Comprendre l’effet Besancenot

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Denis Pingaud

Conseil en stratégie d'opinion, directeur général de Balises

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Vice président exécutif de l’institut d’études Opinion Way et spécialiste de l’extrême-gauche, Denis Pingaud vient de publier un ouvrage sur le phénomène Olivier Besancenot ((Seuil, 195 pages, 16€)). Le facteur, invité surprise de la présidentielle 2002, s’est depuis installé comme figure incontournable du paysage politique français.

Décryptage des rouages de cette ascension.

Délits d’Opinion : Selon un sondage exclusif Opinion Way que vous révélez dans votre ouvrage L’effet Besancenot, si l’élection présidentielle devait avoir lieu aujourd’hui, 13% des électeurs se tourneraient vers Olivier Besancenot ((Sondage auprès d’un échantillon de 1005 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus réalisé les 17 et 18 septembre 2008)). Est-le signe d’une poussée durable de l’extrême gauche ou un signal d’alarme en temps de crise ?

Denis Pingaud : Pour être exact, ces 13 % constituent le « potentiel électoral » d’Olivier Besancenot, c’est-à-dire le pourcentage de Français qui, au moins dans l’une des quatre hypothèses étudiées dans notre étude (en fonction du possible candidat du PS), déclaraient avoir l’intention de voter pour lui au premier tour de la présidentielle, si celle-ci devait se dérouler le dimanche suivant. Le porte-parole de la LCR était crédité de 11 % d’intentions de vote si Bertrand Delanoë, Martine Aubry ou François Hollande étaient candidats et de 9 % si Ségolène Royal était candidate.
Dans tous les cas de figure, ces chiffres témoignent d’une poussée d’audience électorale qui confirme la cristallisation d’un vote à gauche de la gauche traditionnelle. Son ressort est double : d’une part, une critique de la manière dont le Parti Socialiste a géré les affaires du pays quand il était au pouvoir et dont il gère sa fonction de parti d’opposition aujourd’hui ; d’autre part, et c’est sans doute le plus important, une défiance vis-à-vis de la représentation politique même, qui touche autant les « éléphants » socialistes que les leaders de la droite.
Olivier Besancenot incarne à la fois le retour d’un anticapitalisme combatif, que l’on considérait désuet après le chute du Mur de Berlin et une autre manière de faire de la politique, plus proche des gens qui souffrent, plus en symbiose avec la « France d’en-bas ». Pour la moitié des Français qui gagnent moins de 1 500 euros par mois, il est plus facile de s’identifier à Olivier Besancenot qu’à Dominique Strauss-Kahn !

 

DO : Besancenot bénéficie selon votre analyse de l’incapacité du PS a jouer son rôle d’opposant. Cela signifie t-il aussi que le PS doit davantage ancrer son discours à gauche ?

DP : Pas nécessairement et c’est précisément ce que ne comprend pas le Parti Socialiste. Olivier Besancenot est un « passeur » pour le peuple de gauche qui souhaite plus de pugnacité, plus d’inventivité et, fondamentalement, plus d’accompagnement dans les combats multiples ayant trait au progrès social et à l’égalité des droits. Cela ne signifie pas que la « gauchisation » systématique du discours du PS lui redonnerait plus de crédit. Ce que l’on reproche à ce parti, c’est d’abord de ne plus ressembler du tout à celles et ceux pour lesquelles il est censé être fait.
Dès lors, le meilleur riposte possible du PS à Olivier Besancenot serait de reprendre pied dans la vie réelle des combats et des luttes de ceux qui souffrent, avec des figures incarnant une proximité avec la France réelle. Etre proche des gens ne signifie pas nécessairement partager toutes leurs revendications. Mais c’est une condition nécessaire, dans une société minée par la crise de défiance à l’égard des élites, pour être écouté.

 

DO : Un dirigeant de la LCR apprécié par une large majorité de Français : n’est-ce pas au final nuisible pour un parti qui conçoit traditionnellement la transgression et la radicalité comme stratégie éléctorale ?

DP : C’est toute la contradiction dans laquelle est enfermé Olivier Besancenot. Au fond, il est un produit parfait des institutions de la V° République qui, avec l’élection présidentielle au suffrage universel à deux tours, et l’inversion du calendrier électoral (les législatives étant désormais consécutives), fait du premier tour de la présidentielle un sondage d’opinion grandeur réelle. Il a profité, en 2002 et en 2007, de ce système qui en a fait une figure politique désormais indiscutable. Son talent propre et les fondements qui expliquent la montée d’un vote protestataire de gauche, en France comme en Europe, sont des facteurs également porteurs.
Cela étant, le porte-parole de la LCR prétend participer à la création d’un Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) qui fera de « l’indépendance » vis-à-vis des institutions – une figure ancienne du gauchisme politique – la pierre angulaire de son programme. Un bon test de sa capacité à dépasser, ou non, cette contradiction sera l’importance donnée par son parti au scrutin européen de juin prochain et, en même temps, la manière de constituer ses listes. Sans Besancenot, le NPA aura moins d’impact électoral. Avec lui, il peut éventuellement espérer des élus au Parlement Européen. Mais le jour où Besancenot est élu député européen, il perd d’un coup beaucoup d’attributs positifs attachés à son style politique.

 

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