« La primaire a sacré le champion le plus à même de rassembler »

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Bernard Sananès

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Dimanche soir François Hollande est devenu le candidat officiel du Parti Socialiste. Bernard Sananès, Président de l’institut CSA revient pour Délits d’Opinion sur les enseignemens de ce scrutin.

Délits d’Opinion : Quel bilan tirez-vous de ces primaires socialistes ?

Bernard Sananès : « Ces primaires, les premières du genre, sont incontestablement un succès pour la gauche et le Parti Socialiste. Elles le sont, tout d’abord, de par la participation importante et croissante enregistrée lors des deux tours. De plus, elles ont démontré la capacité du PS à organiser une élection dans un climat apaisé et propice au débat d’idées. En effet, et malgré les escarmouches  des derniers jours, les quelques semaines de campagne ont confirmé l’idée selon laquelle le rassemblement était possible et qu’il se ferait. En un mot, les primaires de 2011 sont parvenues à faire oublier le Congrès de Reims organisé par le PS en 2008 ».

Délits d’Opinion : Qui sont les vainqueurs de cette primaire ?

Bernard Sananès : « Au-delà du candidat désigné dimanche soir, il y a eu deux autres vainqueurs lors de cette primaire. Tout d’abord celui du 1er tour, Arnaud Montebourg fort de ses 17% et troisième homme inattendu. Puis, l’entre deux-tours a redonné à Ségolène Royal une véritable capacité d’action. En apportant son soutien à François Hollande à un moment crucial, elle s’est avérée décisive, mais surtout elle lui a permis d’apparaitre comme un candidat de gauche au sens large et pas seulement celui de la gauche réformiste. Ces deux leaders joueront un rôle déterminant dans la campagne car ils devront apporter à François Hollande les soutiens d’un électorat populaire qui pourrait déserter pour la gauche de la gauche ou même pour Marine Le Pen ».

 

Délits d’Opinion : La victoire de François Hollande aux dépens de Martine Aubry est-elle la victoire de la gauche sociale-démocrate sur la gauche dure?

Bernard Sananès : « Plus que la victoire d’un courant sur un autre c’est la confirmation qu’une primaire sert d’abord aux yeux de l’électorat à  désigner celui qui pourra l’emporter le  jour J. Cette primaire n’a pas échappé à la règle. Pour 47 % des électeurs de gauche François Hollande était le mieux à même de battre Nicolas Sarkozy contre 23 % pour Martine Aubry. Les oppositions et les éléments de différenciation entre François Hollande et Martine Aubry existaient mais la différence ne s’est pas faite là dessus. Le soutien non négligeable reçu par Hollande de la part des sympathisants d’Arnaud Montebourg et de Ségolène Royal lors du 2nd tour démontrent bien que ce n’est pas sur le champ idéologique que s’est fait le choix mais sur un critère pragmatique, la capacité à rassembler.

 

Délits d’Opinion : Comment réussir la synthèse pour François Hollande ? Peut-on s’attendre à un candidat qui impose ses idées ou qui s’ancre plus à gauche ?

Bernard Sananès : « Il est évident que le débat des primaires va compter pour le candidat Hollande. Le thème du protectionnisme et du rapport à la mondialisation va ainsi jouer un rôle croissant pour Hollande mais également pour les autres candidats. A ce sujet, la dernière étude réalisée par CSA met en lumière les inquiétudes suscitée par la mondialisation et le besoin de protectionnisme réclamé par nos concitoyens. Ce soutien aux thèses protectionnistes dépasse aujourd’hui le clivage droite/gauche et pourrait devenir un des axes structurants du débat pour 2012. François Hollande devra donc en tenir compte sans toutefois renier son approche de « réalisme » économique.

Enfin, en 2012, la campagne électorale se fera sous contrainte. Chaque promesse sera suspectée d’irréalisme par manque de moyens financiers. Le contexte économique va peser d‘un tel poids sur le scrutin qu’il faut s’attendre à des débats de choix, d’arbitrage,  plutôt que sur des promesses. La dette et les déficits sont aujourd’hui des sujets clefs aux yeux des Français ce qui va limiter considérablement la liberté des candidats ainsi que leur marge de manœuvre lors des six mois de campagne.

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