Elections US : focus sur les républicains

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Pierre Toullec

Président de l'Association des Amis du Parti Républicain

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La campagne électorale lancée du côté républicain, les passes d’armes se multiplient entre les deux candidats et il semble aujourd’hui encore bien imprudent de se projeter sur une prévision. Délits d’Opinion fait le point avec Pierre TOULLEC sur l’état des lieux.

Délits d’Opinion : Pouvez-vous nous présenter l’état de l’opinion côté républicain après 3 années d’administration Obama ?

Pierre TOULLEC : L’élection du Président Obama fut un électrochoc pour les Etats-Unis. La droite en particulier a commencé par plier, convaincue qu’elle avait perdu sa base électorale. Une forme de résignation s’est mise en place au début de l’année 2009. Les Républicains en général ont peu cherché à bloquer les politiques mises en place par la nouvelle majorité écrasante de la gauche, associée au Président nouvellement élu.

Il est très important de bien comprendre l’état de l’opinion républicaine, et en particulier des élus, pour comprendre les évènements politiques à partir de la mi-2009. Cette résignation ne se ressentait pas uniquement à travers un manque d’envie de continuer à défendre les idées de la droite. Dans les faits, les élus du GOP étaient en quelques sortes dans une forme de « soumission » passive devant ce qui était désormais appelé la « majorité démocrate perpétuelle ». L’idée soutenue par de nombreux « spécialistes » politiques et journalistes était que les victoires de la gauche en 2006 et 2008 étaient si importantes qu’elles démontraient un rejet total des idées libérales et conservatrices qui avaient porté les Présidents Reagan et Bush au pouvoir.

Les électeurs de droite ont eu le sentiment début 2009 d’être abandonnés par leurs représentants. Les militants de terrain eux-mêmes, après une longue campagne en 2008 dont ils sont sortis découragés et vaincus, n’étaient que peu présents au vu des échos que j’ai reçus au cours de cette période. Plusieurs plans de réforme défendus par la branche dure du camp démocrate sont progressivement arrivés avec en face peu d’opposition.

Dès le début 2009, le Président Obama a commencé par faire passer son plan de relance (The American recovery and investment act) d’un montant de 787 milliards de dollars. Puis arriva la tentative de réforme du système de santé surnommée « ObamaCare » (de son véritable nom : le Patient Protection and Affordable Care Act : la loi pour une protection des patients et des soins accessibles).

Ces deux réformes furent symboliques pour les électeurs de droite. Au cours de ce premier semestre de l’année 2009, plusieurs réunions de contestation se sont organisées à travers les États-Unis. Dès le mois de février, des électeurs et quelques militants politiques (principalement issus de la campagne de Ron Paul pour la primaire Républicaine de 2008) ont commencé à se faire entendre pour protester contre le sauvetage des banques (réalisés sous le Président Bush en 2008 et sous le Président Obama en 2009) et contre les dépenses et les forts taux d’impositions proposés par la nouvelle administration.

Petit à petit, ces mouvements de protestation spontanés se sont développés. Au cours de l’été 2009 le mouvement des TEA Party a émergé. Des centaines d’évènements furent organisés à travers les cinquante États, à la surprise de nombreux élus de droite. Le message était clair : l’Etat fédéral devait cesser de dépenser et de taxer les citoyens.

Ce développement du mouvement des TEA Party eut un impact fort dans les mois qui suivirent. Dès 2009, deux élections pour des postes de Gouverneurs furent emportés par la droite, faisant perdre pour les démocrates deux gouvernements importants : ceux de Virginie et du New Jersey (novembre 2009).

Puis ce mouvement de fond contre les plans de relances, les dépenses et les impôts, a mené à la victoire le candidat de centre-droit Scott Brown, en janvier 2010, pour le siège du Sénateur Ted Kennedy au Massachussetts. Ce symbole de la gauche dure était décédé l’année précédente.

Enfin, l’action des TEA Party a permis de refaire émerger le discours Libéral (toujours au sens Français du terme) au sein du Parti Républicain. L’énergie militante et l’espoir de victoire ont fini par faire réaliser à la droite, dès le second semestre de 2009, qu’il n’y avait aucune fatalité conduisant à une victoire Démocrate. Dès lors, le dynamisme aidant face à une gauche démoralisée devant l’impopularité de ses réformes, le Parti Républicain a été en mesure de surfer sur la vague de bon sens ayant déferlé sur les Etats-Unis. Au final, la victoire du GOP en 2010 fut plus importante que toutes les précédentes victoires électorales depuis plus d’un siècle, dépassant les résultats historiques de ce même parti en 1994.

Aujourd’hui, le mouvement des TEA Party s’effrite suite à la victoire de ses idées. Le temps passant, son existence en tant qu’entité ne se fait plus réellement ressentir. En revanche, les valeurs et les principes qu’il a imposés restent en place, et la majorité des candidats Républicains à l’élection Présidentielle de 2012 ont embrassé le programme qui a fait gagner leur parti en 2010.

Délits d’Opinion : Quels sont aujourd’hui les principaux candidats républicains ? Quels sont leurs principales valeurs et soutiens auprès de l’opinion publique ?

Pierre TOULLEC : L’élection présidentielle de 2012 a d’ores et déjà commencé aux États-Unis. Les premiers candidats à se déclarer le firent dès les mois d’avril et de mai de l’année en cours. Depuis, nombre de débats ont été organisés, et la campagne bat son plein. Neuf candidats s’affrontent pour emporter le plus de voix de droite et de centre droit possible pour être désigné comme l’adversaire du Président Obama.

A ce jour, la campagne est serrée. Aucun candidat ne semble en mesure de s’imposer comme favori, lors que le premier Etat à voter (l’Iowa) se prononcera le 3 janvier prochain.

Voici l’ensemble des candidats à la primaire Républicaine encore en lice :

Gouverneur Mitt Romney : l’ex-gouverneur du Massachussetts (2003 – 2007) a longtemps été considéré comme le favori pour cette primaire Républicaine. Homme d’affaires, il s’est reconverti dans la politique au début des années 2000 avec une position de centre-droit (voire centriste au début de sa carrière). Il a grandi dans un Etat très modéré, voire progressiste (le Michigan). Il fut lui-même élu d’un Etat considéré comme ancré à gauche.

 Candidat à la Présidentielle en 2008, il fut battu à plusieurs reprises par John McCain. Il finit par abandonner une course qu’il considérait comme perdu pour soutenir l’homme qui allait affronter le futur président Obama.

Aujourd’hui, Mitt Romney semble avoir du mal à progresser dans l’opinion des électeurs de droite à cause de plusieurs changements de position assez importants au cours des dix dernières années.

Newt Gingrich : l’ex-Président de la Chambre des Représentants (équivalent des députés Français) fut le stratège politique qui amena non-seulement la victoire de la droite en 1994, mais aussi qui permit de stopper la réforme de santé de la gauche surnommée « HillaryCare ».

 Plus que cela, il est le seul Président de la Chambre des Représentants moderne à être parvenu à équilibrer le budget fédéral pendant plusieurs années de suite .

 Enfin, historien de formation et philosophe, Newt Gingrich est un excellent débateur. Au coude-à-coude avec Mitt Romney dans les sondages (à ce jour), il ne cesse de répéter qu’il est pressé de se retrouver en débat face au Président Obama.

Herman Cain : homme d’affaires de Géorgie, Herman Cain n’a pas réellement d’expérience politique. Ses succès dans le privé l’ont amené à diriger d’importantes organisations telles que « Godfather’s Pizza » et l’Association Nationale des Restaurants (National Restaurant Association).

 Son absence d’expérience politique reste un frein dans sa candidature. Cependant, il est parvenu à monter au premier plan malgré le peu de chances de l’emporter que beaucoup lui donnaient. Aujourd’hui, Hermain Cain est à quelques points derrière Mitt Romney et Newt Gingrich dans les intentions de vote.

Pour beaucoup, l’absence d’expérience politique de Herman Cain est un avantage, car les Américains sont toujours en révolte contre leur classe élitiste dirigeante.

Dr Ron Paul : représentant du Texas depuis 1976, le Dr Ron Paul est le représentant officieux du mouvement « libertarian » (Libéral) aux Etats-Unis. Déjà candidat en 2008 (et en 1988 en tant qu’indépendant), il prône une suppression de l’action de l’Etat fédéral dans la plupart des domaines de la vie des individus.

Son action la plus importante est sans doute sa critique de la « FED » (la banque centrale des Etats-Unis). Il réclame depuis des années sa dissolution.

Son message lui a permis de créer une commission (qu’il préside) sur l’état de la FED.

Gouverneur Rick Perry : Rick Perry est le gouverneur du Texas depuis 2001. Il a succédé au Gouverneur George W Bush. Après avoir longtemps hésité (voire refusé) de prendre part à une élection fédérale, le gouverneur a fini par décider, en août 2011, de se présenter à la primaire Républicaine.

Possédant un discours très conservateur et anti-establishment, Rick Perry est rapidement monté dans les sondages. Cependant, plusieurs gaffes dans différents débats télévisés et la révélation d’une politique bien plus modérée que ce qu’il affirme ont donné l’image d’un candidat incertain de ses convictions. Ces évènements lui ont fait perdre de nombreux soutiens. Il est aujourd’hui le 5ème dans les intentions de vote.

Michele Bachmann : représentante du Minnesota depuis 2001, Michele Bachmann était devenue pour nombre de conservateurs l’exemple même de l’élue efficace portant ses convictions à Washington DC pour les faire gagner.

Cette mère de cinq enfants est considérée comme l’un des candidats les plus conservateurs dans cette campagne. Malgré une percée dans les premiers temps, l’arrivée de Rick Perry lui a fait perdre une grande partie de sa base.

Michele Bachmann reste cependant avec une forte organisation en Iowa, Etat dans lequel elle mise tout pour espérer gagner la primaire Républicaine.

Sénateur Rick Santorum : le Sénateur fut élu de la Pennsylvanie pour la première fois en 1990. Il fut cependant battu en 2006 par son adversaire démocrate. Il espère aujourd’hui pouvoir relancer sa carrière politique par cette candidature pour la Présidentielle.

Considéré comme l’un des candidats les plus conservateurs, issu lui-même d’un Etat de tradition plutôt centriste, ses sujets de prédilection sont l’international et les valeurs morales.

Aujourd’hui, Rick Santorum a du mal à recevoir plus de 2% d’intentions de votes.

Gouverneur Jon Huntsman Jr : l’ex-Gouverneur de l’Utah est considéré par beaucoup comme un cas à part de cette campagne. Issu de l’Etat probablement le plus à droite de l’ensemble des Etats-Unis, il fait campagne sur une ligne modérée (voire parfois considérée comme à gauche). Il n’a pas hésité à prendre des positions telles que demander une hausse des impôts pour diminuer la dette, une position que même la gauche modérée ne veut pas voir mise en place.

Il fut aussi ambassadeur des Etats-Unis pour le Président Obama de 2009 à 2011, chose que beaucoup de Républicains ne lui pardonnent que difficilement.

Jon Huntsman Jr n’est pas parvenu à s’élever dans les sondages, tournant généralement entre 1 et 2% d’intentions de vote, et ce malgré de bonnes prestations durant les débats Républicains.

Gouverneur Gary Johnson : l’ex-gouverneur du Nouveau-Mexique se réclame Libertarien à tendance anarchiste « de droite ». Directement lié à la mouvance des TEA Party sur le plan économique, il souhaite voir l’importance de l’Etat diminuer de manière drastique dans tous les domaines de la vie. Il n’accepte pas de voir le gouvernement intervenir pour dire aux citoyens ce qu’ils ont droit ou non de faire.

Gary Johnson considère que toute intervention de l’Etat dans la vie des individus s’apparente à une privation de liberté et fait tendre la politique du gouvernement vers le socialisme.

Malgré son importance politique au Nouveau-Mexique, Gary Johnson n’est pas considéré comme un candidat viable par beaucoup de « spécialistes ». Seul Fox News l’a invité aux débats organisés, les médias d’une tendance plutôt « de gauche » ayant exprimé leur refus de le voir participer ouvertement à la campagne électorale.

Propos recueillis par Olivier

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