Baromètre Harris Interactive/Délits d’Opinion : Valls paye pour Hollande ?

Baromètre Harris Interactive/Délits d’Opinion : Valls paye pour Hollande ?

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Jean-Daniel Levy

Directeur du Département Politique & Opinion de l’Institut Harris Interactive

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Vote de confiance, affaire Thévenoud, intervention en Irak, retour de Sarkozy… : baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion en main, Jean-Daniel Lévy, directeur du pôle Politique-Opinion d’Harris Interactive, décrypte l’actualité du mois.

1. Délits d’Opinion : Manuel Valls gagne un point dans le dernier baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion, enrayant une chute continue depuis le mois de mai. Cette évolution positive peut-elle être le début d’une reconquête de l’opinion ?

Jean-Daniel Lévy : On ne peut aller jusque là. La baisse est continue depuis mai et il s’agit de la première stabilisation. Cette – légère – évolution s’inscrit dans un contexte de « reprise en main », par le Premier ministre, de son gouvernement : remaniement, discours de politique général, vote de confiance lui ont permis d’être au centre du jeu. Elle masque deux évolutions notables : forte baisse de la confiance des personnes de catégories populaires, hausse chez les personnes âgées de 50 ans et plus. Politiquement, les courbes de confiance des sympathisants UMP et Front de Gauche, sans se croiser, se rapprochent : 20% chez les premiers, 28% parmi les seconds. Le positionnement clairement affiché et réaffirmé du Premier ministre semble entendu, également, en fonction de l’orientation politique des personnes interrogées.

En ces temps où l’actualité politique ne se stabilise pas et au cours de laquelle un événement chasse l’autre, observons qu’il n’est pas tellement fait référence, spontanément aux départs du gouvernement (Arnaud Montebourg, Benoît Hamon , Aurélie Filippetti, Thomas Thévenoud…). Relevons la part importante (un peu moins que le mois dernier mais substantielle malgré tout) de références négatives à François Hollande pour justifier l’absence de confiance en Manuel Valls. Un quart des personnes n’accordant pas leur confiance au Premier ministre parlent du Président, ce qui s’illustre dans ces citations : « Il n’est que Premier ministre et est obligé de se plier au Président », « Il est trop à l’écoute du chef de l’Etat, ne sait pas ou ne veut pas aller contre le Président », « Il est dans la même ligne que le Président… ».

2. Délits d’Opinion : Pour le second mois, on constate une stabilisation de la cote de popularité de Manuel Valls auprès des catégories supérieures, alors qu’il continue de plonger parmi les catégories populaires. Le Premier ministre paye t-il pour l’orientation sociale-libérale assumée encore clairement lors du vote de confiance ? Et la suppression de la première tranche n’a t elle pas eu l’effet escompté?

Jean-Daniel Lévy : Analysons ce que disent les catégories populaires n’ayant pas confiance en Manuel Valls. Les remontrances les plus nettes se cristallisent autour de François Hollande. Et ne pas avoir confiance dans le Premier ministre est déjà lié à l’absence de confiance exprimée à l’égard du Président.

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Ajoutons, et en ces moments de critiques à l’égard du politique cela apparait essentiel, un doute (pour ne pas dire plus) sur la capacité du Premier ministre à comprendre la « vraie » vie des Français : « Il fonce sans prendre conscience des réelles difficultés des Français », « Bien loin des préoccupations des Français »…

On ne trouve aucune mention de la suppression de la première tranche. Rappelons, déjà, que l’annonce a fait l’objet d’une communication en plusieurs temps, ne rendant peut-être pas directement appropriable la mesure. Ajoutons que les effets de celle-ci ont été discutés dans les médias et qu’un doute a pu apparaitre de la part d’experts quant à ses effets. Ajoutons également deux points : tout d’abord, ce n’est pas parce qu’une mesure est annoncée qu’elle produit immédiatement ses effets en matière d’opinion. Ainsi l’annonce par Jean-Marc Ayrault du non impact pour 9 Français sur 10 des hausses d’impôts n’a pas été jugée crédible par une grande majorité de Français. Ensuite, les électeurs – même ceux aux revenus les plus modestes – ne jugent pas de l’action politique qu’au regard de leur situation personnelle.

3. Délits d’Opinion : Laurent Fabius qui gagne 4 points, Jean-Yves Le Drian qui prend 3 points, Bernard Cazeneuve qui progresse également de 4 points : le climat international anxiogène et les menaces terroristes qui pèsent sur la France expliquent-ils ces évolutions ?

Jean-Daniel Lévy : Il l’explique assez nettement. N’oublions pas que Laurent Fabius comme Jean-Yves Le Drian sont depuis de nombreux mois les membres du gouvernement suscitant la plus grande confiance. Les activités régaliennes qu’ils portent les aident en cela. Cela nous renseigne, d’ailleurs, sur les ressorts de la confiance en France, ne se structurant pas uniquement autour de l’efficacité. Bernard Cazeneuve progresse également dans ce contexte là. Peut-être est-il aujourd’hui plus perçu en tant que Ministre de l’intérieur.

Dans un pays parfois décrit comme phallocrate et n’accordant sa confiance qu’aux personnes expérimentées, relevons que parmi les cinq ministres en « tête », trois sont des femmes et deux (Fleur Pellerin et Najat Vallaud-Belkacem) sont relativement jeunes. Cette dernière pâtit cependant du changement de ministère. Si la confiance croit parmi les sympathisants socialistes (79%, +3), elle baisse ailleurs pour se trouver à un niveau faible chez ceux de l’UMP (9%, -7).

4. Délits d’Opinion : Comment expliquer que François Hollande, commandant en chef des armées, ne bénéficie pas également du climat international pour fédérer ?

Jean-Daniel Lévy : François Hollande a pu, une fois, bénéficier de l’effet « chef des armées ». Après l’intervention au Mali. Depuis ce n’est plus le cas. Le chef de l’Etat ne parvient plus, depuis quelques mois, à montrer qu’il dirige le pays. Et les interventions armées ne sont pas mises à son crédit et – à tout le moins – ne le distinguent pas d’autres responsables politiques. Observons ainsi que la conférence internationale sur l’Etat islamique qui s’est déroulée à Paris n’a pas eu d’impact politique important. Alors même qu’il n’allait pas de soi que celle-ci se déroule en France. La perte des attributs présidentiels identifiée depuis plusieurs mois touche également François Hollande lorsqu’il est question de la projection de nos forces par delà nos frontières.

5. Délits d’Opinion : A la lumière de l’enquête, peut-on parler d’un retour gagnant de Sarkozy ?

Jean-Daniel Lévy : Deux optiques peuvent être développées :

1. Avec 4 points de moins de confiance (y compris chez les sympathisants UMP), on ne peut pas tout à fait dire que Nicolas Sarkozy a marqué positivement les Français. Qui plus est les regards positifs ne s’élèvent qu’à 32% à l’UDI et 35% au Front National.

2. Cependant Nicolas Sarkozy reste la personnalité à qui les sympathisants UMP font le plus confiance (86% contre 79% pour Alain Juppé par exemple)… et on peut considérer que l’objectif de l’ancien Président, jusqu’à l’échéance du prochain congrès de la principale formation politique de Droite, est de solidifier son cœur électoral.

Enquête réalisée en ligne du 23 au 25 septembre 2014. Echantillon de 1004 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, à partir de l’access panel Harris Interactive. Méthode des quotas et redressement appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).

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