La Gauche sort de l’hiver fracturée

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Cécile Cornudet

Editorialiste pour Les Echos

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Délits d’Opinion : Avez-vous le sentiment que les dernières semaines ont changé la donne à gauche ?

Cécile Cornudet : « Elles ont incontestablement crispé les choses, pour ne pas dire scellé le divorce à gauche, y compris au sein du Parti socialiste. Le MJS, le mouvement des jeunes socialistes, qui tracte dans la rue et défile contre la loi El-Khomri, ce n’est pas banal. Il est entré en opposition au gouvernement. Il y a avait un malaise latent depuis le début du quinquennat. Autour de la politique de l’offre et du pacte de responsabilité notamment. Mais c’est comme si ce malaise s’était cristallisé en quatre mois. Avec le débat sur la déchéance de nationalité d’abord. Une bonne partie de la gauche n’a pas compris pourquoi François Hollande allait si ostensiblement, au nom de l’unité nationale, sur le terrain de la droite. S’y est ajouté juste après le débat sur la loi travail. C’était d’un autre ordre, mais au moins aussi grave pour la gauche, touchant à des sujets aussi structurants que le CDI, le licenciement, les protections des salariés, la force de la loi. Ce qui était une incompréhension sur la ligne Hollande est devenu tout bonnement une opposition. Un gouvernement qui « facilite le licenciement pour augmenter les embauches », puisque c’est ainsi qu’a été caricaturé le débat : toute une partie de la gauche ne peut pas l’accepter.

La question maintenant pour François Hollande est de savoir ce que recouvre exactement cette « partie de la gauche », si elle s’étend au-delà des frondeurs et jusqu’où, comme cela s’est vu dans les débats récents, et si la rupture est consommée ou non. Dans les derniers sondages, seuls 40% de ses électeurs de 2012 (premier tour) le soutiennent encore. Leur regard peut-il changer d’ici à l’élection présidentielle de 2017 ? Clairement, le chef de l’Etat part en tout cas à leur reconquête, en tablant sur l’amélioration des résultats économiques.

Sa chance peut être, c’est que l’espace créé à sa gauche avec les deux débats, a aussi généré une compétition entre ceux qui sont susceptibles d’incarner cette « autre gauche ». Martine Aubry dit pour l’instant qu’elle n’ira pas, mais c’est elle qui a mis le feu aux poudres avec sa tribune dans « le Monde ». Arnaud Montebourg préparerait son retour prochain. Cécile Duflot n’exclue rien. Nicolas Hulot non plus. Benoit Hamon n’est jamais très loin quand on parle de primaire ou de présidentielle. C’est l’embouteillage.

Chacun fait comme si François Hollande n’avait aucune chance d’être réélu, et plus embêtant pour lui, comme s’il pouvait ne même pas aller au combat. C’est cela aussi qu’on a parfois senti ces dernières semaines dans l’affrontement entre Manuel Valls et Emmanuel Macron. S’ils se bagarrent, eux qui martèlement leur fidélité à François Hollande, c’est bien parce qu’ils pressentent qu’il pourrait ne pas y aller. Manifestement, cela a d’ailleurs fini par gêner le président. Vous remarquerez que coup sur coup Manuel Valls puis Emmanuel Macron ont dit ces tous derniers jours que François Hollande était pour eux le « candidat légitime ». Ca sent la mise au point.


Délits d’Opinion : Pensez-vous que l’hypothèse Macron soit désormais véritablement envisageable ?

Cécile Cornudet : « Emmanuel Macron le nie, tout en ne cessant de se préparer, c’est un peu compliqué à suivre. Il y a plusieurs hypothèses. Il se murmure à gauche que si François Hollande déclarait forfait, il ferait le pari du saut générationnel en faveur d’Emmanuel Macron. Mais serait-ce vraiment un cadeau ? Je ne le crois pas. Il pourrait aussi jouer un rôle de premier plan aux côtés de François Hollande dans une éventuelle campagne, avec la perspective d’avoir Matignon en cas d’élection. Ca fait partie des scenarios possibles. Envisage-t-il enfin de se présenter même si François Hollande est candidat ? Beaucoup de ses proches ou de ceux qui se revendiquent comme tels poussent en ce sens. Mais Emmanuel Macron lui-même semble avoir récemment fermé la porte en disant qu’il ne trahirait jamais celui qui l’ »a fait ».

Délits d’Opinion : Et à droite, estimez-vous que la situation se cristallise ou que le jeu reste ouvert ?

Cécile Cornudet : «Je pense que comme à gauche, le jeu est incroyablement ouvert à un an du scrutin. Alain Juppé fait la course en tête dans les sondages, mais il n’est pas encore en campagne, a peu parlé, peu pris de risques. Qu’en sera-t-il lorsqu’il le fera ?. Et puis il y a une grande inconnue de fond. C’est la première fois que la droite organise une primaire : quelle est la logique qui va l’emporter ? La logique du « noyau dur », comme semble le penser Nicolas Sarkozy ? C’est le cœur militant, estime-t-il, le plus mobilisé, le plus attaché au président du parti, qui entraînera les électeurs de la primaire. Ou la logique des sondages, qui semble être le pari d’Alain Juppé ? Comme l’avaient fait les électeurs de la gauche lors de la primaire de 2011, ceux de la droite choisiront le candidat ayant le plus de chances, dans les sondages, de battre François Hollande. A moins qu’il n’y ait une autre logique à l’œuvre, celle de la table renversée. Les Français sont tellement irrités par leur classe politique, qu’ils joueront la carte de la nouvelle tête, espèrent Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko Morizet entre autres. A six mois du scrutin en tout cas, les candidats semblent assez proches sur le terrain des idées, conservateurs sur les valeurs, fermes sur la sécurité, libéraux en économie. Comme si la bataille se livrait surtout sur la personnalité.

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