Baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion : coup de mou chez les retraités

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Jean-Daniel Levy

Directeur du Département Politique & Opinion de l’Institut Harris Interactive

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Délits d’Opinion : 3 points de moins ce mois-ci pour Emmanuel Macron (47%), – 1 pour Edouard Philippe (45%). Une catégorie de population « décroche » t-elle plus qu’une autre ?

Jean-Daniel Lévy : Oui. Une catégorie générationnelle. Celle des personnes âgées de 50 ans et plus : – 3 points (42%) chez les personnes âgées de 50 à 64 ans, – 7 chez celles de 65 ans et plus (47%), les baisses sont sévères pour le Président. Les évolutions sont assez proches lorsqu’on les interroge sur le Premier ministre. S’il devait y avoir un mot, trois lettres en l’occurrence, explicatif ce serait « CSG ». Avec l’idée diffuse et souvent verbalisée que, derrière les « gros chantiers », se dessinerait une action réduisant le pouvoir d’achat des retraités. Et ce alors même que rien, à leurs yeux, ne le laissait présager dans le programme présidentiel. Rappelons, pour mémoire, que les personnes âgées de 65 ans et plus ont représenté 24% des électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour. Ces évolutions sont d’autant plus notables que pour la première fois, les termes « promesses non tenues » apparaissent du côté des détracteurs alors que, jusqu’à présent, on reconnaissait – même si l’on n’était pas enthousiaste – la cohérence entre les discours pré-électoraux et les actions entreprises une fois aux responsabilités.

Délits d’Opinion : Observe-t-on des évolutions notables selon la proximité politique ?

Jean-Daniel Lévy : Absolument. Les proches du PS sont plus critiques à l’égard du Président que par le passé. Emmanuel Macron perd 12 points chez les sympathisants socialistes (41%), Edouard Philippe 9 points (41% également). D’une manière générale, l’évolution de cette frange de population est notable et se concentre sur quelques personnalités. – 25 pour Gérard Collomb (et l’on pense inévitablement à la politique migratoire qu’il incarne), – 19 pour Agnès Buzyn (suite aux annonces de fin du remboursement des médicaments « anti-alzheimer »), – 18 pour Benjamin Griveaux (après qu’il a porté la polémique avec Anne Hidalgo concernant les camps de migrants à Paris), – 17 pour Bruno Le Maire après qu’il a parlé de la baisse potentielle des aides sociales, – 15 pour Stéphane Travert (suite au vote dimanche dernier de la Loi Agriculture et Alimentation et notamment de certaines mesures emblématiques comme la fin du glyphosate). Côté éducation : -14 pour Frédérique Vidal, -12 pour Jean-Michel Blanquert dans un contexte où les débuts de Parcoursup et les déboires de certains lycéens ont été fortement relayés. Il n’est pas question uniquement de dimensions économiques en l’espèce mais de système de valeurs reflétées par les politiques publiques déployées.

Délits d’Opinion : L’opposition, les oppositions, ont-elles de quoi se réjouir ?

Jean-Daniel Lévy : Pas vraiment. Après la manifestation présentée initialement comme une marée populaire et médiatiquement traitée comme un échec, Jean-Luc Mélenchon baisse d’un point (23%), Olivier Besancenot d’autant (25%). Surtout le fondateur de la France Insoumise perd 7 points auprès des sympathisants de « sa » formation politique (77% de confiance) et Olivier Besancenot 15 points auprès de ces mêmes personnes (56%). De son côté Pierre Laurent reste assez loin (12% chez les Français mais souffrant d’un déficit de notoriété). Laurent Wauquiez (16%), Marine Le Pen (19%), devancée par Marion Maréchal-Le Pen (22%, +1 ; en hausse de 5 points depuis février), et Olivier Faure (13%), encore peu connu, restent à un niveau faible. De son côté Nicolas Dupont-Aignan progresse de 2 points (20%) et, surtout, bénéficie de la confiance de plus de quatre sympathisants du Front National sur dix (42%).

Nous sommes donc dans ce contexte où la confiance dans l’exécutif baisse, sans que l’opposition ne semble en profiter. Quoi qu’il en soit, la gauche semble – au moins momentanément – réagir et être sensible aux évènements politiques récents. Sans pour autant porter au pinacle un autre acteur.

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