«Aubry et Hollande : les nouveaux favoris de 2012»

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Gaël Sliman

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Directeur général associé et Directeur du pôle Opinion de l'institut BVA

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Dans six mois tous les candidats seront connus et se présenteront sur la ligne de départ de l’élection présidentielle de 2012. Si certains partis ont déjà fait leur choix, le PS devrait arrêter dans les prochains jours la liste des candidats à la primaire. Avant une pause estivale, Délits d’Opinion est allé à la rencontre de Gaël Sliman, Directeur général adjoint de BVA et directeur du pôle Opinion, pour faire un état des forces en présence après la cataclysme du DSK-gate.

 

Délits d’Opinion : Selon votre étude, Dominique Strauss-Kahn obtiendrait le 3e score de la primaire socialiste s’il décidait de se présenter. Pensez-vous qu’il existe chez les sympathisants socialistes encore le souhait  de voir DSK renaitre de ses cendres ?

Gaël Sliman : « Même si  l’hypothèse Strauss-Kahn peut sembler  incongrue, il nous semblait nécessaire de la tester dans la mesure où bon nombre de médias et de commentateurs s’interrogeaient sur ce cas de figure. Le résultat de notre étude est sans appel  et permet de mettre plusieurs éléments en lumière.

Tout d’abord, l’étude confirme  la baisse de DSK : même s’il était blanchi,  la perspective  d’une victoire lors de la primaire socialiste semble s’éloigner chaque jour davantage. Celui qui écrasait tous ses concurrents avant le 14 mai doit désormais se rendre à l’évidence, les Français ont tourné la page. Cette séquence particulièrement médiatisée l’a abîmée et il accuse aujourd’hui un retard trop important face aux deux nouveaux favoris que sont François Hollande et Martine Aubry.

Dominique Strauss-Kahn est en train de vivre une mise à l’écart de la part des sympathisants socialistes. Cependant, s’il était intégralement blanchi (aux Etats-Unis et en France) alors se poserait la question d’un éventuel soutien au champion PS désigné. Assurément, cet hypothétique retour devra se faire avec modestie et distance ».

Au-delà de DSK, l’étude met également en lumière la faiblesse de Ségolène Royal, candidate socialiste malheureuse  en 2007. Aux yeux des socialistes, il n’existe donc plus que deux scenarii possibles en vue de 2012.

 

Délits d’Opinion : Rue de Solferino on se dirige donc tout droit vers un duel entre François Hollande et Martine Aubry. Ces deux candidats s’appuient-ils sur  les mêmes franges de l’électorat ?

Gaël Sliman : « Les récentes semaines ont provoqué un vrai resserrement de leur socle sociologique qui repose désormais sur des bases très proches. Les enquêtes conduites il y a quelques mois démontraient quelques spécificités en faveur de la candidature de Hollande : un soutien fort des classes moyennes, des hommes, des personnes âgées et des personnes proches du centre droit. Par effet de miroir, les femmes, les sympathisants de la gauche de la gauche et les jeunes confessaient un soutien plus important pour l’actuelle Présidente du PS.

Ce resserrement sur le plan de la sociologie politique s’est d’ailleurs fait en parallèle du rapprochement au niveau des intentions de votes. L’évolution du contexte politique et le progressif renforcement des deux camps promet donc un affrontement très violent entre l’ancien et l’actuel président du parti. En effet, la similarité au niveau du programme et des traits d’image pourrait donner lieu à une confrontation sur des éléments plus personnels ».

 

Délits d’Opinion : L’analyse du rapport de force au 1er tour met en évidence l’ascendant de la droite. Pourtant, tous les scenarii font état d’un renversement au 2nd tour. Comment expliquer ces reports de voix ?

Gaël Sliman : La situation actuelle est paradoxale car elle propose une situation paradoxale entre le premier et le second tour ; la gauche ne totalisant que 40% au 1er tour alors que ses représentants l’emporteraient dans tous les cas de figure face à Nicolas Sarkozy au 2nd tour. Ces données font la démonstration du double échec de Nicolas Sarkozy dans sa stratégie électorale : incapacité à être le candidat unique à droite et incapacité à rassembler les électeurs du centre droit qui aujourd’hui se prononcent en faveur de Jean-Louis Borloo, Dominique de Villepin ou François Bayrou. Ce double échec à un nom : l’antisarkozysme. Un sentiment qui, s’il ne peut faire gagner une élection peut sans doute la faire perdre à la famille politique de droite.

Cependant, on peut néanmoins souligner que ce rapport de force est un vivier potentiel pour la droite et Sarkozy qui pourrait, au terme d’une campagne réussie, ramener au bercail bon nombre d’électeurs du centre droit. Paradoxalement, le bon score d’un Borloo pourrait non seulement ne pas desservir le candidat Sarkozy mais lui permettre de bénéficier de réserves de voix plus importantes en vue d’un second tour face à la gauche. En effet, Jean-Louis Borloo, ancien homme fort des gouvernements Sarkozy pourrait assurer une meilleure conquête des voix du centre ».      

 

Délits d’Opinion : La forte poussée de Marien Le Pen au printemps était-elle une bulle ou l’annonce d’une  montée en puissance ?

Gaël Sliman : « L’évolution des intentions de vote en faveur de Marine Le Pen répond, selon moi, d’une même logique : la conséquence du positionnement du candidat Sarkozy. SI le socle d’un bon candidat du FN se situe à 15%, son potentiel se monte à 25% ; ce qui correspond au nombre de personnes pouvant envisager un vote FN lors de l’élection présidentielle.  

Ce qui permet d’expliquer la poussée  du FN au mois de mars tient en réalité plus de l’attitude de Nicolas Sarkozy que des prises de positions du leader frontiste. Depuis le discours de Grenoble, le candidat Sarkozy insistait sur les thématiques historiques du FN afin de priver ce parti de thèmes mobilisateurs. Ce choix s’est révélé contre-productif car en réalité, en orientant le débat sur l’immigration et l’insécurité, il a offert au FN une caisse de résonnance dont Marine Le Pen a fait bon usage. Le sillon creusé pendant six mois a provoqué un transfert quasi mécanique depuis l’UMP vers le FN.

Depuis trois mois, le Président Sarkozy a fait le choix de se positionner sur un plan macro-économique et de s’éloigner de ces thématiques  ce qui lui a permis de progresser dans les différents sondages. Ainsi, en  abordant  les questions de finance internationale, en se positionnant sur les affaires étrangères il a repris au FN les soutiens perdus au cours de l’hiver.

Ce changement sur le fond a également été marqué par un changement sur la forme qui là encore, vient en rupture du style adopté depuis plusieurs mois. En confiant à Claude Guéant la responsabilité d’aborder les sujets de prédilection du FN, il s’est mis à l’écart et a insisté sur son bilan économique en vue de 2012 ; un sujet qui constitue un des enjeux majeurs de l’élection ».  

 

Propos recueillis par Raphaël LECLERC

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