Guillaume Peltier : « face au système, Sarkozy est un challenger dynamique »

Guillaume Peltier : « face au système, Sarkozy est un challenger dynamique »

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Guillaume Peltier

Maire de Neung-sur-Beuvron, Chef de file Les Républicains en Centre-Val de Loire

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Biographie

Directeur de la Lettre de l'opinion, chargé des études d'opinion à l'UMP

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Alors que le Président Nicolas Sarkozy doit s’exprimer ce dimanche 29 janvier pour inverser une tendance défavorable, Délits d’Opinion a demandé à Guillaume Peltier, secrétaire national de l’UMP en charge des études d’opinion, de décrypter les dernières actualités d’une campagne  entrée dans la dernière ligne droite.

Délits d’opinion : A moins de 100 jours du premier tour, un quatuor composé de Hollande, Sarkozy, Bayrou et Le Pen semble à même d’être au second tour. La situation n’est-elle pas paradoxalement favorable à Sarkozy ?

 Guillaume Peltier : Je crois que la situation n’est favorable pour personne car la seule certitude à trois mois de l’élection présidentielle, c’est… l’incertitude. Comment savoir quand un Français sur deux nous dit que son choix n’est pas fait ? Par ailleurs, le chef de l’Etat n’est pas encore candidat. Comment, dans ce cas, le comparer efficacement à François Hollande qui est en campagne depuis le mois d’octobre dernier ? Plus largement, ce qui me marque aujourd’hui, c’est l’unanimisme général qui entoure M. Hollande, le statut de favori dans lequel les commentateurs sont en train de l’enfermer et qui pourrait se retourner contre lui : n’oublions pas que les Français forment un peuple rebelle et n’aiment pas qu’on leur dicte ceux pour qui ils doivent voter. Face au favori du système, Nicolas Sarkozy pourrait apparaître comme un challenger en dynamique…

Délits d’opinion : Quel est aujourd’hui le socle électoral de F. Bayrou ?

Guillaume Peltier : Difficile de répondre… tant les lignes bougent ! Surtout pour François Bayrou. Il se passe quelque chose depuis son annonce de candidature : les enquêtes, intentions de vote ou popularité, le montrent. 12% des électeurs pensent voter pour lui (BVA 24 janvier), mais c’est moins quand on regarde les noyaux durs de son électorat dans les intentions de vote. En réalité, sa force se révèle être aussi sa première faiblesse. Candidat « attrape-tout », il est capable de mordre sur les électorats de François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ; d’un autre côté, son électorat est volatile et sa base, fragile…

Délits d’opinion : En 2007 Nicolas Sarkozy joué sur une posture antisystème. En 2012, Le Pen et Bayrou semblent surfer sur cette même vague. Ce thème qui avait contribué à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 sera t-il la cause de sa défaite cinq ans plus tard ?

 

Guillaume Peltier : Vous avez raison, l’antisystème est à la mode, et j’ajoute même que Martine Aubry elle-même avait qualifié François Hollande de candidat du système pendant la primaire, ce qui lui a valu les foudres d’une partie du PS ! Si Nicolas Sarkozy perd, cela ne sera certainement pas la cause de sa défaite. Je pense au contraire que s’il gagne, ce sera la raison de sa victoire. Durant tout son mandat, Nicolas Sarkozy a incarné le Président antisystème en brisant de nombreux tabous sur les sujets qui sclérosaient la société française : la réforme des retraites, le service minimum, l’autonomie des universités, l’interdiction de la burqua, la lutte contre la récidive, la régulation de la mondialisation… Comme il le précisait, il y a quelques mois, aux parlementaires, « nous sommes entrés dans une époque nouvelle qui appelle des réponses nouvelles ». Le règne des idéologies est terminé, et Nicolas Sarkozy incarne parfaitement ce changement vers le pragmatisme et le volontarisme, à l’image de ce qu’il a fait sur la question européenne et sur le rayonnement de la France sur la scène internationale…

 

Délits d’opinion : Après une séquence médiatique intense sur la souveraineté nationale, la question du pouvoir d’achat s’invite dans la campagne. Le Président peut-il être crédible sur cette thématique ?

Guillaume Peltier : Oui. Parce que le contexte de crise rend encore plus d’actualité le « travailler plus pour gagner plus ». Certains disent que ça n’a pas été respecté mais c’est faux ! C’est aujourd’hui 9 millions de salariés qui en profitent grâce à la loi sur les heures supplémentaires. Ces artisans, ouvriers, salariés et petits patrons peuvent grâce à la loi TEPA gagner jusqu’à 500 euros en plus par an. Oui aussi parce que 2012 ne se gagnera pas à coup de baguette magique. La planche à promesses, c’est terminé. N’oublions pas que la crise impose ses règles : elle affaiblit l’impact de la popularité au bénéfice de la crédibilité. Or, le PS avec ses promesses folles (emplois publics, retraite à 60 ans, fonctionnaires) a perdu la bataille de la crédibilité. Avec la crise, il ne s’agit pas pour les Français d’émettre un vote affectif mais bien au contraire un vote de devoir et de sérieux : qui est le mieux placé, le mieux armé, le plus compétent pour présider « la maison France », tourner la page des vieilles recettes, promouvoir nos valeurs ?

Délits d’opinion : Pensez-vous que la mobilisation des électeurs sera forte le 22 avril ?

Guillaume Peltier : La présidentielle est le rendez-vous des Français. Cette année encore, cette élection ne se gagnera ni à droite, ni à gauche, ni au centre, mais au peuple. Parce qu’il suffit de constater que l‘élection présidentielle en France est le scrutin électoral pour lequel les catégories populaires se mobilisent le plus. Une chose est sûre, la mobilisation de cet électorat populaire croisée à celle des séniors fera l’élection. La campagne présidentielle de 2007 avait enflammé les Français, on se souvient des plus de 84% de participation. La raison de ce succès est simple, il y avait deux modèles de renouvellement dans chaque camp. Ils incarnaient chacun la modernité et l’espoir d’un nouveau souffle. Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont contribué à changer la politique en France et c’est une bonne chose. Mais 5 ans se sont écoulés et la situation est bien différente aujourd’hui : les crises qui se sont succédées et cette drôle de campagne risquent malheureusement de ne pas tirer la participation vers le haut. Le devoir et le sérieux ont remplacé le rêve et l’enthousiasme. C’est plus solide, mais c’est moins mobilisateur. Je pense ne pas me tromper en prédisant que la participation sera moindre en 2012.

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