"Hollande joue sa qualification pour le second tour de 2017"

"Hollande joue sa qualification pour le second tour de 2017"

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Bruno Jeudy

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C »est un des meilleurs observateurs de la vie politique Française. Rédacteur en chef au Journal du Dimanche, Bruno Jeudy décrypte pour Délits d »Opinion  les grands  enjeux de l »année à venir. 

 

Délits d’Opinion : Dans le dernier baromètre IFOP pour le JDD réalisé après la séquence des vœux et le tournant « social-démocrate », la cote de popularité de François Hollande demeure stable, mais à un niveau très bas. Comment expliquez-vous que la réorientation politique du Président n’ait pas fait bouger les lignes ? 

Bruno Jeudy : Certes le baromètre du mois de janvier est stable en apparence, mais c’est une stabilité trompeuse. En réalité, le pacte de responsabilité passe relativement bien parmi les sympathisants socialistes. C’est étonnant, car on aurait pu s’attendre à de la perte en ligne. En revanche, on constate sur le flanc gauche une nette baisse parmi les électeurs du Front de Gauche, ainsi que parmi l’électorat d’Europe Écologie-Les Verts.

 

Délits d’Opinion : Justement, Cécile Duflot et les Verts peuvent-ils rester au Gouvernement malgré cette nouvelle donne politique ?

Bruno Jeudy : Les Verts, et Cécile Duflot en tête, ont eu la possibilité de marquer leur différence dans le passé. Ils avaient des fenêtres de tir crédibles pour quitter le Gouvernement. Ils ne l’on pas fait. Aujourd’hui, il semble acquis qu’ils ne partiront que si Hollande prend des positions inacceptables sur des enjeux d’écologie, ou si les résultats des prochaines élections s’avèrent trop catastrophiques.

 

Délits d’Opinion : Comment vous expliquez le virage social-démocrate de François Hollande qui menace les jeux d’alliance à gauche ?

Bruno Jeudy : François Hollande est pragmatique. Il mesure le temps utile qu’il lui reste et abat toutes ses cartes. Il tire ainsi le bilan des échecs de 18 mois de présidence : une action lente et un traitement social du chômage qui a montré ses limites. Ce faisant, il assume ce qu’il est depuis toujours, un social démocrate, pariant qu’ une aide aux entreprises et une diminution des charges, pourront retourner une conjoncture économique sans appel. Aujourd’hui, son enjeu est de travailler sur des actions qui pourront produire des résultats mi-2015.

Pour le Président, cela constitue la dernière fenêtre de tir pour espérer engranger des résultats avant les élections de 2017. Les autres choix qui pourront intervenir d’ici la fin du mandat seront tactiques, politiques.

François Hollande joue donc aujourd’hui sa qualification pour le second tour. Car, sans résultats demain, ce n’est pas sa réélection qu’il joue, mais bien sa qualification pour le second tour.

Délits d’Opinion : Quel Premier ministre peut- on imaginer pour le second temps du mandat ?

Bruno Jeudy : Si les résultats des élections intermédiaires ne sont pas si catastrophiques que prévus, il pourrait décider de garder J-M Ayrault et de remanier très fortement les ministres autour de lui. Si les résultats des élections intermédiaires sont mauvais, le Président subira davantage de pression pour changer de Premier ministre.

Soit il joue choc en nommant Manuel Valls. Ce qui n’est pas forcément la carte qu’il veut jouer. Or, on sait d’expérience que les Présidents rechignent souvent à utiliser les cartes qui s’imposent à eux. On se souvient notamment de Jacques Chirac, qui avait refusé de nommer Nicolas Sarkozy après la claque des régionales. Mais concernant Valls, la question du tempo est aussi à prendre en compte : nommer Valls en 2014, c’est prendre le risque que ce dernier claque la porte avant la fin du mandat et devienne un ennemi de l’extérieur. Le nommer en 2015, c’est lui enlever cette possibilité d’être un potentiel rival dans le camp de la gauche.

Seconde option, il nomme un profil proche de celui de Jean-Marc Ayrault : Michel Sapin, Jean-Yves le Drian voire Bernard Cazeneuve. En revanche, il semble que le tournant écarte l’hypothèse Martine Aubry.

 

Délits  d »Opinion : A droite, l’année 2013 est-elle paradoxalement celle de Nicolas Sarkozy ?

Bruno Jeudy : Sans aucun doute, l’année 2013 consacre Nicolas Sarkozy comme l’alternative la plus crédible à droite. Il partage la vedette avec l’inattendu come-back d’Alain Juppé tandis que François Fillon connaît une indiscutable baisse de régime.

L’enjeu central pour Nicolas Sarkozy est de savoir quand il va retourner dans l’arène. Je ne pense pas qu’il revienne en 2014. Ce serait une erreur. Il a intérêt à rester caché et espérer un effondrement total de François Hollande pour revenir en sauveur. Certains de ses proches voient une fenêtre de tir avant les régionales pour ne pas laisser l’UMP tirer parti des bons résultats prévus lors de cette élection. Car cette élection régionale sera forcément favorable à l’UMP qui ne dispose actuellement que d’une région. La comparaison ne peut qu’être flatteuse.

 

Délits d’Opinion : Sur quelle ligne politique l’ancien Président pourra t-il revenir ?

Bruno Jeudy : Nicolas Sarkozy a déjà adressé plusieurs signaux dont celui d’un retour sur sa ligne politique de 2007 et non de 2012. Il est en train de tourner la page de la « France forte ». Il y a évidemment une part de tactique. Il cherche aujourd’hui à travers ce positionnement moins identitaire et plus central, à aller chercher l’électorat modéré et celui du centre encore marqué par un anti-sarkozisme élevé. A travers un positionnement trans-partisan, il pourrait essayer de renvoyer une image apaisée et réconciliée de sa personne et du pays. Cela étant Nicolas Sarkozy ne pourra pas se contenter de la posture de l’homme providentiel, ni nous refaire le coup du ‘j’ai changé’. Il devra proposer le moment venu un projet renouvelé en profondeur notamment sur les questions de société et sur l’Europe. Les Français ne se contenteront pas de mots et de posture. Le retour n’est jamais facile. On l’a vu avec Valéry Giscard d’Estaing.

 

Délits d’Opinion : Nicolas Sarkozy peut-il vraiment faire l’impasse sur les primaires ?

Bruno Jeudy : S’il décide de revenir, c’est qu’il estime que sa candidature s’impose à droite. Clairement, il ne veut pas se farcir des primaires. En tant qu’ancien Président, il ne se voit pas entamer son retour par une sorte de tournoi de qualification pour la présidentielle. Il fera tout pour tuer le match avant. Il a vu récemment Xavier Bertrand et tenter de le convaincre de renoncer. Pour l’instant, aucun de ses challengers de droite n’a envie de passer son tour. Son ancien Premier ministre François Fillon et ses ex-ministres Bruno Le Maire et Xavier Bertrand semblent très motivés.

Les considérations financières vont beaucoup jouer dans son choix de s’affranchir ou non de l’UMP. Ce qui est certain, c’est que l’UMP est une machine qui n’a plus beaucoup d’argent. Et qu’au sein du parti, beaucoup ont été impressionné par la capacité de Nicolas Sarkozy à lever 11 millions en 3 mois. Cette capacité à lever des fonds, qui constitue le nerf de la guerre d’une élection présidentielle, fait beaucoup fantasmer.

 

Délits d’Opinion : Pourquoi les leaders de la droite ont-ils échoué à occuper l’espace laissé vacant par Nicolas Sarkozy ?

Bruno Jeudy : L’offre est trop nombreuse quantitativement ce qui limite l’émergence des uns ou des autres. Mais qualitativement, on ne constate pas non plus de positionnement vraiment différent.

Je mettrai un peu à part Xavier Bertrand qui a une petite musique un peu plus souverainiste, un peu plus protectionniste et qui essaie de revenir aux fondamentaux anti-maastrichtiens.

Mais à part lui, au fond les discours de François Fillon, Alain Juppé, Bruno le Maire, Valérie Pécresse, NKM, ou François Baroin sont assez proches. Ils sont d’accord sur les fondamentaux européens, sur le couple franco-allemand, avec une petite dose de fédéralisme mais pas trop, car l’électorat n’est pas trop fan.

Ils se mettent d’accord assez facilement sur les trois, quatre grandes orientations politiques. En réalité, il n’y a pas de grande innovation, notamment sur les questions d’éducation. L’idée centrale partagée par tous au fond, c’est de ramener la France dans les clous des 3%. Ce n’est pas un programme présidentiel. C’est un programme de gestionnaire.

 

Délits d’Opinion : Parmi online casino les quadras, quels sont ceux qui iront jusqu’au bout face à Nicolas Sarkozy ?

Bruno Jeudy : Un d’entre eux est déjà sorti du jeu : François Baroin, qui joue placé et estime que ça se jouera entre Fillon, Juppé et Sarkozy. Il se prépare plutôt pour Matignon. Il a réglé tout de suite son cas et a fait probablement le meilleur choix.

J-F Copé a très peu chance en 201. S’il ne renonce à rien, il va surtout viser Matignon surtout si Nicolas Sarkozy gagne et décide de revenir par l’UMP. Mais, cela nécessiterait une parfaite entente entre les deux hommes. Ce qui n’est pas le cas.

Pour NKM, tout dépendra de l’issue des municipales à Paris.

François Fillon dit qu’il jouera sa carte jusqu’au bout, et on a tendance à la croire. Car, face à Nicolas Sarkozy, il ne peut pas espérer Matignon, poste qu’il a occupé pendant cinq ans. Cela n’a pas de sens. Il aura 62 ans : c’est donc maintenant ou jamais. Cela dépendra aussi beaucoup de la qualité de son projet qu’il ne sortira vraisemblablement pas avant 2015. Et dans l’entre-deux, en cette année 2014, il va faire du terrain et continuer à labourer la France comme il s’y attelle depuis plusieurs mois. Enfin, il va probablement laisser Alain Juppé se dévoiler et occuper l’avant scène médiatique en espérant que ce dernier s’abime à son tour.

 

Délits d’Opinion : Et que peuvent faire Xavier Bertrand et Bruno Le Maire ?

Bruno Jeudy : Ils espèrent tenir le rôle du troisième homme. Il ne faut pas sous-estimer leur détermination. Xavier Bertrand assure que rien ne l’intéresse à part Président. Bruno Le Maire se verrait bien à Matignon. Une maison qu’il connait pour y avoir occupé le poste de directeur de cabinet sous Dominique de Villepin.

Le Maire, est sur un registre très moderne, luttant contre le cumul  mandats, pro-européen, capable d’aller loin pour installer une image dans l’opinion : celle d’un homme qui est prêt à des révolutions.

Son problème est qu’il a en face de lui l’inverse, Xavier Bertrand qui joue les militants contre l’élite parisienne, et actionne le terrain fertile du souverainisme. Je pense que les deux vont faire une sorte de pré-primaire : celui qui sera le plus haut et en aura le plus envie, ira jusqu »au bout.

 

Délits d’Opinion : Seraient-ils prêts à affronter Nicolas Sarkozy dans des primaires ?

Bruno Jeudy : Aujourd’hui, Xavier Bertrand s’affranchit déjà de Nicolas Sarkozy. Même si jusqu’en 2011, de l’aveu même du président, il était le chouchou : Nicolas Sarkozy ne jurait que par « Xavier ». Par ailleurs Xavier Bertrand a pour lui un petit réseau non négligeable d’élus qui pourront lui être utiles.

Bruno Le Maire ne s’est pas affranchi de Nicolas Sarkozy. Il a été un ministre loyal même s’il a mal vécu que Nicolas Sarkozy ne le nomme pas à Bercy et que le programme qu’il avait préparé en vue de 2012 ait été en partie récusé. Mais il garde de bonnes relations avec Sarkozy, bien conscient néanmoins des limites de la fidélité.

Il s’entend également bien avec Alain Juppé. Tous les deux ont en réalité un profil très similaire. Le Maire, c’est Alain Juppé avec 25 ans de moins.

Au final, cette double fidélité à Nicolas Sarkozy et Alain Juppé pourrait entraver les ambitions de Bruno Le Maire.

Aujourd’hui, entre les deux hommes, Xavier Bertrand paraît le plus armé pour aller au bout. Les circonstances trancheront. Je pense en revanche que l’un des deux devra s’effacer. Il n’y a pas d’espaces pour deux « troisième homme ».

 

Délits d’Opinion : Que pensez-vous de la manière dont se déroule la campagne à Paris ?

Bruno Jeudy : Je suis surpris. Après une bonne entrée en campagne, NKM déçoit un peu sur le fond. J’attendais plus d’imagination, plus de prise de risque et d’audace qui obligerait la candidate Hidalgo à courir derrière les idées de la droite. On a l’impression que NKM a passé son année 2013 à s’imposer politiquement et négligé le fond. Il lui reste toutefois deux mois de campagne pour abattre ses cartes.

En réalité, NKM a fait deux paris. Elle a d’abord souhaité rassembler toutes les droites et toutes les chapelles pour lui permettre de virer en tête au premier tour et espérer créer une dynamique pour le second tour. Ca lui a couté cher en termes de temps, sans empêcher totalement les dissidences d’éclater. Je pense néanmoins que les dissidences ne constitueront au fond qu’un enjeu mineur malgré le battage médiatique.

Le second pari de NKM est d’anticiper une forte abstention. Dans les instituts, on évoque une participation autour de 60%. Or, les démobilisés, qui seront plus nombreux à gauche, sont mal pris en compte par les sondages. Je pense pour ma part que le score des listes UMP sont aujourd’hui sous estimés.

Délits d’Opinion : Anne Hidalgo est accusée de ne pas réellement faire campagne.

Bruno Jeudy : Ce qui est certain, c’est qu’Anne Hidalgo ne fait pas d’erreur. Elle a constitué des listes faites de bric et de broc, avec notamment des anciens chiraquiens, des personnalités du MoDem qui voisinent avec des communistes et des cégétistes. Il n’en reste pas moins que pour une candidate sortante – elle le revendique d’ailleurs- elle se débrouille relativement bien. A mi-parcours elle est dans les temps de passage, et réalise dans les sondages un score dont tous les candidats socialistes sortants rêvent.

Deux interrogations néanmoins : l’alliance avec le centre réalisée par NKM et le niveau de participation que j’ai évoqués et qui pourraient recréer du jeu entre les deux candidates.

Délits d’Opinion : Autre ville qui attire les regards , Marseille. Peut-elle basculer à gauche ?

Bruno Jeudy : Le salut de Patrick Mennucci dépendra des alliances qu’il pourra nouer. Sans accord avec Europe Ecologie-les Verts, la victoire semble compromise pour le parti socialiste.

En revanche, si Patrick Mennucci passe devant Jean-Claude Gaudin au premier tour, et qu’il crée cette dynamique, alors un espace s’ouvrira pour lui. Car en face, Jean-Claude Gaudin devra assumer un statut de vrai sortant, et composer avec un FN en embuscade qui sera présent dans au moins 6 ou 7 secteurs, et avec lequel aucun accord ne semble possible. Mais là encore, la forte abstention devrait jouer en faveur des listes de la droite.

 

Délits d »Opinion : Quelle pourrait être l’impact médiatique d’une victoire de la gauche à Marseille ?

Bruno Jeudy : Une victoire de Patrick Mennucci aurait un fort impact symbolique au niveau national. Car, même si des villes moyennes sont gagnées par la droite, la lecture du scrutin serait un peu occultée par ce gain historique qui écraserait le reste.

Plus globalement, un scrutin mitigé pour la droite risque d’ouvrir une nouvelle zone de tensions au sein du parti, les mauvais résultats dans un contexte pourtant porteur fragiliseraient le Président de l’UMP, J-F Copé et les choix stratégiques opérés par ce dernier.

 

Propos recueillis par Matthieu Chaigne

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