« Je ne vois pas les mouvements issus de la société civile s’imposer d’ici 2017 »

« Je ne vois pas les mouvements issus de la société civile s’imposer d’ici 2017 »

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Guillaume Tabard

Rédacteur en chef et éditorialiste politique au Figaro

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Délits d’Opinion : A un an de l’élection présidentielle et à 6 mois de la primaire, Nicolas Sarkozy pourrait-il ne pas se présenter à la primaire LR ?

Guillaume Tabard : « A l’heure actuelle, je ne vois aucune raison qui puisse aboutir à un renoncement de l’ancien Président.

La possibilité d’un empêchement judiciaire semble s’éloigner à mesure que la campagne de la primaire se rapproche. Nicolas Sarkozy a bien ce calendrier en tête.

A ce stade Nicolas Sarkozy tente toujours de retarder l’échéance. Le seul risque majeur pour lui serait celui de l’image au moment de la primaire.

Mais malgré les sondages, Nicolas Sarkozy – comme François Hollande – reste persuadé qu’il a la capacité de remonter la pente une fois qu’il aura endossé les habits du candidat.

A ses yeux, la bataille est loin d’être jouée car ses concurrents doivent, eux-aussi, convaincre un électorat encore indécis : Alain Juppé jugé trop calme et mesuré dans une période d’inquiétudes, Bruno Le Maire encore tendre et pouvant manquer d’idées, François Fillon toujours en retrait, Jean-François Copé aux abonnés absents. Nicolas Sarkozy sait qu’il peut tirer son épingle du jeu et émerger ; cette fois par défaut. Le principe d’une primaire à 6 ou 7 candidats peut permettre de fixer un seuil de qualification entre 20 et 25%.

Autant d’éléments qui plaident pour un soutien de Nicolas Sarkozy aux nouvelles candidatures, lesquelles pourraient abaisser le seuil de qualification. Cependant il faut noter qu’à ce jour les candidatures de Jean-François Copé, Nadine Morano, Jacques Myard et Hervé Mariton sont toutes positionnées sur une partie de son territoire. Pour l’ancien Président, c’est surtout au centre-droit qu’il faudrait faire naitre un nouvel espace ».

Délits d’Opinion : Pensez-vous que les récents mouvements citoyens puissent s’imposer dans un contexte aussi tendu ?

Guillaume Tabard : « Les mouvements venus de la société civile, même s’ils sont de natures différentes, sont d’abord un indicateur de l’état d’esprit d’une partie des Français. Mais leur poids reste faible, et je crois malgré tout difficile pour une personnalité venue de la société civile d’émerger médiatiquement.  En France, le système électoral et le jeu politique restent gouvernés par les partis.

En d’autres termes, je ne vois pas ces projets de primaires ouvertes et issues de la société civile passer la barre du grand public.

Délits d’Opinion : La Gauche peut-elle se priver d’une primaire ?

Guillaume Tabard : « En dépit des apparences, François Hollande peut avoir intérêt à concourir. Cela permettrait de le légitimer à nouveau et de rassembler les troupes derrière lui ; cela tuerait la question sur le bilan. Mais je n’y crois pas beaucoup ; l’organisation prend – volontairement peut-être – du retard et la ligne qui viserait à ne proposer qu’un seul candidat du PS ne satisfera personne.

 Les sympathisants du PS ne pourront pas exprimer leur opinion et dans le même temps les autres « petits » partis refuseront de se voir reléguer au second rang lors du 1er tour de 2017. Mélenchon l’a bien compris et c’est pourquoi il veut mener campagne de son côté. A ce stade tout est manœuvre afin de jouer la montre jusqu’ à l’automne, après la primaire LR, et d’imposer d’une certaine façon le candidat légitimiste qu’est Hollande ».

Délits d’Opinion : Mais les Français ne seraient-ils pas prêts à opter pour une figure hors cadre qu’Emmanuel Macron incarne ?

Guillaume Tabard : « Emmanuel Macron a de nombreuses qualités mais le logiciel politique/institutionnel/électoral des Français ne me semble pas avoir bougé au point de permettre à un leader de s’imposer sur 6 ou 9 mois en marge des appareils. Le nombre d’adhésions à son mouvement sera intéressant à suivre, mais il ne dispose pas à ce stade de réseau ramifié sur le territoire permettant de structurer son mouvement.  

Au final je pense que le Ministre de l’Economie est aujourd’hui encore un peu court.  Le pays pourrait être prêt à franchir le pas. Mais la proposition doit être au niveau.

Enfin, de mon point de vue il n’apporte pas suffisamment de réponse à la question identitaire qui se pose actuellement ».

Délits d’Opinion : La réponse économique peut-elle permettre de solutionner la question identitaire ?

Guillaume Tabard : « Je ne crois pas. La société a fortement évolué et les questions liées à l’identité ne pourront s’apaiser uniquement avec le retour de l’emploi et de la croissance. La mondialisation, les frontières et les migrants sont des données structurantes de l’inquiétude Française et il semble indispensable pour un candidat d’aborder ces questions avec un regard nouveau sur ces sujets qui clivent de plus en plus.

Et dans ce contexte l’Europe qui pourrait apparaitre comme le bon interlocuteur s’est fortement affaiblie tout en perdant la confiance des Européens et notamment des Français. Son élargissement rend très complexe la gestion de ces questions. Plus il y a d’Europe et plus elle semble montrer les limites de son action ou tout du moins sa capacité à faire changer les choses. L’enjeu est probablement dans la définition d’une Europe plus restreinte et homogène.

Délits d’Opinion : Dans ce contexte, pensez-vous que le FN puisse percer un nouveau plafond de verre ?

Guillaume Tabard : « Les régionales m’ont surpris. J’étais convaincu que le FN emporterait deux régions et qu’il progresserait entre les deux tours. Ils ont désormais un électorat de 2nd tour mais qui n’est pas encore assez important. En 2017, même un score historique de 30% au 1er tour ne permettrait pas de passer à 50% au second. Le saut serait trop grand.

Plus largement, mon sentiment est qu’il est inévitable que le FN emporte une collectivité de taille importante notamment pour le démystifier et démontrer que le parti ne ferait pas forcément mieux. Au pouvoir, le FN serait confronté au même cadre réglementaire, au même environnement économique, aux mêmes chocs migratoires. A l’inverse, le FN prospère aujourd’hui car il reste en marge du système.

 

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