Obama, l’intellectuel et le politique

Obama, l’intellectuel et le politique

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Valéry Rasplus

Essayiste, sociologue

Biographie

Essayiste, sociologue Membre du comité de rédaction de la revue « Des lois et des hommes »

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Il fallait s’attendre à ce que la victoire électorale de Barak Obama soit épinglée comme un « produit très ordinaire du marketing politique ». Ce degré zéro de la pensée critique, due à Leonid Radzikhovski (membre du Conseil des experts de RIA Novosti, l’agence russe d’information internationale) dans le journal vzgliad ((http://vzgliad.ru/)), laissait sous-entendre que les électeurs américains ont été plus des agents passifs que des acteurs conscients, plus des consommateurs de propagande que des producteurs de réflexions ((124 238 555 électeurs selon FoxNews : http://elections.foxnews.com/states_map/index.html)), mais également que le président américain nouvellement élu serait plus un objet calculé et manufacturé qu’un sujet pensant et volontaire.

Or, non seulement Obama est un politique (ayant expérience de travailleur social et de juriste) mais il est aussi un intellectuel, chose qui est loin de se réduire à quelques pseudo-réflexions simplistes en pilotage automatique. Son parcours, son expérience et ses analyses ont quelque chose de singulier ((Au point qu’une série de néologismes ont vu le jour : Obamania, Obamaniacon, Baracknophobia, …)). Clairement affiché comme un démocrate, de centre droit, à caractère pragmatique, il a su, lors de cette campagne marathon, rassembler concrètement au-delà de son propre camp, au-delà des communautés, des identités, des positions religieuses, des origines, des classes sociales et des générations dans l’espoir d’une rupture souhaitée avec l’administration en partance, celle de Bush. La distance de Mc Cain avec l’administration Bush n’y a pas suffit. Et il n’est pas sûr qu’Hillary Clinton soit arrivée au même résultat si elle avait été choisie comme candidate démocrate.

Obama hérite d’une situation catastrophique à l’international (guerres en Irak et en Afghanistan, tensions au Pakistan, interminable conflit israélo-arabe, interrogations diplomatiques avec l’Iran et la Russie,…) comme en politique intérieure (pauvreté et disparités criantes, santé, éducation, surpopulation carcérale, immigration, économie tangente, dépendance énergétique, …). Il serait naïf de penser qu’Obama en viendrait a bout sous son mandat et qu’une « révolution américaine » serait à l’ordre du jour. Au sein du Parti Démocrate on juge Bill Clinton plus « à gauche », c’est-à-dire plus « social », qu’Obama. C’est dire ! Ses marches de manoeuvre semblent mince, mais non inexistantes.

Si changement il doit y avoir, il devrait principalement se situer dans le style. Et son style, pour ceux qui le suivent depuis cette année 2004 où il se révéla véritablement, c’est dans un certain détachement passionnel, une retenue réfléchie s’exprimant au travers une gestuelle, une curiosité, une ouverture d’esprit et une rhétorique qui aurait fait le bonheur de Jean Stoetzel ((« La psychologie sociale », Flammarion, 1978.)). Ce style, encore peu analysé, en fera sûrement un redoutable et singulier interlocuteur. Entouré d’universitaires, l’ancien rédacteur en chef de la Harvard Law Review a exposé une partie de sa réflexion dans son livre programmatique « L’Audace d’espérer. Une nouvelle conception de la politique américaine » ((Presse de la Cité, 2007.)) où quelques pistes originales y sont esquissées. Celui que Michael E. Dyson ((Professeur de sociologie, Université de Georgetown.)) a surnommé « Le Kennedy noir », devra jongler entre les espoirs et la dure réalité qui en décevra plus d’un. Les attentes sont tellement grandes, et nous avons terminé de croire au Père Noël, sans avoir pour autant viré au nihilisme.

 

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