« Au PS, on est passé d’une primaire de confirmation à une primaire d’opposition »

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Ghislaine Ottenheimer

Rédacteur en chef du magazine Challenges

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Deux semaines après le tsunami médiatique causé par l’affaire DSK, le Parti Socialiste se remet lentement du traumatisme créé par la disparition de leur favori pour 2012. Desireux de ne pas laisser la droite reprendre la main, les outsiders d’hier sont désormais en première ligne, prêts à en découdre à l’occasion d’une primaire plus indécise que jamais. Pour décrypter la situation rue de Solférino, Délits d’Opinion a sollicité l’avis de Ghislaine Ottenheimer, rédacteur en chef à Challenges et responsable du service politique.

 

Délits d’Opinion : La disparition du champion des socialistes peut-elle faire craindre une démobilisation des militants et des sympathisants de gauche ?

Ghislaine Ottenheimer : Je ne pense pas que les militants et les sympathisants de gauche seront en réalité très touchés par l’affaire Strauss-Kahn. La France de gauche attend avec énormément d’impatience l’alternance et la victoire en 2012, plus de trente ans après le succès de Mitterrand. Les trois défaites consécutives depuis 1995 commencent à peser lourd pour toute une génération, ce qui devrait assurer un fort taux de mobilisation tout au long de la campagne.

En revanche, cet épisode est une mauvaise nouvelle à la marge. Et, une élection présidentielle se joue très souvent sur quelques détails. L’incident DSK c’est la chute brutale de celui qui devait transcender son camp et toute la gauche pour battre le Président Sarkozy. En devant renoncer à un an de l’élection, il a brisé son élan mais également la dynamique qu’il avait contribué à faire naître et à renforcer à gauche.  

 

Délits d’Opinion : Dans l’hypothèse ou les strauss-kahniens formaient une famille politique et idéologique, la mise à l’écart de leur chef va-t-elle conduire à sa disparition ou pensez-vous qu’une reprise de l’héritage est envisageable ?

Ghislaine Ottenheimer : Les intentions des quelques fidèles lieutenants de DSK démontrent qu’il n’y a plus de cap dans ce camp. Entre un Cambadélis tenu par le pacte de Marrakech avec Martine Aubry et des outsiders désireux de revenir dans la course comme Valls ou Moscovici, le groupe peine à conserver une homogénéité jusque là très forte. Sur un plan comptable, ces « héritiers » ne semblent pas en mesure de se positionner comme une force centrale rue de Solférino. En effet, Moscovici avoisinerait les 15% lors de la primaire (selon les récents sondages) ce qui le place bien loin de François Hollande et même de Martine Aubry. Leur combat est donc plutôt un positionnement stratégique à moyen terme en cas de défaite du PS en 2012. A leurs yeux, le réformisme devra se trouver un nouveau leader pour 2017 et ils estiment qu’il est important d’exister sur un plan politique dès 2012.

Plus globalement, cette mise à l’écart du favori socialiste semble relever de la malédiction. Une nouvelle fois, un socialiste réformiste, modéré, européen et favori des sympathisants ne pourra défendre les couleurs du principal parti de gauche à l’occasion d’une élection présidentielle. Alors que la gauche européenne se transforme, les socialistes tricolores vient donc, une nouvelle fois, de voir leur poulain refuser l’obstacle, forçant le parti à se trouver une solution alternative crédible.

 

Délits d’Opinion : Le retrait de DSK va pousser la Première Secrétaire sur le devant de la scène. Mais déjà quelques challengers reviennent dans la course. Le PS ne risque t-il pas une bataille interne destructrice ?

Ghislaine Ottenheimer : Alors que la candidature du directeur du FMI promettait un débat de fond avec au final une primaire de confirmation, celle qui s’annonce va être une primaire d’opposition ; et c’est un grand risque pour le PS. La proximité idéologique des futurs candidats ne devrait pas permettre de distinguer clairement les candidatures et va ainsi faire dévier le débat sur des questions de personnes, faisant la part belle aux rancœurs et aux haines qui peuvent exister entre tous ces leaders. Ainsi, on se demandera pourquoi Valls et Hollande qui sont les fils et poulain de Jacques Delors ne peuvent s’accorder ou pourquoi certains candidats refusent de s’aligner à quelques mois  des élections législatives qui sont cruciales. Ces divisions vont ainsi renforcer l’esprit de clans alors que le PS a besoin de l’inverse, à savoir l’union et le rassemblement ; mais là encore, certains jouent déjà le coup suivant.

 

Délits d’Opinion : Dans ce contexte, François Hollande semble émerger comme le nouveau favori des sondages. Le changement qu’il semble vouloir incarner est-il suffisant pour séduire la grande famille de gauche ?

Ghislaine Ottenheimer : La difficulté de Hollande résume tout à fait les maux du PS. Lui qui progresse dans les sondages semble être victime d’un pacte  « Tout sauf Hollande » duquel il éprouvera les plus grandes difficultés à se sortir. Si toutefois il y parvenait, il en ressortirai très fatigué et devrait alors œuvrer au rassemblement de tous les camps du PS avant de partir sur les terres du Front de Gauche et des Verts.

Sur le plan des alliances, il semble en mesure de nouer des alliances avec les Verts mais cela ne sera pas simple avec les autres familles de gauche. Cependant, ce scrutin et les tendances qui se dessineront au printemps 2012 se feront dans un contexte particulier. En effet, certains candidats comme François Hollande se sont positionnés sur des valeurs et des thématiques fortes afin d’agir de manière transversale sur l’électorat. L’ancien Premier Secrétaire se veut le candidat qui panse les plaies et qui réconforte une France maltraitée par la crise. A l’inverse, le candidat Sarkozy souhaite poursuivre son train de réforme et tentera de se positionner comme celui qui va, au terme de son second mandat, remettre la France sur le droit chemin. Ainsi, il est encore trop tôt pour évaluer l’état d’esprit qui animera les Français dans six mois.

 

Délits d’Opinion : Dans quelles mesures l’affaire DSK et le fait que les candidats socialistes aient à composer avec une base commune vont-ils renforcer le poids des valeurs et des personnes lors des primaires ?

Ghislaine Ottenheimer : Je ne pense pas que l’affaire DSK va, à elle-seule, remettre en cause la manière dont les candidats aborderont l’élection. La disparition du off, l’émergence d’Internet et des réseaux sociaux et la transformation des parcours de l’information font que la vie personnelle est scrutée encore plus qu’auparavant.

L’affaire DSK a sans doute mis fin au mythe de  « l’homme public et politique intouchable ». Désormais, et on a pu s’en rendre compte avec l’affaire Tron, certaines barrières semblent être en passe de tomber. Selon moi, l’incident DSK ne va pas influencer la manière dont la campagne va se dérouler. La gauche ne pourra pas prendre le risque d’insister sur ce point et la droite ne le fera vraisemblablement pas non plus. Sur tous les sujets, les prises de positions devront être mesurées et réfléchies, au risque de faire le tour de la toile et de déstabiliser les fragiles équilibres des formations politiques.

 

Propos recueillis par Raphaël LECLERC

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