Le net rebond de Hollande

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Jean-Daniel Levy

Directeur du Département Politique & Opinion de l’Institut Harris Interactive

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En cette fin d’année, François Hollande connait une embellie très notable, à 25% de confiance, soit une progression de 7 points. Manuel Valls voit également sa cote de popularité progresser de 5 points à 38% . Retour avec Jean-Daniel Lévy, directeur du pole politique et opinion d’Harris Interactive,  sur les fondements de cette évolution favorable, ainsi que la situation à droite.

Délits d’Opinion : François Hollande et Manuel Valls connaissent une embellie assez impressionnante dans cette enquête avec des progressions respectives de 7 et 5 points. Comment expliquer ces chiffres alors que les résultats économiques, en particulier sur le front du chômage, demeurent très préoccupants ?

Jean-Daniel Lévy : Probablement parce qu’il n’existe pas de lien mécanique entre données objectives et représentations subjectives des individus. Alors même que les Français placent le chômage en tête des priorités assignées à l’exécutif, alors même que les critiques sont toujours vives concernant l’efficacité de l’action du gouvernement et du Président de la République, le jugement à leur égard peut évoluer positivement. Il nous faut replacer le regard des Français dans un double contexte. Celui de l’élection présidentielle d’un côté, du jugement récent à l’égard du Président de l’autre. François Hollande a été élu pour des raisons diverses (rejet de Nicolas Sarkozy, attente d’une politique empreinte de justice et d’égalité, aspiration à une forme de changement…) mais sans susciter de profond espoir. Au cours de la période récente, les « couacs » participaient fortement de la décrédibilisation du Président. Ou, à tout le moins, de sa parole. Il s’avère que la parole est apparue plus « fluide », plus appropriable par les Français au cours des dernières semaines et que les affrontements au sein du gouvernement, ont été moins perçus par les Français. Ces deux éléments participent de l’explication de la remontée du couple exécutif. Ainsi, les personnes lui accordant leur confiance soulignent sa « constance », son « opiniâtreté », sa « persévérance », le « cap » qu’il continue de poursuivre, sa capacité à « ne pas se laisser  influencer  malgré la pression que tout le monde lui impose (journalistes, population, entourage….) » ou encore malgré les risques d’impopularité. Rappelons que ce n’est pas la première fois que cela se produit. Souvenons-nous, pour ne pas remonter trop en arrière, de la remontée dans « l’opinion » de Nicolas Sarkozy, après la présidence française de l’Union Européenne, alors même que les effets de la chute de Lehman Brothers se faisaient ressentir en France.

Ajoutons une hypothèse : François Hollande redevient François Hollande. C’est-à-dire le personnage politique que les Français connaissent depuis longtemps. Et qui avait disparu. Une personne affable, proche des gens et sympathique. Les effets de sa communication se feraient ainsi ressentir. Notons, pour finir, que la confiance – même si elle progresse – reste faible.

 Délits d’Opinion : Les ministres profitent-ils également de cette embellie, et quels sont dorénavant les maillons forts du gouvernement ?

Jean-Daniel Lévy : Comme depuis longtemps, les ministres régaliens : Laurent Fabius (46%, + 2 points ce mois-ci), Jean-Yves Le Drian (41%, + 2), Christiane Taubira (34%, + 2) et Bernard Cazeneuve (34%, + 6). Chez ces deux derniers, relevons l’évolution nette depuis mars dernier. La Ministre de la Justice recueillait la confiance de 28% des Français, celui de l’Intérieur d’un quart d’entre eux.

Autre « maillon fort » du gouvernement : Emmanuel Macron. Ici ce n’est pas tant la fonction que l’homme qui est jugé. En dépit des critiques formulées à l’encontre de sa loi pour l’activité, jugée par certains à Gauche comme trop libérale, il suscite une forme de confiance majoritaire dans cette famille politique (54%). Nous pouvons identifier un regard porté sur les différentes initiatives lancées par le Ministre de l’Economie. Pas uniquement sur le fond mais déjà sur le simple fait qu’il propose et qu’il porte un certain nombre d’initiatives donnant à voir que le politique peut avoir une influence sur l’économie.

Délits d’Opinion : Si l’on s’intéresse maintenant à l’UMP et aux principaux prétendants à la primaire, quels candidats finissent l’année sur une bonne dynamique ? Et François Fillon est-il le grand perdant de 2014 ?

 

Jean-Daniel Lévy : A la fin décembre, Alain Juppé est le candidat déclaré à la primaire bénéficiant du niveau de confiance le plus fort à Droite (72%), assez nettement devant Nicolas Sarkozy (49%), François Fillon (48%) et Xavier Bertrand (41%). Bruno Le Maire, non-officiellement candidat, dispose de la confiance de 51% des sympathisants de Droite. Seul Bruno Le Maire connaît au cours des six derniers mois une dynamique positive, avec une cote de confiance stable à Droite depuis trois mois à 51% contre 45% en août dernier. Tous les autres candidats subissent parmi les sympathisants de Droite une érosion de leur confiance, plus ou moins marquée : Alain Juppé finit l’année à 72% de taux de confiance, contre 82% en octobre dernier ; Nicolas Sarkozy à 49%, soit une baisse continue depuis août dernier où il recueillait 74% de confiance ; François Fillon à 48% contre 63% à la rentrée de septembre ; et Xavier Bertrand à 41% contre 50% cet été. Les évolutions sont assez semblables au sein de l’UMP, même si Nicolas Sarkozy maintient davantage son socle de confiance (80% contre 90% en août), quand sur la même période, Alain Juppé recule de 12 points et François Fillon de 11 points. Bruno Le Maire voit quant à lui croitre sa courbe de confiance de 10 points dans le même laps de temps auprès des sympathisants de cette formation politique.

Si l’on élargit la focale et qu’on analyse les évolutions au cours de ces six derniers mois auprès de l’ensemble des Français, Alain Juppé (+3 points), Bruno Le Maire (+3) ont plus profité de la séquence que François Fillon (-4), Nicolas Sarkozy (-6) ou encore Xavier Bertrand (-2). La situation de François Fillon est particulière. Après la présidentielle de 2012, il apparaissait – aux yeux des Français comme des sympathisants de Droite – être le candidat « naturel » à la présidentielle de 2017. La bataille pour la présidence de l’UMP où il affichait deux positions, une considérée comme tactique (voter pour le candidat le moins sectaire lorsqu’il s’agit au deuxième tour d’un duel FN/Gauche), et l’autre programmatique (plan d’économie drastique proposé alors même qu’il était vu comme un gaulliste social) ont troublé une partie des sympathisants même de son camp. Aujourd’hui il peine à convaincre – au-delà de ses soutiens – sur la sincérité de son propos. Aujourd’hui.

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