Les marchés prédictifs surpassent systématiquement les méthodes d’anticipation classiques

Les marchés prédictifs surpassent systématiquement les méthodes d’anticipation classiques

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Emile Servan-Schreiber

Fondateur d'Hypermind, directeur de Lumenogic

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Fondateur d'Hypermind, directeur de Lumenogic

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A l’occasion des élections départementales des 22 et 29 mars 2015, Délits d’Opinion, le site de référence de l’étude de l’opinion, et Hypermind, pionnier de l’intelligence collective et de la prédiction, ont mis en place un dispositif unique de prévision des résultats. Retour avec Emile Servan-Schreiber sur la méthode des marchés prédictifs et sur les enseignements à tirer de cette expérience.

 

Délits d’Opinion : Pouvez-vous nous présenter les marchés prédictifs et leur mode de fonctionnement ?

Emile Servan-Schreiber : Un marché prédictif est essentiellement une plateforme de paris en ligne, mais qui serait conçue spécialement pour prévoir le futur en exploitant l’intelligence collective d’une multitude.

Chaque prévision y est cotée sous forme d’actions, un peu comme l’est une entreprise sur un marché boursier. Si la prévision est avérée, son action vaut 100 unités d’une monnaie réelle ou virtuelle ; si elle ne l’est pas, son action ne vaut rien. Tant que la réalité n’a pas confirmé ou infirmé une prévision, les « traders » peuvent s’échanger les actions à un prix qu’ils négocient directement entre eux – sans l’intermédiation d’un bookmaker – et qui évolue naturellement au fil de l’actualité.

Le marché récompense ainsi ceux qui investissent au plus tôt dans les prévisions qui se réaliseront : on gagne d’autant plus que l’on a raison avant les autres. Inversement, le marché pénalise ceux qui ont souvent tort, ou qui se contentent de suivre l’opinion des autres.

Par ailleurs, et c’est là l’essentiel, le prix de chaque prévision, négocié entre 0 et 100, reflète précisément le consensus collectif des participants sur la probabilité qu’elle se réalise. Un prix de 30 indique une probabilité de 30% ; un prix de 75 indique 75% de chances, etc.

 

Délits d’Opinion : De tous temps, l’homme a cherché à connaître l’avenir en s’appuyant sur différentes méthodes : devins, experts, sondages… sans que les résultats soient forcément là. Les marchés prédictifs sont ils en mesure d’apporter une amélioration nette de ces prévisions ?

Emile Servan-Schreiber : La prévision parfaite est bien sûr impossible, donc aucune méthode n’est infaillible, mais les marchés prédictifs surpassent systématiquement les méthodes d’anticipation classiques, comme l’expert individuel ou le sondage d’opinion, et même l’approche statistique big-data – type Nate Silver – qui est tant à la mode aujourd’hui. C’est particulièrement frappant dans le domaine politique ou géopolitique.

Il faut savoir qu’avant l’invention des sondages par Georges Gallup dans les années 30, les paris électoraux à Wall Street allaient bon train et produisaient déjà des prévisions très fiables : sur 15 élections présidentielles aux Etats-Unis entre 1884 et 1940, le favori des parieurs n’a perdu qu’une seule fois !

Plus récemment, des chercheurs de l’université de l’Iowa ont comparé les prévisions de 964 sondages, tous instituts confondus, contre celles d’un marché prédictif pendant 5 élections présidentielles entre 1988 et 2006. Les prévisions issues du marché étaient plus justes dans 73% des cas.

Enfin, de nos jours, on a pu observer la supériorité des marchés prédictifs lors du référendum écossais sur l’indépendance, et lors des élections en Israël : dans ces deux cas, les sondages étaient soit indécis, soit carrément trompeurs, alors que les marchés indiquaient la bonne réponse. Même lorsque les sondages ne se trompent pas, comme lors des récentes élections Midterm aux U.S.A., les prévisions d’un marché prédictif sont typiquement plus assurées, moins hésitantes. En novembre dernier, l’intelligence collective d’Hypermind a fait mieux que les modèles prédictifs big-data de Nate Silver, du New York Times, et du Washington Post.[1]

 

Délits d’Opinion : La France suit-elle le développement de ces méthodes qui se ont émergé notamment aux Etats-Unis ces dernières années ?

Emile Servan-Schreiber : Il y a certes plus de scepticisme ici que dans les pays anglo-saxons. On a moins, en France, la culture du pari, et moins de respect pour les marchés en général. Nous avons, au contraire, la culture de l’élite, et celle-ci a naturellement tendance a vouloir dénigrer l’intelligence de la multitude. C’est de bonne guerre. Aux Etats-Unis, par contre, cette technologie est depuis longtemps un sujet de recherche dans les meilleures universités, elle est dors et déjà adoptée par la CIA et d’autres agences de renseignement, et les prévisions issues des marchés sont un sujet récurrent dans les plus grands médias, tel que le New York Times, le Wall Street Journal, et The Economist.

Cela dit, la France n’est pas complètement à la traine, car Hypermind est l’œuvre d’une petite équipe de français qui, depuis l’an 2000 est à la pointe de la recherche et du développement d’applications commerciales dans le domaine, principalement aux Etats-Unis. Loin de « suivre » le développement de cette méthode, les français, à défaut de la France elle même, sont parmi les leaders dans le domaine.

 

Délits d’Opinion : Délits d’Opinion et Hypermind ont mis en place un dispositif de prévision en vue des élections départementales des 22 et 29 mars 2015 : quels enseignement en tirer ?

Emile Servan-Schreiber : D’abord que c’est la preuve que cette méthode commence à trouver sa place dans l’arsenal des analystes français les plus en pointe. Ensuite, que même un scrutin aussi peu mobilisateur peut être passionnant à suivre quand on s’attache à essayer d’en prédire le résultat. J’invite d’ailleurs tous les lecteurs de Délits d’Opinion à rejoindre notre panel pour tester leur talent d’anticipation. Leur intelligence collective consolidée par Hypermind pourrait être un outil d’analyse et d’anticipation politique très performant.

 

[1] http://blog.hypermind.com/2014/11/15/2014-us-midterm-elections/

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