Cécile Cornudet « Hollande tient le bon discours… mais l’entend-on ? »

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Cécile Cornudet

Editorialiste pour Les Echos

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Campagne électorale, affaire Gayet, virage de l’exécutif. 2014 débute tambours battants. Pour y voir plus clair et décrypter cette rentrée pas comme les autres, Délits d’Opinion a rencontré Cécile Cornudet, éditorialiste aux Echos.

Délits d’Opinion : Dans quelle mesure l’affaire Gayet va-t-elle marquer François Hollande pour la fin du quinquennat ? Qu’est ce que l’opinion va en retenir à moyen et long terme ?

Cécile Cornudet : « Il y a fort à parier que l’opinion va davantage juger la manière dont le Président gère cette séquence que l’acte lui-même. On a pu noter une certaine dureté lors de sa conférence de presse. Elle s’est confirmée ce weekend. « J ai décidé de mettre fin à la vie commune » : il assume que la décision vienne de lui et de lui seul. Cette attitude peut être à double tranchant. Va-t-on lui reconnaitre une capacité à rester dans sa fonction de Président sans se laisser déstabiliser ? Ou bien verra-t-il son image de « gentil et sympathique » abimée? Ce n’est pas un détail. Jusqu’à ce jour François Hollande a toujours pu jouir d’une bonne image en tant que personne. Or les sondages commencent a faire apparaitre des risques : il apparaît depuis peu moins « sympathique » qu’il ne l’était, moins « proche des préoccupations » des Français ».

Délits d’Opinion : Le virage  social-démocrate annoncé par le Président est-il au fond plus en ligne avec l’opinion personnelle de François Hollande ?

Cécile Cornudet : « François Hollande est un pur produit de la social-démocratie. Lorsqu’il donnait des cours à Science Po avec Pierre Moscovici dans les années 80, ceux-ci étaient des cours de social-démocratie. Au cours de la primaire socialiste de 2011 il avait d’ailleurs bâtit son succès sur le redressement des comptes du pays ; une promesse pas franchement habituelle pour un candidat de gauche. Profondément il reconnait le besoin de travailler avec le monde de l’entreprise et son récent discours lui a permis de se rapprocher de ses propres convictions.

S’il n a pas joué cette partition pendant les premiers 18 mois, c’est parce qu’il pensait que sa majorité ne le suivrait pas. Il a cherché à faire de la social-démocratie sans le dire, à réformer un peu en contrebande. Mais il a, ce faisant, entretenu un flou qui n’a satisfait personne et qui a paralysé les acteurs économiques. Être lisible et donc recréer la confiance de ces acteurs économiques : tel est son objectif aujourd’hui.

Est ce que cela peut marcher ? C’est LA question qui se pose désormais. Le diagnostic fait par François Hollande est le bon, il dit aux entreprises ce qu’elles veulent entendre et fait ce qu’elles attendent, mais vont elles le croire lui ? Ce vrai faux tournant n’intervient il pas trop tard ? C’est la question cruciale des prochains mois. François Hollande parle juste mais l’entend-on ? Je n’ai pas la réponse ».

Délits d’Opinion : Les élections municipales peuvent-elles sourire au gouvernement  ? A quand le début des mouvements au gouvernement ?

Cécile Cornudet : « Il est encore trop tôt pour augurer de ce que sera le scrutin municipal qui se déroulera dans 60 jours. Dans le passé, aucun sondage n’a prévu aussi tôt avant le scrutin ce qui allait se passer. La vraie question est  celle de la mobilisation des électeurs. Compte tenu de la défiance vis-à-vis du pouvoir et de l’impopularité de François Hollande, j’ai du mal à imaginer qu’il n y aura pas de vote sanction contre le gouvernement. Quant à l’effet possible du récent discours de Hollande sur son électorat on peut imaginer qu’il sera davantage démobilisateur. Mais il y a deux tours, et le risque de triangulaires avec le FN sera un sérieux problème pour l’UMP.

Sur la question du possible remaniement je reste persuadée que le Président voudra conserver le plus longtemps possible son Premier Ministre. Tout d’abord parce qu’il ne conçoit pas de gros remaniement plus d’une fois sur le quinquennat mais aussi parce que sa récente reprise en main des  dossiers économiques le pousse à conserver à Matignon un fidèle lieutenant. Peut-il garder Jean-Marc Ayrault cinq ans ? Je ne le pense pas non plus. Ses proches considèrent en général que Sarkozy a fait une erreur en gardant Fillon pendant tout son quinquennat. François Hollande pourrait ainsi être tenté d’attendre le lendemain des  régionales au printemps 2015 pour engager la phase de conquête vers 2017.

La question de son équipe élyséenne se pose en revanche. Le message de la conférence de presse aux ministres me semble être celui-ci : le lieu d’arbitrage désormais se trouve a l’Elysée, plus à Matignon. En arrivant au pouvoir en 2012 il avait une conception plus équilibrée du partage des rôles avec Matignon et avait choisi pour l’Elysée des conseillers solides mais peu politiques. Ce profil là est-il adapté à cette nouvelle phase ? »

Délits d’Opinion : Quelle serait la bonne stratégie pour François Hollande par rapport à Manuel Valls et sa popularité ? Comment faire pour ne pas en faire un « ennemi de l’intérieur » dans la perspective de 2017 ?

Cécile Cornudet : « On dit souvent que pour épuiser un rival interne il faut le mettre à Matignon. C’est ce qu’avait fait François Mitterrand avec Michel Rocard. Mais si cet « ennemi » est trop populaire, cette stratégie peut avoir l’effet inverse et devenir une rampe de lancement. Je pense que c est parce qu’il reste très haut dans les sondages que Manuel Valls a vocation a rester quelque temps a l’Intérieur. C est un ministère ou l’on peut s’user.

Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs tout fait pour s’en sortir en allant à Bercy. Et d’ailleurs, Manuel Valls traverse actuellement une sorte de faux plat. Ce ministère est idéal pour construire une popularité : on va sur le terrain, on montre de l’autorité à une période où les Français en demandent. Mais au bout d’un moment il est un peu dangereux : on s’aperçoit qu’il est très difficile d’y obtenir des résultats. Et si François Hollande tentait de piéger Manuel Valls en l’y laissant ? »

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