Primaires au PS « peu probable que le PS modifie son calendrier »

Primaires au PS « peu probable que le PS modifie son calendrier »

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Suite au début d’année tendu au PS, Délits d’Opinion a rencontré Bruno Jeanbart, Directeur Général adjoint d’OpinionWay, en charge des études politiques, pour faire le point sur la course aux primaires.

 

Délits d’Opinion : Depuis le début de l’année les tensions se multiplient, d’abord avec Manuel Valls dont les déclarations sur les 35 heures ont provoqué de vives réactions, puis avec une série de petites phrases entre Martine Aubry et Ségolène Royal. Cette situation ne risque-t-elle pas de rapidement nuire au parti et ne peut-elle pas le conduire à avancer la date des primaires prévues en octobre prochain ?

Bruno Jeanbart : Il me semble peu probable que le PS modifie son calendrier. Tout d’abord parce que celui-ci a fait l’objet d’âpres négociations entre ceux qui souhaitaient retarder au maximum la tenue du scrutin, afin de permettre, s’il le souhaite, à Dominique Strauss-Kahn de se présenter, et ceux qui privilégiaient une primaire avant l’été. Dès lors, tout changement de calendrier poserait plus de problèmes en interne qu’il n’en résoudrait. Par ailleurs, ne l’oublions pas, des élections cantonales vont se dérouler en mars dans la moitié du pays et localement, les candidats socialistes ne verraient probablement pas d’un très bon œil une campagne des primaires qui risquerait de remettre sur la place public les divergences au sein du parti, à un moment où il s’agira de conquérir ou de sauvegarder des présidences de conseils généraux. Quant au fait de savoir si cela nuira au PS, tout dépendra de la capacité des prétendants à faire campagne et à se singulariser sans « mettre le feu au poudre ». Or de mon point de vue, personne n’y a intérêt, tout du moins tant que Dominique Strauss-Kahn n’a pas annoncé son choix de concourir ou non à la primaire.

 

Délits d’Opinion : Les déclarations de Manuel Valls qui souhaitait « déverrouiller les 35 heures » sont-elles selon vous constructives parce qu’elles permettent d’ouvrir le débat ou au contraire sont-elles nuisibles car elles soulignent les divergences de fond au sein du PS ?

Bruno Jeanbart : Il est évident que la prise de position du maire d’Evry réactive le clivage entre la gauche et la droite du parti. Elle peut d’ailleurs être lue comme une réponse à certaines prises de position récentes de Benoît Hamon, qui ont eu pour effet de déporter le PS vers sa gauche. Ce n’est pas un hasard si c’est ce même Benoît Hamon qui a le plus « rejeté » la proposition de Manuel Valls. De ce point de vue, elles soulignent les divergences de ligne au sein même du PS.

Toutefois, je doute que cela constitue une découverte pour l’opinion publique et donc que les conséquences de cette passe d’arme soit durable. Au contraire, cela peut répondre à l’une des attentes de la population à l’égard d’un parti politique aujourd’hui, à savoir laisser le débat s’organiser et s’exprimer entre ses différentes composantes. Dès lors, le problème est moins que de nombreux socialistes contestent la proposition de Manuel Valls que le fait pour certains de considérer que ses propos étaient une « faute politique » : cela revient en effet à énoncer que le fond est dérisoire au regard de la stratégie et que l’idée de Manuel Valls, même si elle est juste économiquement, ne mérite pas que l’on en discute. On réactive là un trait négatif de l’image du Parti Socialiste, celui d’une formation qui refuse d’aborder pour des raisons idéologiques certains tabous.

 

Délits d’Opinion : Dans plusieurs baromètres et enquêtes d’opinion, Manuel Valls a fortement chuté durant le mois de janvier auprès des sympathisants : comment expliquez-vous cette réaction ? Pour les sympathisants, la consigne est-elle clairement de « marcher droit » jusqu’au lancement officiel des débats pour les primaires ?

Bruno Jeanbart : Manuel Valls est probablement sanctionné pour avoir relancé les affrontements de personne, à un moment jugé inopportun par de nombreux sympathisants de gauche. Je mets toutefois en garde contre une vision « court-termiste » dans l’analyse de sa popularité : c’est sur la durée que se jugera réellement l’impact de son annonce. Il n’est pas exclu qu’à terme, sa prise de position contribue à renforcer son image de « moderne » et de « pragmatique » et lui profite. Plus généralement, la difficulté actuelle pour les prétendants à la candidature est celle-ci : comment faire campagne alors qu’il n’y a ni campagne, ni candidats. Aujourd’hui, une campagne trop visible est perçue comme décalée (le temps n’est pas venu) et peut apparaître comme facteur de division. Tout cela changera en juillet, lorsque les candidats se seront annoncés et que le processus sera lancé : le débat et la confrontation deviendront alors attendus.

 

Délits d’Opinion : Un récent sondage indique que Dominique Strauss-Kahn serait battu par Martine Aubry au second tour de la primaire du PS. Si cette tendance se confirme, pensez-vous qu’elle l’incitera plutôt à accélérer sa déclaration de candidature ou au contraire l’incitera-t-elle à prendre plus de recul, laissant Martine Aubry se risquer aux affaires internes du parti ?

Bruno Jeanbart : Tout d’abord, j’appelle à la plus grande prudence dans l’interprétation de cette enquête, qui me semble avoir été mal restituée par les médias. En effet, la même enquête nous enseigne que dans l’hypothèse où les deux personnalités seraient candidats, le second tour ne les opposerait pas, puisque ce serait Ségolène Royal qui affronterait DSK. Ensuite, sur la partie « primaire », la taille de l’échantillon et le faible écart dans le duel Aubry/DSK n’indique pour moi pas que l’un l’emporterait, mais plutôt que le duel serait serré et incertain. Maintenant, il est clair que ceux qui veulent dissuader DSK de se présenter à la primaire ont intérêt à en tirer des conclusions hâtives. Je pense cependant que la question du silence de Dominique Strauss-Kahn n’est pas aujourd’hui un sujet d’opinion. Notre enquête OpinionWay/Fiducial pour Le Figaro/LCI de samedi dernier indique en effet que plus de 60% des Français considère qu’il peut attendre pour prendre sa décision, tout comme plus de 50% des sympathisants socialistes. Là encore, pas d’erreur d’interprétation : ce n’est pas le sujet aujourd’hui, mais il probable que cela le deviendra au début du printemps.

Propos recueillis par Olivier

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