Défaite du FN à Hénin-Beaumont : « le modèle électoral du FN n’est pas remis en cause »

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Bruno CAUTRES

Chercheur au CNRS et au CEVIPOF

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Les résultats de Hénin-Beaumont sont désormais officiels : la liste du « rassemblement démocratique » menée par Daniel DUQUENNE a battu la liste FN de Steeve BRIOIS, d’environ 500 voix, et dont la grande figure nationale était Marine Le Pen, située en deuxième position sur la liste. Délits d’Opinion revient avec Bruno CAUTRES, spécialiste des questions électorales et du FN, sur les principaux enseignements de ces résultats.

Délits d’Opinion :  La défaite de la liste FN menée par Steeve BRIOIS est désormais officielle depuis quelques instants : quelle est votre réaction à chaud ?

Bruno CAUTRES : Tout d’abord nous avons obtenu la réponse à une question que tout le monde se posait : Hénin-Beaumont était-il une exception dans un contexte national de déclin pour le FN ? Les résultats de ces élections ont montré un retour du FN à des scores très élevés, tel qu’il pouvait en réaliser dans certaines localités au milieu des années 80 jusqu’au milieu des années 2000. Cela confirme une exception due à un contexte local très spécifique : le maire est en prison, la gauche est incroyablement divisée (9 listes au premier tour, dont 5 à gauche).

Mais au delà de ce contexte particulier,  il est un enseignement majeur  : le FN n’est pas mort. Il n’est pas mort puisque, et  c’est l’un des enseignements de ce scrutin, il existe toujours un potentiel pour le vote FN dans les milieux populaires, et  d’une composante différente des électeurs FN du sud-est de la France. Il n’est pas mort, mais il n’est pas ressuscité pour autant. On ne peut en effet pas en déduire de ce résultat un quelconque  retour en force du  FN dans les enjeux nationaux.

Délits d’Opinion :  Hénin-Beaumont était sur le papier une ville parfaite pour le FN : 20% de chômage, des élus accusés de corruption, une gauche divisée, une grande entreprise qui réalise des profits mais licencie… et pourtant le Front National n’est pas parvenu à l’emporter. Cette défaite remet-elle en cause le « modèle » électoral et politique du FN ?

Bruno CAUTRES : Non, je ne pense pas. Si l’on observe la progression des scores du FN et de Marine Le Pen par rapport à 2007, aux municipales de 2008, on ne peut aboutir à cette conclusion. Même aux européennes de 2009 par rapport à celles de 2004, on constate une régression certes, mais celle-ci est bien moins importante dans cette circonscription qu’ailleurs. Cela indique qu’il existe toujours un terreau encore fertile pour permettre au FN de revenir à des scores importants quand le contexte est par ailleurs porteur.

Le « modèle » électoral du FN (si l’on peut le définir avec un discours fortement opposé à l’Europe, à la mondialisation, opposé à l’immigration, ainsi qu’un discours populiste opposant les « petits » contre les « grands ») n’est pas fondamentalement remis en cause. Au contraire, la progression des scores enregistrés montre un potentiel et quand bien même ce modèle serait remis en cause, il serait dès lors nécessaire d’en repenser un autre, ce qui paraît bien improbable en ce moment.

Délits d’Opinion :  Cette élection semblait représenter la voie royale pour Marine Le Pen qui pouvait assoir sa légitimité sur la scène nationale et comme future dirigeante du Front National. Cette défaite remet-elle en cause sa légitimité ?

Bruno CAUTRES : Je pense effectivement que si le FN avait remporté cette élection, cela aurait ouvert la voie à Marine Le Pen pour prendre la direction du parti. Mais c’est vrai que pour elle, ce résultat n’est pas non plus mauvais. Elle a réalisé 28% aux européennes dans le nord de la France, ce qui constitue le meilleur score du FN en France et arrive cette fois en tête du premier tour avec 40% des voix. Je pense qu’elle va pouvoir se servir de ces résultats pour tenter de prendre la tête du parti.  Enfin, cette défaite ne devrait pas remettre en cause sa stratégie, d’autant qu’elle pourra toujours faire valoir ses scores par rapport à ceux de Bruno Gollnisch lors des derniers scrutins.

Bien sûr, si elle avait remporté ces élections, une bonne partie des commentaires aurait été « Marine Le Pen, le nouveau leader du FN » mais il ne faut pas oublier que ce parti est très affaibli financièrement et politiquement, et qu’il ne s’est pas vraiment remis de la grande scission de 1998. Pour Marine Le Pen, qui apporte des scores importants comme lors de cette élection municipale, c’est forcément un plus dans sa stratégie de conquête du parti.

Pour ces raisons, je ne pense pas que ce résultat change fondamentalement sa stratégie et le fait qu’elle est toujours bien placée pour diriger le parti.

Délits d’Opinion :   Imaginons maintenant  que Marine Le Pen  prenne la direction, pensez-vous qu’elle jouera la carte de la continuité en misant avant tout sur son nom ou qu’elle prendre acte de la nouvelle donne électorale, à savoir qu’un électeur sur trois ayant voté Le Pen en 2002 a voté Sarkozy en 2007 ?

Bruno CAUTRES : Elle va faire les deux. D’un côté elle dit toujours qu’elle représente « la marque Le Pen », à l’instar d’un produit, mais effectivement le nouveau challenge sera pour elle d’inverser le flux que Nicolas Sarkozy a créé en 2007 en captant une partie importante de l’électorat FN. D’un côté elle tentera de capitaliser sur son nom, de l’autre elle tentera de faire revenir dans son giron une partie des anciens électeurs du FN.

Propos recueillis par Olivier

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