« Le scrutin régional doit se lire comme le dernier test électoral avant les primaires et 2017 »

« Le scrutin régional doit se lire comme le dernier test électoral avant les primaires et 2017 »

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Gilles Leclerc

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Regionales

Délits d’Opinion : A moins de 50 jours de l’échéance électorale, la campagne s’intensifie. Le contexte politique et économique est-il de nature à mobiliser les électeurs ou doit-on se préparer à un nouveau record d’abstention ?

Gilles Leclerc : « Les élections locales des dernières années ont toutes confirmé une persistance de la tendance abstentionniste. Cela a notamment été le cas lors des élections départementales du printemps dernier où 1 électeur sur 2 ne s’est pas déplacé pour voter. Le scrutin régional du mois de décembre semble promettre, lui aussi, un fort niveau d’abstention.

Plusieurs éléments permettent d’envisager ce scénario:

  • Tout d’abord une géographie électorale nouvelle qui complexifie le travail de pédagogie sur la question des compétences au niveau local.
  • De plus, la défiance à l’égard de la classe politique semble demeurer à un niveau fort.
  • Enfin, la tendance observée en début d’année semble confirmer une difficulté à faire exister la campagne dans les territoires

Pour autant, ces éléments ne permettent pas de garantir un tel scénario. En effet, cette élection sera la dernière étape avant la présidentielle et les électeurs pourraient l’utiliser comme moyen d’envoyer un message, qu’il vise le gouvernement ou l’ensemble de la classe politique.

La rentrée très politisée est également un facteur qui pourrait conduire à un regain d’intérêt pour le scrutin. Entre la préparation de l’élection primaire à droite, le sujet du référendum au Parti Socialiste, les départs chez EELV et la crise des réfugiés/migrants, la classe politique est en ébullition et cela peut contribuer à politiser fortement le débat en le nationalisant.

Il n’est donc pas impossible que cette conjonction de facteurs puisse aboutir à un sursaut citoyen ».

Délits d’Opinion : Comme pour les élections départementales on prédit un FN en capacité de ravir quelques régions. Ce scénario est-il envisageable et à quelles conditions ?

Gilles Leclerc : « Les derniers scrutins ont fait apparaître une prise de poids indéniable du FN et surtout un ancrage qui se consolide. Ce second élément est crucial à mesure que les échéances électorales confortent sa progression car les forces militantes prennent de l’expérience et densifie le maillage local dans les territoires.

Au regard du contexte économique et politique, rien n’indique donc un coup d’arrêt du FN, même si cela ne conduira pas forcément à une poursuite de la croissance de son poids dans l’électorat. Parmi les inconnues majeures pour le FN on peut citer :

  • L’impact négatif de la lutte au sommet du parti, bien que le mode de scrutin ne donne pas beaucoup de crédit à ce scénario.
  • L’impact positif d’une forte abstention
  • La capacité à instrumentaliser la question des migrants/réfugiés pour dicter le tempo et en faire une thématique majeure de l’élection.

Le FN sera donc en position de challenger en Nord-Pas-de-Calais où Marine Le Pen semble en bonne position pour réaliser un gros coup si la Gauche ne parvient pas à limiter la casse au 1er tour.

La situation sera légèrement différente en région PACA où la personnalité de Christian Estrosi et la nature du vote FN pourraient permettre à la droite de reprendre à la Gauche une des rares régions dont les limites n’ont pas été modifiées ».

Délits d’Opinion : Le PS semble aller mieux à mesure que le scrutin se rapproche. Le parti au pouvoir peut-il empêcher une nouvelle débâcle après celle du printemps ?

Gilles Leclerc : « La situation existante à la veille du scrutin offre un panorama incroyablement déséquilibré avec la droite réduite à une seule région alors que le PS règne en maître sur 20 exécutifs régionaux. Il est donc acquis que cet équilibre va être profondément revu et qu’une nouvelle carte de France verra le jour.

Le Parti Socialiste va reculer, c’est acquis et intégré par tous. La question sera de situer le curseur en amont pour limiter l’ampleur et, si possible, sauver les meubles de la meilleure manière qui soit. Le vote sanction sera fort même si les derniers sondages font état d’une remobilisation du peuple de Gauche. Un mouvement qu’accompagne l’initiative du référendum porté par Jean-Christophe Cambadélis.

Le problème plus profond pour le PS c’est la gestion des frondeurs et des listes dissidentes, et avec cela la question de l’entre-deux tours. Dans le contexte actuel, les reports sont moins clairs d’autant que dans certaines régions les passerelles vers un vote extrême (y compris FN) se renforcent.

Pour limiter la casse, le PS misera donc sur des personnalités locales fortes en capacité de porter un exécutif régional désormais plus fort. L’exemple de la Bretagne est symptomatique d’une région promise au PS où le combat électoral s’annonce pourtant relevé ».

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