« Le consommateur a besoin de lien social »

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Pascale Hebel

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Suite à notre enquête sur l’augmentation du sur-poids en France, Délits d’Opinion interroge Pascale  Hebel, Directrice du département consommation du CREDOC .

Délits d’Opinion : L’obésité est devenue un enjeu mondial qui touche également la France : pensez-vous que la culture française du « bien manger » nous préserve encore en partie ou que cette vague de surpoids continuera à déferler dans l’hexagone ?

Pascale HEBEL : En effet, la culture française du « bien manger » incite nos concitoyens à consommer de façon structurée, selon des horaires précis et sous forme de trois repas par jour selon une durée assez élevée. La diversité des aliments choisis explique en partie un faible taux d’obésité en France. Le fait que nous ayons un modèle alimentaire basé sur le partage et la convivialité limite les prises alimentaires seules, faites en dehors des repas, qui se caractérisent souvent par des consommations non contrôlées et excessives.

Notre modèle alimentaire basé sur la diversité et la variété est transmis de génération en génération et conserve une dimension culturelle importante. Il n’évolue pas très rapidement et n’est pas prêt de ressemble au régime alimentaire américain.

Délits d’Opinion : Quel rôle attribuer dans ce phénomène au sentiment de perte de pouvoir d’achat des ménages ?

Pascale HEBEL : Le sentiment de perte de pouvoir d’achat date du passage à l’euro. Les consommateurs depuis cet évènement sous-estiment fortement leur pouvoir d’achat. Ils ont l’impression que le prix des produits alimentaires a fortement augmenté à cette péridoe, ce qui n’est pas réel. L’augmentation des produits alimentaires n’a été réelle qu’en 2008 en raison de l’augmentation des prix des matières premières agricoles.

Cependant, en raison de ce sentiment de perte de pouvoir d’achat et d’augmentation réelle des prix du logement, les consommateurs arbitrent en défaveur du poste alimentaire et réduisent cette dépense en recherchant les prix les plus bas.

Délits d’Opinion : La confiance vis-à-vis de l’industrie agro-alimentaire et les médias est remise en cause quand les Français semblent désormais vouloir privilégier le rapport direct au producteur et au petit commerce : pensez-vous que cette tendance est durable et quelles pourraient en être les conséquences à terme, ou n’est-ce qu’un phénomène passager ?

Pascale HEBEL : Les consommateurs français sont très méfiants vis-à-vis des industries agro-alimentaires et de la grande distribution. Cette méfiance s’explique par l’éloignement entre le produit d’origine agricole et le consommateur. La France est un pays à forte composante agricole et encore récemment (une cinquantaine d’années) le consommateur était en contact direct avec son fermier. Depuis, les produits consommés sont de plus en plus transformés et l’industrie est considérée comme une boite noire qui crée de l’inquiétude. L’augmentation des achats dans les marchés forains, dans les commerces de proximité s’expliquent aujourd’hui par la crise économique. Quand tout va mal, le consommateur a besoin de lien social, de pouvoir échanger avec des personnes en qui il a confiance. Cette mode ne serait donc que passagère.

Délits d’Opinion :  Certains comportements laissent à penser à une forme d’individualisation des repas (augmentation d’achats de portions individuels, de la consommation de sandwichs, baisse du temps moyen passé à table..) : pensez-vous que la socialisation des grands repas, habituelle en France, puisse à terme être remise en cause ?

Pascale HEBEL : La progression du nombre de personnes qui vivent seules en France (+2% par an) explique à elle seule l’individualisation de la consommation alimentaire. Ce phénomène d’augmentation de personnes seules perdurera en raison de l’augmentation de l’espérance de vie et de la progression des séparations en cours de vie.  L’individualisation est donc inéluctable.

Pourtant ceux qui vivent à plusieurs continuent de manger à plusieurs et prennent pratiquement tous le même repas.  La socialisation des grands repas se conservera, elle évoluera vers des repas moins copieux et moins longs.

Propos recueillis par Olivier

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