Frédéric Dabi : « Le grand vainqueur des primaires est le Parti Socialiste »

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Frédéric Dabi

Directeur général adjoint de l’Ifop

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Entre les deux tours des primaires socialistes, Délits d’Opinion a rencontré Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, pour faire le point sur la situation politique actuelle et en vue de l’élection présidentielle de 2012.

 

Délits d’Opinion : Qui est le vrai vainqueur de ce premier tour des primaires socialistes ?

Frédéric Dabi : Le grand vainqueur est d’abord le parti Socialiste. En 2009, après les élections Européennes, le parti est en miettes, quasi devancé par Europe-Ecologie. Bernard-Henri Lévy parle à l’époque d’un « cadavre à la renverse ». Les sondages étaient d’ailleurs très négatifs pour le parti s’agissant de son image. Les Français pointaient du doigt l’incapacité du PS à s’opposer au gouvernement, ainsi que l’absence de projet alternatif pour la France.

Aujourd’hui, le PS a réussi à imposer un objet démocratique inédit à travers les primaires, qui ont ringardisé le processus de désignation des autres partis, Europe-Ecologie et UMP notamment.

Le PS aborde l’élection présidentielle dans une situation favorable. Il est en passe de gagner la bataille de la crédibilité comme le révèle le dernier baromètre Paris- Match que nous publions aujourd’hui. Nous posons la question suivante : « est-ce que l’opposition ferait mieux que le gouvernement si elle était au pouvoir ? ».Or, la crédibilité de la gauche de gouvernement progresse de 5 points, et s’établit à un score inégalé de 49 %. Indéniablement, la séquence des primaires, notamment les débats qui ont donné à voir des candidats sérieux, appliqués et réalistes dans le déroulement de leur offre programmatique ont contribué à redonner du crédit au parti socialiste dans son ensemble.

 

 

Délits d’Opinion : On entend des voix contester la campagne de François Hollande et un résultat en dessous des attentes. Est-il en position délicate ?

Frédéric Dabi : Il faut être extrêmement nuancé. Le soir d’un scrutin, il y a traditionnellement une bataille entre les camps pour légitimer sa vision des résultats. Les stratégies pour imposer son interprétation des chiffres ont toujours existé. Depuis dimanche soir, les tenants du camp de Martine Aubry ont réussi à faire passer le message suivant : « les sondages prévoyaient 12 points d’écart pour Hollande. Comme il n’y en a que 8 point d’écarts, cela va être compliqué pour lui ».

En observant objectivement les chiffres, l’avance d’un peu plus de 8,5 points dont bénéficie François Hollande n’est pas négligeable. En comparaison, l’écart entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal au premier tour en 2007, – que l’on disait conséquent- , était moindre. Bien sûr, ce n’est pas le même corps électoral, ni la même élection. Et cela donne un second tour plus serré que prévu

 

Délits d’Opinion : Martine Aubry semble avoir opérée une remontée en fin de course.

Frédéric Dabi : Avec près de 30.5% Martine Aubry obtient un score situé dans le haut de la fourchette que les enquêtes pré-électorales indiquaient. Rappelons toutefois qu’au lendemain de son annonce de candidature dans nos enquêtes, elle était créditée de 40%. Sa campagne n’a donc pas sur la longue durée connu une dynamique positive. En revanche sa fin de campagne marquée par des attaques plus nourries à l’encontre de de François Hollande, a contribué à pu la faire remonter.

 

Délits d’Opinion : Comment expliquer le succès d’Arnaud Montebourg ?

Frédéric Dabi : Le succès d’Arnaud Montebourg repose d’abord sur un regain de notoriété ; Jusqu’ à l’été 2011, un gros tiers de sondés indiquait dans les enquêtes de popularité ne pas le connaitre suffisammment, même si cela peut surprendre les spectateurs attentifs de la vie politique. Malgré une inscription ancienne dans le champ politique, il y avait donc une image en construction. Avec ces primaires, Arnaud Montebourg est devenu visible, il a même crevé l’écranet s’est assurés des gains de notoriété.

Cette notoriété, il l’a gagnée aussi à travers une offre programmatique en rupture, en différenciation par rapport aux autres candidats et particulièrement vis-à-vis des deux favoris de la Primaire. Etant par ailleurs proche de Ségolène Royal sur certains sujets, il a probablement réussi à siphonner une partie de son potentiel électoral.

Surtout, ses thèmes de campagne ont su toucher une partie de l’électorat.

Il fait un très bon score dans les Bouches-du-Rhône, de ce point de vue, la critique du système et de la corruption a probablement payé ; Plus globalement son programme économique, et la mise à l’index des banques, entrent en résonnance avec le clivage en vogue « desgros contre les petits », mobilisé par une part croissante des Français pour stigmatisr leur situation économique et sociales. Enfin, la thèse de la « démondialisation » fait écho à la critique de plus en plus acerbe de la globalisation par nos compatriotes. En 2006, l’institut IFOP pose la question pour le CEVIPOF : « Diriez-vous que la la France doit se protéger ou doit s’ouvrir davantage sur le monde ». A l’époque, la demande d’ouverture est majoritaire. En 2011, l’IFOP pose la même question pour Marianne et Europe 1, et les résultats s’inversent : la demande de protection face à la mondialisation l’emporte.

 

Délits d’Opinion : Peut- on avoir des indications sur les premiers reports des voix ?

Frédéric Dabi : D’abord, il faut déplorer un ratage : il n’y a pas eu de sondages sorties des urnes le jour du vote ; Donc, nous ne disposons donc pas de données sociologiques précises sur les votants. On a des éléments géographiques. On a les résultats par départements, mais ces données ne sont pas aussi précises que nous le souhaiterions.

Nous ne pouvons donc qu’évoquer des d’hypothèse, fondées certes sur les enquêtes pré-électorales réalisées, mais qu’il convient de manipuler avec prudence, car le résultat du premier tour était par définition inconnu ; Sur la base de ces enquêtes, on peut dire qu’aucun des finalistes ne prend clairement l’avantage auprès des électeurs de Ségolène Royal ou Arnaud Montebourg. On peut néanmoins noter une attractivité légèrement plus élevée de Martine Aubry auprès des électeurs d’Arnaud Montebourg et de François Hollande dans l’électorat Royal.

 

 

Délits d’Opinion : En vue du second tour, doit-on s’attendre à un gauchissement du discours des deux finalistes. Et François Hollande, qui disposait d’une surface électorale assez large ne risque t-il pas de cliver?

Frédéric Dabi : La question démontre bien que la primaire socialiste n’entre pas dans un schéma d’élection traditionnel. Dans un second tour classique, les candidats tentent d’élargir leur audience. Au premier tour, Ils tracent leur sillon, rassemblent leur cœur de cible électoral. Et dans un second temps, les candidats s’ouvrent. Ces primaires sont dans un schéma contraire. Les gisements de voix sont clairement à la gauche de François Hollande et de Martine Aubry, et ces derniers cherchent à donner des gages aux électorats Royal et Montebourg.

Dans cette perspective, François Hollande est dans une situation complexe. Il a fait une campagne de rassemblement, de synthèse durant le premier tour. Il lui sera peut-être plus difficile de radicaliser son discours sous peine de voir poindre une critique en terme de versatilité.. Un risque que le candidat arrivé en tête de la Primaire a toutes les chances de ne pas courir, tant le souci de cohérence constitue précisément une attente forte des électeurs.

Propos recueillis par Matthieu Chaigne.

 

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