« L’échec de Copenhague est à relativiser par rapport aux faibles attentes des Français »

« L’échec de Copenhague est à relativiser par rapport aux faibles attentes des Français »

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Gaël Sliman

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Directeur général associé et Directeur du pôle Opinion de l'institut BVA

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Délits d’Opinion : Avant le sommet de Copenhague, de nombreuses enquêtes soulignaient le manque de confiance des Français quant à la capacité des dirigeants à aboutir à un traité ambitieux sur le climat. Comment expliquer ce manque d’enthousiasme ?

Gaël Sliman: Avant tout, il faut observer que les doutes exprimés relativisent l’échec du sommet de Copenhague. Etant donné le manque d’attentes exprimées par les Français, l’absence d’un traité historique sur le climat est moins mal perçue que si l’ensemble de la population avait fait part d’un engouement particulièrement fort pour ce sommet international. Dans une de nos enquêtes on notait que 57% des Français estimaient que le président Sarkozy ne parviendrait pas à imposer son agenda et de vraies mesures contraignantes à ses partenaires. La lucidité des Français devant le désordre diplomatique qui s’annonçait relativise l’échec que tous constatent aujourd’hui.

Ainsi, les Français se sont d’abord montrés très réservés avant ce sommet tout d’abord parce qu’ils sont bien informés et qu’ils ont établit un diagnostic relativement mauvais de la situation dès la mi-novembre alors que le sommet commençait à être évoqué. Les intérêts contradictoires qui émanaient des grandes puissances, américaine et chinoise, concernant des mesures fortes furent très rapidement prises en compte par les Français et expliquent ce manque d’allant que l’on a pu constater dans nos enquêtes d’opinion réalisées avant le sommet.

Par ailleurs, les Français affirment également s’être progressivement habitués au mode de communication de Nicolas Sarkozy qui consiste à multiplier les grandes annonces et à décevoir parfois le grand public. Cet argument de forme se retrouve sur de nombreux sujets et n’est pas spécifique à la thématique de l’environnement. C’est pourquoi les enquêtes réalisées témoignent du désenchantement de la population ou plus précisément d’un scepticisme particulièrement fort à l’égard des annonces de l’Elysée. A mi-mandat, les Français ont eu à de nombreuses reprises la possibilité d’apprécier la différence qui peut exister entre les paroles et les actes du Président ; Copenhague est, selon eux, un nouvel exemple d’un chantier qui fait pschitt !

Délits d’Opinion : Les Français se sentent-il moins concernés par la question du réchauffement que les populations des autres pays ?

Gaël Sliman: L’environnement est un des sujets sur lesquels les préoccupations des Français progressent. Les écarts que l’on a pu mesurer il y a quelques années en particulier avec les pays du Nord sont progressivement en train de se réduire, ce qui démontre bien que le virage est global et durable. Le baromètre que BVA conduit avec l’Institut Paul Delouvrier démontre bien que la question de l’environnement est devenu une question majeure mais pas encore centrale pour les Français. Cette thématique s’est taillée une place de choix parmi les préoccupations des Français, au pied d’un podium où l’on retrouve l’emploi, la santé et l’éducation.

L’environnement, qui n’existait pas en tant que sujet dans les années 1980, est passé par le stade du gadget dans les années 1990 avant de devenir un facteur pouvant modifier les comportements des consommateurs-électeurs. Il est aujourd’hui incontournable mais il faudra encore du temps et des décisions politiques fortes pour passer à l’étape suivante.

Délits d’Opinion : En France, si la volonté du grand public à s’engager dans la lutte contre le réchauffement climatique est très affirmée, nos concitoyens semblent malgré tout réticents à faire évoluer leurs comportements dans ce sens. Comment l’expliquez-vous ?

Gaël Sliman: Les Français ne pourront passer au stade des actes que s’il existe des impulsions fortes provenant de la sphère politique. L’exemple de la taxe carbone a démontré que les Français dans leur grande majorité ne voulaient pas concevoir l’écologie comme une sanction. Cette conception écologiste punitive, telle qu’elle a pu exister à la Mairie de Paris pendant une période, agace l’opinion et ne permet pas de faire émerger de tendances lourdes dans notre société. L’évolution des comportements est visible mais elle ne pourra se poursuivre et s’intensifier que si la puissance publique franchit le pas et initie une politique résolument tournée vers ces questions. Aujourd’hui, l’exemple de la voiture-électrique démontre bien que, sans un soutien fort du gouvernement, les nouvelles activités ne peuvent émerger aujourd’hui, notamment pour des raisons pratiques.

DuflotCohnBenditDélits d’Opinion : Dans le monde politique, quelles sont les personnalités à profiter au mieux de la thématique environnementale aux yeux de l’opinion ? Comment l’expliquer ?

Gaël Sliman: Les thèmes du développement durable et celui de l’écologie ont permis à trois types d’acteurs de prendre la parole et de voir leur cote de popularité se renforcer. Le premier groupe, et c’est naturel, est constitué par les Verts, et leurs chefs de file Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot. Le leader emblématique d’Europe Ecologie est parvenu à surfer sur la vague qui le porte depuis les élections européennes et son parti va se présenter au mois de mars dans les meilleures dispositions pour peser sur le scrutin. Actuellement les sondages pré-électoraux font état d’un rapport de forces équilibré entre le PS et les Verts, alors qu’historiquement le nombre de sympathisants socialistes était trois fois plus élevé que celui des Verts.

Dans le gouvernement, Jean-Louis Borloo a su bonifier son image et son message alors que la président Sarkozy commence doucement à se construire un début de crédibilité sur le sujet. Notre dernière enquête indiquait que 47% des Français croyaient en ses convictions écologiques. La dynamique dont il bénéficie actuellement sur ce sujet le conforte dans ses choix et malgré l’échec des négociations au Danemark, Sarkozy fait bonne figure.

Enfin, du côté du Parti Socialiste, on a noté l’absence totale de communication lors de la conférence ce qui témoigne de la fragilité du parti en interne et sur son état d’esprit à trois mois des élections régionales. C’est pourquoi les militants de gauche déçus se refugient auprès des Verts, dont le message semble plus global, quand le PS tangue entre une radicalisation à gauche vers Mélenchon ou un mouvement à droite vers Bayrou. Enfin, on observe qu’au-delà des idées c’est surtout l’image que donne Europe Ecologie qui séduit, ce qui rend les prises de parole du PS d’autant plus complexes.

Délits d’Opinion : Dans 100 jours se déroulera le premier tour des élections régionales en France. Pensez-vous que l’échec du sommet de Copenhague pourrait peser dans les résultats ?

Gaël Sliman: Copenhague en tant que tel ne devrait pas avoir d’incidence sur les intentions de vote car le résultat décevant était prévisible et avait été anticipé par les Français. Au-delà de ce sommet c’est le vote vert qui sera l’enjeu majeur de ce scrutin alors que toutes les enquêtes prédisent une victoire de la gauche. La montée des Verts depuis avril dernier se poursuit et les derniers sondages au niveau de l’Ile-de-France indiquent qu’il pourrait y avoir des arbitrages historiques à gauche entre les Verts et le PS. Malgré cette montée ininterrompue de la sympathie pour les listes vertes, le PS est jugé plus à même de battre les candidats de droite ce qui risque de complexifier le jeu électoral, notamment à gauche.

A droite la menace du Front National demeure toujours importante dans des régions comme la Provence (PACA) ou en Champagne Ardennes où seules les triangulaire ont permis à la gauche de l’emporter au dernières élections régionales. L’existence de forces électorales secondaires aux côtés de l’UMP et du PS pourrait bien rendre l’issue des élections incertaine jusqu’aux derniers jours de la campagne.

Propos recueillis par Raphaël Leclerc

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