Valls :  ce que les Français lui trouvent

Valls : ce que les Français lui trouvent

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière au département Stratégies d’opinion d’un institut d’opinion. En 2007, il intègre le groupe de communication Ogilvy & Mather en tant que planneur stratégique. Il est depuis 2012 Directeur Conseil du cabinet de communication stratégique Taddeo. il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Une popularité qui tient bon malgré un plan d’austérité de 50 milliards, un chômage qui continue de progresser et une Commission Européenne qui ne dessert pas la pression. Dans ce contexte, comment expliquer que presque un Français sur deux continue de soutenir Manuel Valls alors que le Président, pourtant sur la même ligne politique, ne cesse de décrocher ?

Fondée sur les résultats du baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion l’analyse suivante décrypte, paroles de Français à l’appui, les raisons du soutien à Manuel Valls. La carte maitresse du Premier ministre : cette détermination perçue, qui semble donner un cap aux Français, laisse entrevoir un autre avenir et s’inscrit en contrepoint d’un Président qui concentre les critiques.

1. Manuel Valls : un homme d’action

Comprendre la popularité de Manuel Valls, c’est donc saisir le rôle prépondérant de sa personnalité. Ce n’est pas tant la ligne politique, le discours qui est évoqué par les Français, mais d’abord le sentiment, éminemment subjectif et puissant, que le Premier ministre est tourné vers l’action.

Les supporters de Manuel Valls décrivent dans le baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion « un Premier ministre au caractère vif, louent «l’énergie qu’il dépense pour les Français », saluent « un homme capable de s’engager ». Bref, se dégage l’image d’un Premier ministre qui mouille la chemise. Cette combativité plait car elle est une première réponse à la fatalité ambiante, car elle donne le sentiment d’être au service de l’efficacité. « Il va vite, il prend des décisions plus rapidement » résume ainsi ce sondé. Pour ses partisans, la stratégie du mouvement permanent est au service d’un résultat à venir.

2. Une détermination qui induit forcément une vision.

Cette détermination n’est pas seulement le premier pas vers les résultats espérés. Elle incarne une vision. Un homme aussi déterminé doit forcément savoir où il va : c’est en substance le raisonnement que font ces Français. Ainsi, la combativité perçue du Premier ministre joue un rôle rassurant, tant elle semble tendue vers un cap, que presque aucun ne verbalise pourtant spontanément. « Il sait où il va » déclare ainsi ce premier sondé, « j’ai l’impression qu’il ira au bout de ses idées » ajoute cet autre. Marcher d’un pas décidé, c’est donner le sentiment d’aller quelque part.

3. Un Premier ministre de combat

Cette détermination perçue s’est forgée d’abord au ministère de l’Intérieur. Son passage place Beauvau, cité régulièrement, a construit l’image d’un homme droit, et capable de faire preuve d’autorité.

Mais chez Manuel Valls, cette autorité perçue se nourrit également des combats au sein même de son camp. Comme le dit ce Français, qui résume bien l’avis de sondés « Il n’a pas peur de dire ce qu’il pense, même s’il va à l’encontre du Gouvernement ». Chez Jean-Marc Ayrault, les couacs étaient tantôt le signe d’une faiblesse, tantôt l’occasion d’instruire un procès en amateurisme. Chez Manuel Valls, les tensions au sein de la gauche illustrent une ligne politique affirmée qui ne craint pas de dire la vérité pour engager des réformes : « il a l’air de vouloir faire les réformes » « il bouge, même s’il faut faire des choses impopulaires ».

Pour l’instant Manuel Valls surfe sur sa popularité : mais pourra t-il durablement compter sur le soutien des Français ?

D’abord, la bienveillance relative du peuple de droite dont il dispose actuellement – entre un quart et un tiers soutiennent son action-, aura du mal à tenir dans la durée. Ces électeurs apprécient la liberté d’un homme « qui va au fond de ses pensées quitte à décevoir son parti ». Derrière le « pragmatisme vanté de l’homme » et sa capacité « à regarder les choses en face » affleure le sentiment que Manuel Valls n’est pas vraiment de gauche. Or viendra nécessairement le temps des gages donnés à son camp, rendus d’autant plus impérieux par une rigueur économique jugée très salée par l’aile gauche.

Deuxième atout temporaire que joue le Premier ministre : la carte de la jeunesse. Manuel Valls, vieux routier de la politique qui va fêter ses 52 ans, a une chance inespérée : il fait jeune. Une jeunesse souvent évoquée par des Français satisfaits de voir un élu «apporter du sang neuf ».

Mais la jeunesse perçue, la détermination sont des qualités bien fugaces face à l’exigence de résultats souhaitée par les Français. L’édifice de la popularité qui repose entièrement sur sa personnalité est un atout immense pour faire patienter, mais ne pourra se substituer à la logique de résultats. Et seule la préemption d’une réforme visible avec des résultats rapides pourra prémunir Manuel Valls d’un retournement de l’opinion, qui aurait beau jeu de critiquer demain une personnalité si prompte à dire et lente à faire.

Dans cet océan d’incertitude, le plus sûr allié de Manuel Valls est la figure du Président, tant le portrait robot de Manuel Valls est le miroir inversé du Président dépeint par ces mêmes Français. A « l’énergie » et « la détermination » du premier répondent la « faiblesse » perçue et l’incapacité à trancher du second. Comme François Fillon en son temps, Manuel Valls a trouvé dans la figure du Président son meilleur paratonnerre

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