Pourquoi il n’y a « plus de favori » à la présidentielle

Pourquoi il n’y a « plus de favori » à la présidentielle

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Roland Cayrol

Biographie

Directeur de recherche associé au CEVIPOF et directeur du Centre d’études et d’analyses (Cetan)

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Lors d’un déjeuner Délits d’Opinion, antérieur au début de la campagne des primaires, Roland Cayrol nous avait précisé que selon lui le candidat de la droite qui synthétisait le mieux les différents courants était François Fillon et donc qu’il était à cette aune le mieux placé pour remporter la primaire.

Délits d’Opinion revient sur cette prévision, visionnaire à une époque où il était délicat d’envisager cette victoire.

Pouvez-vous nous détailler votre analyse, à l’époque où ce candidat était très bas dans les sondages, particulièrement clairvoyante ?

Roland Cayrol : Les contours de la popularité de François Fillon remontent à ses années Matignon. Il a acquis alors une forte image de sérieux et de compétence. Il s’est aussi « construit » dans l’opinion par comparaison avec le Président dont il était le Premier Ministre: face au bling bling et aux foucades de Nicolas Sarkozy, Fillon a su incarner celui qui tenait les manettes, connaissait les dossiers, travaillait dans l’ombre, faisait efficacement fonctionner la maison.

Et puis il donnait l’image d’un homme honnête, sans « casseroles », à qui on pouvait sans problème confier les clés du pays.

En un temps de volonté de « sortir les sortants », cette double, et forte, image constituait un socle impressionnant, qui ne pouvait que lui valoir une victoire à la primaire. Il a paru confirmer ces atouts pendant chacun des débats entre les candidats. Et il développé un programme laissant espérer aux électeurs de droite et du centre que, cette fois, les promesses seraient tenues, et qu’il y aurait de vrais changements. Son succès en est devenu éclatant.
Délits d’Opinion : Dans quelles mesures les affaires actuelles sont susceptibles de modifier cet équilibre entre les différentes droites ?

Roland Cayrol : C’est évidemment le problème principal. Compte tenu de toutes les données électorales et sondagières depuis cinq ans, la droite ne pouvait que gagner cette présidentielle. Les électeurs de la primaire de la droite et du centre « savaient » qu’ils élisaient le prochain Président de la République.

Certains observateurs ont longtemps pensé que les citoyens français n’accordaient, dans leurs choix électoraux, aucune importance aux « affaires » – ce qui, de fait, est de moins en moins vrai.

Le problème n’est pas tellement celui des faits (qui n’ont pas été jugés). Mais le candidat sérieux, compétent, honnête, « pas comme les autres », a semblé, d’un coup, violer sa propre image, dans ce qu’elle avait de singulier et remarquable. Il a paru, lui aussi, comme beaucoup de politiques, vivre dans cette « bulle », où l’on ne voit pas ce que représentent, pour les gens « d’en bas », les sommes dont il est question. Il est venu au journal télévisé de TF1, prendre des engagements auxquels il a ensuite renoncé, quant à sa stratégie judiciaire. « Ca ne se fait pas », ont pensé un tiers de ses électeurs.

La messe n’est bien sûr pas dite, mais il n’est pas simple de faire revenir au bercail ces électeurs choqués; ni de défendre un programme, même amodié, qui paraît parfois illustrer cette vieille caricature du discours politique « faites ce que je dis, moi je fais autrement »…

 

Délits d’Opinion : François Fillon, encore empêtré dans ses affaires et Emmanuel Macron encore relativement protégé par la non-divulgation de son programme, n’affichent finalement qu’un écart minime dans les intentions de vote.

Au final, le candidat LR ne reste-t-il pas malgré tout bien placé pour la présidentielle ?

Roland Cayrol : Alors qu’il y avait un « boulevard » pour la droite dans cette élection, il n’y a plus de favori ! C’est même la première fois, à cette date d’une campagne présidentielle, en tout cas au moment où nous parlons.

Fillon peut reconstituer son socle de départ. Des électeurs déçus disent ne pas vouloir être privés de la victoire annoncée de la droite. D’autres essaient de se convaincre que ses arguments de défense (et de contre-attaque) sont sans doute, finalement recevables.

Mais ceux qui sont partis chez Macron… peuvent y rester ! Emmanuel Macron, outre ses qualités personnelles, joue sur une corde sensible de l’électorat français: si on pouvait renoncer à la sempiternelle guerre de religion gauche-droite? Si on pouvait mettre les gens raisonnables et de bonne volonté dans un même gouvernement ? Plus que la question du « programme », c’est celle des « poids lourds » qui va être adressée à Macron. De ce point de vue, ses conquêtes actuelles (Bayrou surtout, mais aussi Cohn-Bendit, Huchon, Delevoye…) lui donnent un vrai allant.

Et Marine Le Pen, de son côté, peut conserver voire augmenter les acquis engrangés ces dernières semaines, auprès d’électeurs de droite qui ne voudraient pas prendre le risque Macron. Là, beaucoup dépendra des sondages: ce pari pour la candidate FN sera d’autant plus plausible que Fillon apparaitrait hors course.

Plus que jamais, cela va dépendre de la campagne de chacun. De sa qualité et de ses possibles « accidents », aussi.

A l’heure où nous parlons, et compte tenu du fameux « plafond de verre » pour l’extrême-droite, Macron et Fillon sont les deux favoris. Et je ne me sens pas une âme de parieur, même si, ces derniers temps, le nouveau cours de la campagne de François Fillon ne s’est guère révélé convaincant…

 

Propos recueillais par Olivier Vanbelle le 26.02.2017

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