Bernard Sananès « Les Français vont sanctionner une Union Européenne qui ne les protège plus »

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Au terme d’une campagne discrète et morose, les Français sont appelés aux urnes dimanche 25 mai. Annoncé comme un scrutin catastrophique sur le plan de la participation, il pourrait également confirmer la percée des partis anti-européens. A 36h de l’ouverture des bureaux de vote, Bernard Sananès, Président de l’Institut CSA  a répondu aux questions de Délits d’Opinion et décrypte les enjeux de cette élection.

Délits d’Opinion : Le scrutin de dimanche devrait être marqué par une abstention record. Quels sont les principaux facteurs qui peuvent expliquer ce renoncement démocratique ? Un sursaut est-il envisageable?

Bernard Sananès : « On pourrait, en effet, battre dimanche soir un record d’abstention pour une élection européenne. La participation pourrait même chuter au-dessous de la barre symbolique des 40% d’inscrits. Une situation qui marquerait une nouvelle fois la défiance vis-à-vis des institutions européennes mais aussi vis-à-vis de la politique en général. Ce constat est particulièrement fort chez les jeunes.

L’intérêt médiatique croissant récent pour le scrutin pourrait avoir un effet mobilisateur que l’on mesure légèrement dans nos enquêtes ces derniers jours. Pour autant nous n’avons pas identifié de signe fort en capacité de provoquer un rebond sensible de la participation pour ce scrutin qui se déroule, faut-il le rappeler, sur un seul tour  dans des grandes circonscriptions qui n’ont pas de réalité géographique pour les électeurs.

Délits d’Opinion : Les partis anti-européens devraient marquer de leur empreinte ce scrutin. Est-ce du à un affaiblissement pur et simple de l’idée européenne ou davantage à une démobilisation de l’électorat pro-européen ?

Bernard Sananès : « Les études démontrent qu’aux yeux des Français l’argument selon lequel « on est plus fort à plusieurs » fonctionne encore. Cependant les Français ont le sentiment que la construction européenne a perdu de sa force. Avec le temps l’UE semble de plus en plus éloignée des préoccupations concitoyens et incapable d’assurer sa mission première de protection. Si l’Union européenne permet de garantir la paix, elle ne semble pas en mesure de protéger contre la crise, le chômage, la concurrence étrangère et l’immigration illégale.

On retiendra également que les dernières enquêtes semblent indiquer un niveau de mobilisation fort au sein de l’électorat anti-européen, le FN en tête. Un constat qui laisse présager un progrès important de ces forces politiques opposées à l’idée même d’Union européenne. A l’inverse, les électeurs EELV et UDI-Modem, très europhiles, sont plus incertains comme c’est traditionnellement le cas

Délits d’Opinion : Le parti Socialiste devrait enregistrerun score historiquement bas. Comment

Bernard Sananès : « Deux mois de Valls ne peuvent effacer dans l’opinion deux ans de Hollande. Le PS cumule plusieurs handicaps. Au-delà de la faiblesse de la dynamique pro-européenne,il doit également faire face à deux phénomènes :

• La démobilisation de son propre électorat qui lui a déjà valu la déroute aux élections municipales : 53% des électeurs de François Hollande (2e tour / 2012) déclarent qu’ils ne se rendront pas aux urnes dimanche.

• La dispersion à gauche qui a toujours pénalisé le PS au scrutin européen mais qui semble encore une fois très fort cette fois-ci avec un Front de gauche en progrès ».

Délits d’Opinion : Cette élection peut-elle permettre à l’UMP de confirmer le rebond constaté aux municipales. Les querelles récentes seront-elles durables au sein du parti ?

Bernard Sananès : « A l’heure où nous parlons (vendredi soir) les jeux ne sont pas encore faits entre l’UMP et le FN. Nous sommes dans la marge d’erreur. Si le Front national a bénéficié d’une bonne dynamique pendant la campagne, l’écart avec l’UMP s’est resserré. Si l’UMP était devancé par le FN ce serait alors bien évidemment une défaite pour l’UMP qui verrait son rôle de principal parti d’opposition contesté.

A quelques heures du vote les enquêtes font état d’un électorat UMP sensiblement moins mobilisé que lors des municipales mais surtout une partie non négligeable de ces électeurs semblerait en passe de franchir le pas en portant ses suffrages sur les listes du Front national. Ce scrutin pourrait révéler un FN dont la présence territoriale va s’homogénéiser .Enfin il est important de garder à l’esprit que si les divisions internes à l’UMP n’ont rien de nouveau elles auront joué contre le parti dans un contexte très différent de celui de 2009 ou l’UMP était porté par la présidence française de l’Union européenne».

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