Zéro pointé pour les notes

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Pauline

Biographie

Diplômée de l’Ecole des Psychologues Praticiens et spécialisée en Ressources Humaines et Etudes et Recherches Marketing, Pauline travaille actuellement au sein du département Opinion d’un institut de sondage sur les thématiques Corporate et Management.

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Mercredi 17 novembre vingt personnalités remettaient en cause le système de notation à l’école primaire. Ce collectif, qui rassemble aussi bien des personnalités du monde enseignant, et de la recherche, des psychiatres, 1Y0-A17 des politiciens qu’une personnalité du monde littéraire, estime que ce système de notation participe à l’échec scolaire et à la souffrance à l’école. Leur objectif : créer le débat.

Cette revendication a été rapidement évincée par le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, Luc Chatel, plaidant l’utilité de la note qui permet de « mesurer les résultats des élèves ».

Qu’en pensent les Français ?

Tout d’abord les Français semblent avoir une image plutôt positive de l’école primaire. Seuls 4% des Français estiment qu’elle fonctionne très mal et 61% qu’elle fonctionne bien d’après un sondage de l’institut CSA réalisé en juillet 2010. On notera
GMAT-Verbal que la tendance tend à démontrer que cette opinion est de moins en moins partagée au sein de la population. En effet, le chiffre était de 71% il y a un an.

Les parents d’élèves en école primaire sont, pour leur part, 29% à déclarer que leurs enfants sont stressés par l’école d’après un sondage CSA paru en février 2009. Parmi les reproches formulés par les parents, les notes et le système d’évaluation tiennent une grande responsabilité.

Le pédopsychiatre Marcel Rufo déclarait par ailleurs récemment, à l’occasion de la Journée du Refus de l’échec scolaire, que 44% des motifs de consultations des pédopsychiatres avaient trait à la souffrance générée par le système scolaire.

Plus largement, l’enquête PISA ((PISA est une enquête menée tous les trois ans auprès de jeunes de 15 ans dans les 30 pays membres de l’OCDE et dans de nombreux pays partenaires. Elle évalue l’acquisition de savoirs et savoir-faire essentiels à la vie quotidienne au terme de la scolarité obligatoire.)) a permis de mettre en lumière deux constats : l’école française est à la traine par rapport à ses concurrents des pays de l’OCDE et ses résultats empirent au fil des ans.

On note aussi un taux important d’échecs scolaires avec 20% des enfants qui sortent de l’école élémentaire sans aucune formation scolaire.

Alors comment expliquer la perception positive de l’école par les Français, perception qu’ils partagent toutes CSP confondues, que les enfants soient scolarisés dans le privée ou dans le public ?

Une enquête réalisée par Trajectoire – Groupe Reflex auprès de 760 enfants inscrits à l’école  primaire et au collège, suivis par un étudiant de l’AFEV sur le rapport à l’école des enfants des quartiers populaires met en lumière que 79,1% des élèves ne remettent pas en question les jugements de l’instituteur et ce moins encore lorsque celui–ci s’appuie sur une note. Les élèves, interrogés à l’occasion de cette étude, déduisent de ces notes « ce qu’ils valent ».

Et pourtant ces mêmes notes sont loin d’être le reflet de ce qu’ils sont, de ce dont ils sont capables et trop souvent ne sont pas non plus le reflet de leurs acquis selon l’AFNEV, les signataires du collectif et bien d’autres chercheurs et intellectuels.

 

 

Les effets pervers du système de notation actuel

André Antibi ((André ANTIBI est professeur à l’université Paul Sabatier de Toulouse et à l’école d’ingénieurs Sup-Aéro. Agrégé de mathématiques, il est titulaire de deux thèses, l’une en maths, l’autre sur l’enseignement.)) notamment, dans « la Constante macabre » (2003) ((André ANTIBI, La constance macabre, Nathan, 2003)) fait part d’un phénomène dénaturant le principe de l’évaluation des acquis. Selon A. Antibi l’ensemble des professeurs comme des instituteurs tend à distribuer les notes de manière à obtenir une courbe de Gauss : soit quelques notes au dessus de la moyenne, un certain nombre dans la moyenne et enfin quelques notes en dessous de la moyenne. Cette pratique est injustifiée selon A. Antibi. Distribuer ainsi les notes font de l’évaluation un « concours déguisé » qui loin d’évaluer réellement l’acquisition des connaissances de l’élève, le classe uniquement parmi ses pairs. Jean Ferrier ((Jean Ferrier fut instituteur, professeur agrégé de géographie, inspecteur de l’Éducation nationale, inspecteur général de l’Éducation nationale honoraire, ancien Directeur des Écoles au ministère, docteur ès histoire et ancien recteur de l’académie de Poitiers.)) dénonçait dès 2003 également cette pratique : « on traite les élèves de façon comparative et non en fonction de ce que l’institution attend d’eux » (( Jean Ferrier in SNUipp, « Fenêtre sur cours », 30 septembre 2003, n° 246, p. 6.)).

De plus il a été démontré à plusieurs reprises que ces notes sont distribuées non seulement en fonction de la copie mais également en fonction de l’opinion que l’on se fait de l’élève : une copie labellisée « bon élève » obtiendra une meilleure note que la même copie labellisée « cancre ».

Un système de notation qui selon ses détracteurs serait donc tout à la fois inefficace à mesurer ce qu’il se devrait mesurer, injuste et stigmatisant.

En outre, ces mêmes notes peuvent être responsables d’un redoublement encore une fois potentiellement injuste. Un élève « mauvais » dans une bonne classe pourrait, en effet, s’avérer « moyen » dans une classe où le niveau moyen est plus faible. Aujourd’hui un élève sur cinq redouble au moins une fois avant la fin de l’école primaire ((B. Suchaut (dir.) Éléments d’évaluation de l’école primaire française, Rapport pour le Haut Conseil de l’Éducation, op. cit., p. 31.)) . Or de nombreuses statistiques démontrent l’inefficacité des redoublements.

Les défenseurs de ce système avancent l’argument suivant : ce système répondrait à une politique de l’excellence. Cependant les résultats de l’étude PISA interrogent l’efficacité de cette politique. Seuls 5% des Français atteignent le seuil de l’excellence quand dans d’autres pays ce pourcentage atteint jusqu’à 15%.

Pour les signataires de l’appel à la suppression des notes il ne s’agit pas, bien évidemment, de retirer toute évaluation à l’école primaire mais bien d’interroger le système de notation actuel, son efficacité en termes d’évaluation des acquis et de repérage des faiblesses, son impact favorable ou non sur l’échec scolaire.

Compte tenu des résultats actuels de la France et de l’importance que revêt l’enseignement des acquis fondamentaux : L’OCDE chiffre à plusieurs milliards d’euros les gains qu’apporterait une augmentation de 25 points (25 % d’écart type) des résultats de la France dans PISA ((OCDE, The high cost of low educational performance. The long-run economic impact of improving PISA outcomes, 2010.)) et nous « manquons également de cerveaux pour gérer, créer, innover : environ 100 000 diplômés par an font défaut à la France » ((OCDE, Le pari de la croissance. Contribution du Secrétaire général de l’OCDE aux travaux de la Commission Attali, 2007, p. 82.)) , il apparait absolument nécessaire de remettre en question et si besoin de repenser l’école primaire à l’instar de ce collectif et de l’institut Montaigne qui a publié en avril 2010 un rapport « Vaincre l’échec à l’école primaire ».

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