Baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion : sympathisants de Gauche et exécutif : le désamour ?

Baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion : sympathisants de Gauche et exécutif : le désamour ?

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Jean-Daniel Levy

Directeur du Département Politique & Opinion de l’Institut Harris Interactive

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En ce début d’année, le baromètre Harris Interactive pour Délits d’Opinion témoigne d’une nouvelle baisse notable de l’exécutif, notamment parmi les sympathisants de Gauche. François Hollande perd 3 points à 24% tandis que son Premier ministre chute également de 3 points à 32%. Décryptage de cette baisse ainsi que de la situation à Droite dans la perspective de la primaire avec  Jean-Daniel Lévy.

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Délits d’Opinion : Quelles sont les raisons qui peuvent expliquer que le couple exécutif perd des soutiens à Gauche ?

Jean-Daniel Lévy : Rappelons que l’enquête a été réalisée alors qu’un peu moins de la moitié des interviewé apprenaient la démission de Christiane Taubira. 24% des Français accordent leur confiance à François Hollande, 32% à Manuel Valls. Tous deux sont en baisse de 3 points par rapport à la vague d’enquête de fin décembre. Ce qui est indéniable, c’est que l’effet post-attentats ne se repère plus dans les réponses : le Premier ministre se situe à un niveau inférieur de 2 points à octobre dernier et le Président de la République au même niveau. La confiance en François Hollande baisse de 9 points au cours du dernier mois chez les sympathisants PS (73%), celle envers Manuel Valls de la même proportion (71%). Chez ce dernier il s’agit du plus bas niveau jamais atteint.

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Les sympathisants de Gauche critiques mettent en avant les promesses non tenues ainsi que la politique menée (un positionnement jugé trop à Droite, une déception sur le plan économique, l’absence perçue de constance). D’une manière générale, on peut voir l’absence de fierté d’avoir des dirigeants politiques de Gauche. A titre illustratif, observons que les Français à Gauche ne mobilisent pas d’arguments marquant leur satisfaction. Et sont plus descriptifs que « passionnés ». On ne peut exclure que les débats sur la déchéance de la nationalité produisent des effets auprès de cette population. Si cette thématique ne ressort pas en tant que telle, nous avons souvent vu que les débats au sein de la Gauche – et a fortiori – du PS nuisent à l’appréciation de l’exécutif. Il n’est pas impossible non plus que le débat croissant portant sur la primaire à Gauche affaiblisse Président et Premier ministre.

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Délits d’Opinion : Dans ce climat, quels sont les Ministres dont la cote de confiance se maintient et ceux dont la cote de confiance souffre ? Est-ce lié à leur portefeuille, à leur positionnement ou à leur personnalité ?

Jean-Daniel Lévy : Aucun Ministre ne progresse ce mois-ci. Observons une forme de prime aux ministres régaliens. Ce n’est pas sans raison que le Ministre de la Défense et celui de l’Intérieur recueillent la confiance d’un Français sur deux. Ce n’est pas sans raison que Laurent Fabius se situe en troisième position. On peut voir des effets de prises de parole ou des effets d’actualité. La prise de parole de Emmanuel Macron comparant la situation des patrons et des salariés a joué défavorablement. Le Ministre perd trois points (tout en restant à un niveau comparativement confortable, 46%) surtout chez les personnes âgées de 50-64 ans (-7 points), les membres des catégories supérieures (-9 points), les salariés du public (-12 points)  et les sympathisants de Gauche (-10 points). On peut également remarquer que les tensions dans le monde agricole ont eu un impact sur l’appréciation du Ministre de l’agriculture (-5 points, 23% de confiance pour Stéphane Le Foll).

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Délits d’Opinion : Quels sont, à Droite, les socles de confiance des candidats déclarés ou potentiels à la primaire de Droite ?

Jean-Daniel Lévy : Plusieurs regards sont à apporter : le premier au sein des Français. Alain Juppé recueille la confiance de 51% des interviewés. Il s’agit de la seule personne voyant plus d’une personne sur deux répondre positivement à l’évocation de son nom. François Fillon a la confiance de 30% des Français, Bruno Lemaire de 28%, Nathalie Kosciusko-Morizet de 25% et Nicolas Sarkozy de 22%. Parmi les différentes personnalités testées, seul le Président des « Républicains » voit la confiance à son encontre légèrement progresser ce mois-ci. Si l’on regarde les proches du Centre et de la Droite, on peut remarquer une hiérarchie inchangée hormis les deux derniers : Nicolas Sarkozy passant « devant » Nathalie Kosciusko-Morizet. On observera que, contre intuitivement, 35% des sympathisants FN accordent leur confiance à Alain Juppé. Et il s’agit de la personnalité Les Républicains la plus appréciée en la matière. Nicolas Sarkozy ne suscite l’adhésion que de 20% de cette frange de population.

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Au sein du cœur de l’électorat, 72% des sympathisants « Les Républicains » accordent leur confiance à Alain Juppé, presque la même proportion (71%) à Nicolas Sarkozy, 59% à François Fillon, 56% à Bruno Lemaire et 46% à Nathalie Kosciusko-Morizet. On le voit, plus on ressert l’échantillon investigué, plus Nicolas Sarkozy progresse dans la hiérarchie. On le voit également, le Président des « Républicains » progresse auprès de ces sympathisants de 7 points par rapport à décembre dernier. Il s’agit probablement d’un effet de sa présence médiatique nette accompagnant la sortie de son ouvrage.

N’oublions pas qu’il existe une différence entre opinion, confiance et vote. Et qu’en l’espèce, nous n’avons pas posé une question sur la primaire en tant que telle mais une confiance pour « faire des propositions qui vont dans le bon sens ». Et le vote ne s’inscrit pas que dans ce registre.

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