Natalie Rastoin : « L’abstention est un refus de l’offre politique actuelle, pas du sujet. »

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Natalie Rastoin

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martine-aubryDirectrice générale du groupe Ogilvy France, la publicitaire Natalie Rastoin livre, pour Délits d’Opinion, son analyse sur les résultats des Elections Européennes.

 

Délits d’Opinion : Depuis dimanche soir, tout le monde répète : »deux vainqueurs, deux vaincus ». Vous souscrivez à cette analyse ?

Natalie Rastoin : C’est indiscutable mais ni les vainqueurs ni les vaincus ne sont de même nature. Du côté des vainqueurs, il y a un vainqueur relatif – l’UMP – puissant à droite mais qui rassemble moins de la moitié du score de Nicolas Sarkozy . Et un vainqueur absolu – Europe Ecologie – qui rassemble plus de voix que lors des derniers scrutins, malgré l’abstention. Ceci prouve la puissance des enjeux écologiques ; un récent sondage Sofres montrait que les Français jugeaient la crise écologique plus grave que la crise économique que nous traversons. Peu de politiques semblent penser comme eux : les court-termistes ne sont pas ceux que l’on pense… Du côté des vaincus, il y a aussi asymétrie : trop de personnalisation pour le MoDem, des  idées brouillées  au niveau du PS, et  qui ont abouti à une même débâcle. C’est terrible pour les militants PS d’avoir dû osciller entre différents positionnements durant cette campagne. C’est tout autant  terrible pour les candidats du Modem qui ont fait des campagnes très convaincues sur l’Europe et ont vu leurs efforts  parasités par l’effet national des dernières semaines.

Délits d’Opinion : Vous dites « l’effet national ».  Comment prédomine t-il autant dans des scrutins qui fonctionnent pourtant par  listes régionales ?

Natalie Rastoin : On ne peut plus jamais ignorer le rôle de la télévision dans notre démocratie politique, y compris pour les européennes. C’est elle qui crée l’évènement, le buzz et qui fournit une représentation réelle, un porte-drapeau à des idées!  Car, comment intéresser à la politique sans incarnations ? Les deux camps vainqueurs sont incarnés par Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn-Bendit, deux  personnalités les plus énergiques, les plus projectives, les plus télégéniques. Sur ce sujet, le choix des personnalités d’Europe Ecologie, qui ont un parcours, une histoire et des aspérités personnelles donne instantanément de l’épaisseur et de l’expérience à la liste. C’est une liste qui a 8 mois et 40 ans ! L’incarnation est essentielle. Mais elle est potentiellement contre-productive, dévastatrice quand l’image, celle  des hommes politiques notamment, signifie l’inverse des discours.

Délits d’Opinion : Vous parlez peu du PS ?

Natalie Rastoin : Vous le savez, ces résultats sont mauvais pour quasiment toutes les gauches européennes, ce qui est paradoxal en ces temps de crise. Quand Martine Aubry dit  » Le PS traite le problème de la société dans sa cohérence globale » dans l’objectif de  marginaliser les Verts, on comprend …le problème du PS ! Par définition, l’écologie rencontre tous les problèmes de la société et pose une nouvelle responsabilité partagée. Il y a même une forme de transcendance dans l’enjeu écologique, qui est centrale  sur des sujets aussi cruciaux pour les gens que la santé, la consommation, le bonheur… Toute une « life politics » que beaucoup au PS, et plus globalement parmi la classe politique traditionnelle,  semblent faire profession de mépriser.

Délits d’Opinion : un dernier mot sur l’abstention ?

Natalie Rastoin : Il ne faut pas se tromper : 59 % des Français sont contents de faire partie de l’Europe, dont 65 % des jeunes. L’abstention est donc d’abord un refus de l’offre politique actuelle, pas du sujet.

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