Derniers sondages : « l’incertitude demeure concernant la première place »

Derniers sondages : « l’incertitude demeure concernant la première place »

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Frédéric Dabi

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Délits d’Opinion : En cette dernière ligne droite, constatez-vous, comme d’autres instituts, une érosion nette du socle électoral de Nicolas Sarkozy?

Frédéric Dabi :   A l’aide de notre Rolling quotidien, réalisé en partenariat avec Paris-Match et Europe 1, et si l’on analyse au-delà de la course de petits chevaux, les chiffres montrent incontestablement  sur le long terme un rapport de force électoral en faveur de la gauche. 

Pour autant, l’incertitude demeure concernant la bataille pour la première place. Ce point est d’abord symbolique : être devant au premier tour n’augure en rien du résultat final, comme en témoignent les exemples de François Mitterrand en 1974, ou celui de Lionel Jospin en 1995. En réalité, virer en tête au premier tour correspond d’abord à la doxa sarkozyste qui souhaite ainsi créer une dynamique.

Délits d’Opinion : L’affaire Mérah semblait pourtant avoir marqué un tournant dans la campagne, et profiter au Président sortant.

Frédéric Dabi : Notre outil quotidien nous amène à fortement nuancer cette idée. Il n’y a pas eu d’effet « Toulouse Montauban » au niveau électoral, même si l’évènement a par ailleurs fortement marqué les esprits, et ému les Français

Nous avons par ailleurs réalisé pour le site Atlantico, deux sondages, pendant l’affaire Mérah et à son issue, afin de connaitre les enjeux du vote. Or, ce qui est frappant, c’est que les préoccupations des français n’ont pas changé, restant très fortement focalisées sur les questions économiques et sociales. Il y a certes eu une appréciation positive de l’attitude de Nicolas Sarkozy – et dans une moindre mesure de celle de François hollande, qui a calqué son comportement sur celui de Nicolas Sarkozy. Mais, l’épisode tragique n’a pas changé la campagne, ni modifié le rapport de force au second tour, situant invariablement François Hollande autour de 54%.

Délits d’Opinion : Le référendum pro ou anti Sarkozy est-il la clé de lecture de la campagne ?

Frédéric Dabi : Il existe deux thèses pour penser l’élection présidentielle. Certains évoquent un scrutin exceptionnel, à part. Un autre point de vue consiste à penser l’élection présidentielle comme un continuum. Et je penche pour cette thèse : on retrouve dans cette élection les mêmes ingrédients que lors des précédents scrutins : une abstention qui menace, une gauche très forte. N’oublions pas que l’élection a lieu moins de 2 ans après le scrutin régional où la droite a atteint son score plancher au premier tour sous la Vème république.

Une campagne ne surgit pas ex nihilo. Elle intervient dans un paysage déjà existant et structuré, dans un imaginaire politique où un personnage politique, Nicolas Sarkozy donne le ton et l’agenda médiatique depuis 2002, en tant que Ministre et Président.

Or, le Président sortant n’a pas réussi à aller au-delà de son impopularité structurelle. Jamais un président de la République n’avait été si longtemps impopulaire, si durablement en déséquilibre avec le premier Ministre. Nicolas Sarkozy passe sous la barre des 50% en janvier 2008, et ne réussira jamais à inverser la tendance. Et quand je prends la dernière enquête IFOP- JDD de dimanche, réalisée dans un moment de très forte exposition de Nicolas Sarkozy, il finit son quinquennat avec 64% de mécontents. Le candidat n’a pas pu tirer le président vers le haut.

Délits d’Opinion : Dans ce contexte focalisé sur le Président sortant, des thèmes ont-ils émergé ?

Frédéric Dabi : On a évoqué le made in France, la compétitivité ou la dette, dans la précampagne, qui fut d’ailleurs un bon moment de François Bayrou. Au delà, un thème a tout surplombé : la crise. Et au cœur de la crise, l’argent fut peut-être le fil rouge de la campagne : Nicolas Sarkozy qui fait tout pour ne pas apparaitre comme le candidat de l’argent, François Hollande qui a marqué des points avec l’imposition à 75% et l’attaque de la finance, Marine Le Pen qui veut revenir au franc. L’omniprésence de l’argent et le désenchantement des français furent probablement les deux traits saillants de la campagne.

Délits d’Opinion : Malgré cette sinistrose ambiante, la parole de Jean-Luc Mélenchon a semblé porter.

Frédéric Dabi : Le succès de Mélenchon repose sur une conjonction d’ingrédients très favorables. S’il obtient un score à deux chiffres dimanche, il détiendra le résultat le plus élevé pour un candidat soutenu par le parti Communiste depuis mai 1981.

Les recettes de son succès ? Un positionnement clair, avec l’effacement de l’extrême gauche, et un candidat PS qui laisse un espace du fait de sa capacité à capter une partie des électeurs du centre. Le succès de Jean-Luc Mélenchon doit aussi à une posture qui lutte contre le désenchantement décrit précédemment. Il réhabilite la politique, le volontarisme, le parler vrai. Il propose une rupture avec la Vème république. Il a marqué la campagne, comme en témoigne sa première place dans notre baromètre des candidats qui font la campagne.

Délits d’Opinion : Son socle électoral est-il solide ?

Frédéric Dabi : L’abstention n’est pas le plus gros danger de Jean-Luc Mélenchon. Le leader du Front de Gauche a fédéré de nombreux électorats : le socle de communistes, une partie des ouvriers, des catégories intermédiaires, et des employés, et un électorat intégré, parisien et les grandes villes. Il est à 14% chez les professions libérales, et 18% dans le secteur privé.

Sa plus grande menace tient dans la volatilité de son électorat liée au spectre du vote utile. Si la compétition pour être en tête au premier tour s’intensifie, une partie de ses électeurs risque de basculer pour le candidat socialiste. Au final, la volonté du peuple de gauche de gagner à tout prix pourrait nuire à Jean-Luc Mélenchon.

 

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