La crise met l’appétit sexuel des Français en berne

La crise met l’appétit sexuel des Français en berne

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Guillaume Petit

Directeur d'études chez TNS Sofres

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sexe_zoom1L’institut TNS Sofres vient de réaliser pour le Nouvel Observateur et RTL une enquête sur le rapport à la sexualité des Français. Loin des poncifs souvent éculés, nos compatriotes semblent vivre leur sexualité d’une manière à la fois engagée et décomplexée, appréhendant ce thème avec beaucoup de sérieux, tout en soulignant l’importance du plaisir. Retour avec Guillaume Petit, Directeur d’études de TNS Sofres, sur les principaux résultats de l’étude.

 

Délits d’Opinion : Peut-on dire que les Français sont heureux au lit ?

Guillaume Petit : Si le sexe est une chose importante pour les trois quarts des Français, et qu’à peu près la même proportion de Français a eu des rapports sexuels au cours des derniers mois, on est en revanche loin d’un enthousiasme généralisé dans ce domaine, car seulement les deux tiers  s’estiment satisfaits de leur vie sexuelle. Un chiffre cependant à relativiser, car il inclue notamment les réponses des plus de 70 ans, aux pratiques sexuelles beaucoup moins fréquentes.

D’une manière générale, deux notions paraissent fondamentales dans le rapport que l’on a à la sexualité : la recherche ou non de plaisir et le fait que l’on associe ou non l’amour au sexe.

 

Délits d’Opinion : Les hommes et les femmes envisagent-ils la sexualité sous le même angle ?

Guillaume Petit : Les clichés sur les différences d’approche hommes/femmes en matière d’amour et de sexe ressortent nettement de notre étude : les femmes ont une vision plus romantique, les hommes plus matérialiste. Tandis que 45% des hommes envisagent d’avoir des relations sexuelles avec un partenaire sans l’aimer, seules 19% des femmes seraient prêtes à faire de même.

En revanche hommes et femmes convergent davantage sur la notion de fidélité. Ils sont ainsi respectivement 74% et 79% à estimer que chacun des partenaires doit être fidèle pour qu’un couple dure.

 

Délits d’Opinion : On dit souvent que la crise stimule les appétits sexuels, moyen perçu de conjurer la morosité ambiante. Cette idée reçue est-elle vérifiée dans votre étude ?

Guillaume Petit : Non, contrairement aux idées reçues, notre étude souligne la morosité ambiante dans le sens où si les Français disent dans leur majorité (49%) qu’ils font autant l’amour que d’habitude, tout de même un quart disent le faire moins souvent dans ce contexte de crise actuelle. C’est d’autant plus vrai dans les foyers modestes et ouvriers.

 

Délits d’Opinion : Vous avez réparti la population française selon 5 types en fonction de leurs pratiques sexuelles.  Quels sont les principaux groupes?

Guillaume Petit : Il y a tout d’abord une première catégorie que nous avons appelée les romantiques conformistes et qui représentent 25 % des sondés. Ils ont  un rapport sérieux et engagé à a la sexualité et recherchent une forte complicité avec leurs partenaires. Les femmes d’âge moyen sont surreprésentées dans ce groupe.

La seconde catégorie est celle des amants fidèles. Ils partagent avec les romantiques le besoin assez traditionnel de combiner sexe, amour et fidélité. Mais ils investissent également la sexualité émotionnellement, recherchant également beaucoup de plaisir : ils ont ainsi des relations sexuelles très fréquentes et en sont très satisfaits. Il s’agit là aussi majoritairement de femmes.

Les affranchis représentent le troisième principal groupe. Davantage masculin, ce groupe a un  rapport plus débridé, plus « touche-à-tout » à  la sexualité. Ils veulent jouir, fournir du plaisir et dissocient nettement sexualité et sentiment amoureux. Ce sont des « consommateurs » du sexe, sans pour autant que leur degré de satisfaction soit plus grand que les autres catégories.

 

Délits d’Opinion : Mais au final, comment être sûr de la fiabilité des réponses, autour d’un sujet qui demeure intime, voire tabou ?

Guillaume Petit : Conscients de ces risques,  et soucieux de ne pas choquer,  nous avons proposé un mode de collecte original qui combine le face-à-face et la méthode auto-administrée : les personnes interrogées ont rempli elles-mêmes le questionnaire. Les répondants ont ensuite donné le chiffre correspondant à leurs réponses aux enquêteurs (qui ne disposaient sur leurs écrans que des chiffres, sans aucun libellé de questions ni de réponses). Ce type de collecte nous permet ainsi de disposer de données fiables et sincères.

 

Propos recueillis par Matthieu Chaigne

 

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