François Kalfon : « A gauche, la logique de responsabilité primera sur la logique de séduction »

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François Kalfon

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Alors que tous les instituts de sondages semblent confirmer la montée en puissance du candidat Sarkozy, Délits d’Opinion a rencontré François Kalfon pour décrypter les dynamiques à l’œuvre dans ces dernières semaines de campagne.

Délits d’Opinion : Sarkozy semble creuser l’écart depuis un mois. Comment décrypter ce retour ?

François Kalfon : « La séquence de Toulouse n’a pas été le tsunami que certains redoutaient. Elle surtout permis au candidat Sarkozy de remettre les habits de Président, réussissant par la même occasion à faire converger vers lui les différents électorats de droite, du centre droit à l’extrême droite. Dans le récent baromètre de l’Ifop réalisé pour Paris Match, on observe la forte progression de Nicolas  Sarkozy chez des électorats qui composent son socle de référence : son score atteint par exemple  44% chez les personnes âgées de plus de 65 ans (+9pts) et 47% chez les artisans-commerçants. Dans le même temps, Bayrou baisse d’un point et demi tandis que Marine Le Pen, après avoir subit à la baisse le climat de concorde nationale, regonfle les voiles du FN sur fond de climat sécuritaire et de regain d’islamophobie. En réalité, la séquence de Toulouse permet à Nicolas Sarkozy d’être perçu comme le capitaine qui tient la barre en pleine tempête plutôt que comme le Président sortant doté d’un bilan contesté y compris dans sa famille élargie ».

 

Délits d’Opinion : Hollande voit les intentions de vote du 1er tour s’effriter au profit de Mélenchon. Dans quelle mesure le candidat du Front de Gauche fragilise t-il la gauche en vue du 2nd tour ?

François Kalfon : « La montée du candidat du Front de Gauche peut et doit être vue de deux manières. A Gauche on pointe l’élargissement de l’assiette électorale rose et rouge ce qui permet de faire progresser le sous-total de cette famille politique étant entendu que ces électeurs respecteront une discipline stricte en termes de report au second tour. Certains présentent cette progression comme une opportunité consolidant les chances de Hollande in fine. Cependant, on peut également pointer les risques que cette situation représente. Un travail que la droite a déjà entrepris. D’abord l’appétence pour Mélenchon, crédité d’une bonne campagne, d’une maitrise du verbe et d’une certaine attractivité y compris auprès des électeurs socialistes, est immanquablement présenté à droite comme un supposé manque de charisme de François Hollande.

Par ailleurs, sur un plan plus politique, la droite ne manquera pas de pointer les contradictions programmatiques qui peuvent exister entre les deux blocs forts de la gauche. La question des retraites, de l’Europe ou bien encore le débat sur le salaire minimum sont autant de sujet de discorde possible que la droite ne manquera pas de mettre en lumière pour fragiliser cet équilibre. Enfin, du point de vue de l’UMP, la tactique Buisson qui visait à chasser les électeurs du FN avait une faiblesse majeure qui est en passe d’être partiellement annulée avec la montée de Mélenchon. En effet, l’inclinaison de l’UMP et du PS vers leur extrême questionne avec insistance le devenir de l’électorat centriste pour le second tour. Ainsi, le camp présidentiel entend instrumentaliser l’écart idéologique entre Bayrou et Mélenchon pour attirer à lui, au soir du 22 avril, les électeurs du Modem ».

Délits d’Opinion : Le match
pour la 3e place bat son plein. Quelle dynamique va primer au cours des trois
dernières semaines ?

François Kalfon : « L’élément clef pour répondre à cette question demeure la certitude du choix des électeurs qui aujourd’hui indiquent avoir choisi leur candidat. La foi des convertis n’est pas toujours la plus déterminée et l’analyse de la sureté du choix des électeurs de Mélenchon le démontre : seul 58% de ces électeurs déclarent être certains de leur choix selon OpinionWay. A cette même question, les électeurs de Marine Le Pen se déclarent sûrs de leur choix à 68% tandis que ce taux atteint le niveau de 77% chez François Hollande et enfin de 84%% chez Nicolas Sarkozy.

Ces données permettent d’imaginer un frein relatif dans la progression de Jean-Luc Mélenchon si l’on considère que c’est avant tout chez le candidat socialiste qu’il peut faire des « prises ». De plus, aussi vite que son score a progressé, il pourrait revenir à la situation antérieure, tellement son « nouvel » électorat manque de consistance et de certitude.

Enfin, il est important de noter ici que le souhait de victoire finale demeure la priorité de tout le peuple de gauche qui ne veut pas revivre un 21 avril 2002 où la dispersion avait déchirée la gauche. On peut également avancer l’hypothèse que le mouvement de soutien à Hollande pourrait redevenir fort dans le cas où le rééquilibrage observé depuis quelques jours se confirmerait. En effet, les talents de Mélenchon sont des atouts qui séduisent mais qui ne sauraient détourner sur le long terme le peuple de gauche qui aspire au succès. La logique de responsabilité primera sur la logique de séduction le moment venu.

Pour conclure, on peut dire que la mise en avant de Montebourg, héraut d’un scepticisme quant à une mondialisation libérale, traduit cette prise de conscience par l’équipe de François Hollande d’insister davantage sur des marqueurs de gauche pour ne pas être qu’une alternative mais une solution fidèle aux valeurs de toute la gauche ».

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