunesse peut-elle être demain un ferment du vivre ensemble ? 

Marc Vannesson :  Pas d’angélisme sur la question ! Si l’on remarque qu’il n’y a visiblement pas de guerre des sexes ou de conflits de générations aux yeux des jeunes sondés, ils sont en revanche 38% à considérer que les relations sont mauvaises dans leur entourage entre personnes d’origines différentes, et, chiffre encore plus marquant, 46% lorsqu’il s’agit de confessions différentes. C’est un indicateur inquiétant, qui montre que le religieux est devenu une question identitaire importante pour les jeunes générations. C’est une réalité que les générations plus âgées ont parfois un peu de mal à comprendre, elles qui ont souvent considéré que le religieux relevait uniquement de l’intime ou de la sphère familiale. Aujourd’hui, l’identité religieuse est manifestement devenue un sujet de cours de récréation, sur un mode plutôt tendu. Cela ne veut pas dire qu’on est dans le choc des cultures, mais plutôt dans « le choc des incultures », pour reprendre une formule utilisée par Ghaleb Bencheikh ou François-Xavier Bellamy. En effet, les acteurs de terrain constatent auprès des jeunes concernés que cette dérive identitaire du religieux ne correspond que rarement à un véritable enracinement spirituel ou culturel. C’est plutôt le résultat d’un déracinement, d’une ignorance de la culture familiale, de la culture des autres, et plus encore du cadre culturel commun.

*Opinionway-Agefa PME, novembre 2015

*OpinionWay-Agefa PME, mai 2015

Partager ce contenu :

Laisser un commentaire