Violence à l’école : de l’apprentissage du civisme à la sanctuarisation de l’institution !

Violence à l’école : de l’apprentissage du civisme à la sanctuarisation de l’institution !

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Adeline Merceron

Directrice de clientèle au sein du département Opinion d'un institut de sondage

Biographie

Après un cursus universitaire en sociologie et une spécialisation à l'IEP de Grenoble dans les études d'opinion et de marché (PROGIS), Adeline Merceron travaille aujourd'hui au sein du département Opinion d'un institut de sondage.

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Il y a moins d’un mois, une succession malheureuse de faits divers a fait de la violence dans les écoles un sujet « chaud » pendant quelques jours. Rapidement balayé par une actualité marquée par le scrutin européen, le sujet semble déjà dépassé. Pourtant, mardi 9 juin 2009, le ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos a reçu les recteurs d’académies à qui il a soumis (comme ses prédécesseurs l’avait déjà fait en pareille circonstance) un plan contre la violence en milieu scolaire.

La question de la violence à l’école n’est pas nouvelle. Il y a plus de 10 ans, en 1998, plus des deux tiers des Français interrogés par l’Ifop citaient la violence dans les écoles (68%) loin devant la drogue dans les écoles (48%) et le manque d’enseignants (29%) comme étant le principal problème dans les établissements scolaires. Cette thématique est récurrente et les différents ministres qui se sont relayés ont tenté d’y apporter des solutions .

En janvier 2000, Claude Allègre alors Ministre de l’Education nationale, pour quelques semaines encore jusqu’au remaniement ministériel de mars 2000, proposait son plan contre la violence dans les écoles. Un sondage réalisé par l’institut CSA a recueilli à l’époque le ressenti des Français à l’égard des principales propositions de ce plan. Sans grande surprise, des mesures telles que la création de 7000 postes d’encadrement supplémentaires dans les établissements scolaires les plus difficiles (94% d’adhésion), l’introduction de cours sur la morale civique à l’école primaire (94%) ou encore l’instauration de mesures de « réparation » comme le nettoyage des murs tagués (93%), que l’on peut qualifier de mesures « raisonnées et raisonnables » recueillaient des jugements favorables quasi unanimes. Mais pouvait-il en être autrement ? Moins consensuelle, la mesure, plus « radicale », consistant à autoriser la police à intervenir dans les établissements en cas de violence ne recueillait « que » 74% d’adhésion. Cette proportion passait à 77% dans un sondage Ifop , signe que déjà l’opinion se préparait à l’entrée des forces de l’ordre dans l’enceinte de l’école. Pour autant, bien qu’une large proportion de l’opinion se révélait plutôt favorable à ce mélange des genres entre police et école, en termes d’efficacité, seule une minorité (15%) considérait qu’il s’agissait là d’une mesure réellement efficace pour lutter contre ces violences à l’école, jugeant de loin la création de nouveaux postes d’enseignants et de surveillants beaucoup plus à même de circonscrire ce fléau de la violence (50%).

Pourtant l’annonce de ces mesures n’a semble-t-il pas convaincu, ni même rassurée l’opinion. Ainsi, en juin 2000 la lutte contre la violence scolaire est alors clairement identifiée comme prioritaire (96% dont 82% de « tout à fait prioritaire ») par les Français qui s’adressent alors à Jack Lang nouvellement arrivé au poste de Ministre de l’Education nationale. L’attente est forte dans l’opinion, le premier motif d’angoisse exprimé par les parents d’enfants scolarisés pour la rentrée des classes en août 2000 étant la crainte des problèmes d »insécurité à l »école (33% de citation), devant l’appréhension d’avoir de mauvais enseignants pour son enfant (26%).

Si les plans pour lutter contre cette violence à l’école se sont succédés, les résultats des différentes politiques The FED may or may not exercise their judgement to recall their now money by selling the TBill, as they have that power. menées n’apparaissent pas probants aux yeux de l’opinion qui quelques années plus tard en septembre 2008 se révélait partagée sur la sécurité dans les établissements scolaires : 47% la jugeait plutôt satisfaisante contre 51% plutôt insatisfaite.

Plus récemment en mai dernier, en réaction à l’agression d’un professeur de mathématique à l’arme blanche, l’opinion profondément choquée par ce fait divers, exprime un large soutien aux mesures proposées par Xavier Darcos l’actuel ministre de l’Education nationale, des mesures plus « répressives et autoritaires » que celles annoncées il y a encore quelques années. Celles-ci s’articulent autour de trois axes : sécuriser les établissements grâce notamment à l’installation de portiques de détection (fixes ou mobiles) approuvés par 81% des sondés interrogés par Opinion Way ou de systèmes de vidéosurveillance, étendre le champ juridique et permettre l »intervention d »équipes de renfort en procédant notamment à la fouille des sacs, mesure là aussi approuvée par près des deux tiers des Français interrogés (64 %), et former les personnels à la gestion de ces nouvelles formes de violences.

Si ce dernier sondage a largement été contesté dans les médias, il n’en demeure pas moins que face a l’émotion suscitée par les derniers incidents, face à des parents toujours majoritairement insatisfaits de la sécurité dans les établissements scolaires, face à une montée en puissance d’une violence à la fois physique, verbale ou psychologique qui franchit les portes de l’école, la volonté de « sanctuariser les établissements scolaires » exprimée le 28 mai dernier par le Président de la République semble avoir trouvé un écho positif dans une partie de l’opinion.

L’école, semble-t-il, est en pleine mutation et change de visage. Alors que les Français, aujourd’hui adultes, considèrent qu’à leur époque l’école leur a notamment donné l’envie d’apprendre (50% ) et enseigné le sens de la discipline (39%), ces mêmes Français ont aujourd’hui le sentiment que l’école transmet à leurs enfants la peur de l’échec (38%) avant la capacité à s’adapter (31%). Face à ce ressenti pour le moins négatif de l’opinion à l’égard de l’institution, face à des enseignants qui dénoncent « des mesures contre-productives » proposées par leur ministre, le fossé se creuse entre la base, les usagers et les décisionnaires.

Depuis plusieurs années, les annonces gouvernementales se succèdent, se complètent ou se contredisent sur cette question avec des résultats que l’on peine à voir et à mesure tant la situation apparaît complexe ; à l’image de cette violence à l’école qui n’est probablement que le prolongement d’une violence qui se développe dans l’ensemble de la société. L’annonce d’un remaniement ministériel est imminente, qu’adviendra-t-il du chef de file à l’Education nationale, et de son plan qui commence peine à voir le jour, les prochains jours nous le diront.

 

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