Analyse des élections régionales, partie 1 : les enseignements pour la gauche

Analyse des élections régionales, partie 1 : les enseignements pour la gauche

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Bruno CAUTRES

Chercheur au CNRS et au CEVIPOF

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FRANCE-ELECTIONS-VOTE-REGIONAL-PARTIES-PSAprès les élections régionales, Délits d’Opinion a rencontré Bruno Cautrès, afin d’en savoir plus sur les enseignements à tirer de ce scrutin et de ses résultats.

Délits d’Opinion : Dans certaines villes comme Sarcelles, la gauche est arrivée en tête du second tour avec moins de 10% du corps électoral, celui-ci représentant à peine 30% de la population de la ville : dans quelles mesures l’abstention remet-elle en cause la victoire de la gauche lors de ces élections ?

Bruno Cautres : Les niveaux d’abstention constatés au premier comme au second tour (malgré un recul significatif lors du second tour) posent question à l’ensemble des formations politiques. Lorsque l’on rapporte les suffrages obtenus, dans d’autres élections récentes, hormis la présidentielle de 2007 qui avait fortement mobilisé, aux électeurs inscrits, on peut effectivement se poser des questions sur le niveau de soutien réel obtenu par telle ou telle formation politique. Mais cela concerne tout le monde.

L’abstention ne remet néanmoins pas en cause la victoire de la gauche qui s’est clairement dessinée. Elle pose des questions, notamment vis-à-vis des niveaux d’abstention dans certains quartiers.

Délits d’Opinion : Le PS a longtemps semblé divisé mais s’impose dans presque toutes les régions : ce succès donne-t-il à Martine Aubry une dynamique suffisante pour émerger dans l’opinion et dans son parti ?

Bruno Cautres : Il est clair que ces élections régionales marquent un tournant : Martine Aubry ancre davantage son leadership sur le PS et la gauche, et une dynamique d’union entre PS, Europe-Ecologie et le Front de gauche commence à s’affirmer. Néanmoins, la route est encore longue pour la gauche, pour le PS et pour celui ou celle qui sera son candidat en 2012.

Délits d’Opinion : Les Verts et le Front de Gauche (FG) constituent de nouveaux alliés de poids : quelles marges de manœuvres existe-t-il pour un rassemblement ? Comment la gauche peut être trouver un discours commun?

Bruno Cautres : La gauche avait plusieurs problèmes depuis le 21 avril 2002 : réussir à faire cohabiter les différentes composantes de la gauche dans l’efficacité au moment de l’élection présidentielle, décisive en France, et éviter un nouveau 21 avril 2002. L’élection présidentielle de 2007 avait démontré qu’avec une moins forte dispersion de candidatures et une candidate populaire dans l’opinion le PS pouvait à nouveau disputer fortement à la droite le poste de président de la République.

Mais restaient toujours en suspens deux autres problèmes : avec quels alliés et sur quel programme ? Pour quel projet politique en somme. Les régionales de 2010 soldent l’hypothèque Modem. Sauf retournement stratégique des uns et /ou des autres, désormais l’alliance politique avec le Modem ne paraît plus autant peser sur les débats internes et la stratégie du PS. Il y a fort à parier que le ou la candidate PS à l’élection présidentielle lancera néanmoins un appel à un vaste rassemblement d’électeurs « démocrates » au sens large.

Le Front de Gauche, comme aux élections européennes, réussit à s’ancrer dans la paysage politique français et ressource l’aile gauche de l’alliance dont le PS a tant besoin pour conquérir l’Elysée.

Quant aux écologistes, ils sortent assez nettement, avec le PS, grands gagnants de ces élections : ils constituent la troisième force politique française.

Les marges de manœuvre existent toujours en politique, il est très rare d’en être dépourvu car tous les acteurs ont à un moment donné un intérêt commun à gagner ensemble. La période qui s’ouvre va être tout à fait intéressante à suivre : l’organisation des écologistes, la date et les modalités de la primaire à gauche, autant d’éléments qui peuvent, suivant ce qui s’y passera, prolonger la dynamique victorieuse.

Délits d’Opinion : Comment interpréter l’effondrement du NPA ?

Bruno Cautres : L’émergence du Front de Gauche a sans doute enrayé les projets du NPA et d’Olivier Besancenot. Jean-Luc Mélenchon dispose à la fois d’une forte posture de gauche aux yeux de l’opinion et d’une expérience gouvernementale. Sa rupture avec le PS, l’alliance du Parti de Gauche et du PC au sein du Front de Gauche lui a permis de gagner sur les deux tableaux : fort ancrage à gauche (critique vis-à-vis de la gauche qui gouverne) et acceptation, même sous conditions et critique, d’éventuelles alliances avec la gauche de gouvernement. Cette dynamique a donc clairement repoussé le NPA dans un coin plus étroit et plus difficile de la vie politique.

Propos recueillis par Olivier

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